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Engrais Chute de 51% du chiffre d’affaires du secteur des fertilisants en 2009

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Les fabricants d’engrais ont enregistré une chute de 51% de leur chiffre d’affaires en 2009. La fin de campagne 2009-2010 annonce des signes de reprises dans le sillage de l’envolée du cours des céréales, mais les industriels ne pensent pas retrouver des niveaux de ventes aussi élevés qu’avant la crise.

Le secteur des fertilisants est de plus en plus dépendant des cours des matières premières agricoles sur les marchés mondiaux. Les fabricants d’engrais ont connu une chute de leur chiffre d’affaires de 51% en 2009 par rapport à 2008, a indiqué l’Union des industries de la fertilisation (Unifa) lors d’une conférence de presse vendredi 15 octobre. La moitié de cette chute s’explique par une baisse des volumes vendus, l’autre moitié par une diminution des prix. Sur la campagne agricole 2009-2010 qui prend fin le 30 juin, le volume total d’engrais a augmenté de 3% mais il reste 25% en dessous du niveau de 2007-2008. L’utilisation d’azote, avec 2,07 millions de tonnes livrées, est restée à peu près stable par rapport à 2008-2009 (-1%). Les livraisons de potassium sur la campagne ont connu une légère hausse (+7%, à 417 000 tonnes) mais restent deux fois moins élevées qu’il y a deux ans. Sur le phosphore, « nous avons noté un début de reprise qui s’est exprimé assez fortement fin 2009 », souligne Gilles Poidevin, délégué général de l’Unifa, avec une hausse de 37% sur la campagne (404 000 tonnes contre 646 000 tonnes en 2007-2008).

Lueur d’espoir
Conséquence de cette période difficile : en 2010, le secteur devrait enregistrer la fermeture de 3 sites sur 49 aujourd’hui en activité en France. « Et la campagne qui s’annonce ne sera pas bonne non plus, nous serons encore loin du niveau d’avant la crise, regrette Joël Morlet, président de l’Unifa. La lueur d’espoir c’est l’augmentation du prix des céréales ». « Les ventes de solutions azotées devraient retrouver leur niveau de 2008 mais pour les éléments phosphore et potassium ce sera beaucoup plus long », précise-t-il. Les industriels observent une nette reprise des commandes de la part des distributeurs et donc des agriculteurs ces derniers temps. Mais Gilles Poidevin confirme que le secteur ne retrouvera pas son niveau de 2008. « Nous nous dirigeons vers un niveau intermédiaire entre les campagnes 2007-2008 et 2009-2010, précise t-il. En effet nous ne sommes pas du tout dans la situation de 2008, la hausse du prix des engrais est beaucoup moins importante actuellement ».

Effet tampon
Le prix des engrais est de plus en plus lié à celui des céréales. La mondialisation des échanges explique en partie cette situation. « Les acteurs prennent davantage conscience du poids de la demande mondiale surtout depuis 2008 », note Philippe Eveillard, responsable du pôle agriculture, environnement, statistiques de l’Unifa. Dans ce marché globalisé, l’Europe ne pèse pas très lourd. Ce sont les demandes d’Asie et d’Amérique du Sud qui orientent les cours. Philippe Eveillard explique que « l’Amérique du Sud qui est fortement exportatrice, décide de ses mises en culture selon le prix mondial des céréales ce qui renforce la volatilité des prix des engrais ».
Pour les engrais azotés, l’Europe a surtout recours à des nitrates d’ammonium qui sont peu utilisés dans le reste du monde où c’est l’urée qui est la principale source d’azote agricole. Résultat : les engrais azotés européens sont produits sur place pour une consommation locale, ce qui a un effet tampon sur les prix. Le cours de l’urée est beaucoup plus volatil. « Encore que la matière première est la même, aussi les prix de l’urée et des nitrates d’ammonium ne peuvent pas être totalement déconnectés », tempère Philippe Eveillard. La potasse est aussi produite en Europe ce qui permet également un lissage des prix, à la hausse comme à la baisse. Par contre les phosphates sont intégralement importés et ce sont les prix mondiaux qui s’imposent aux agriculteurs européens.

Les capacités de stockage en baisse
A cela s’ajoute la réduction des capacités de stockage en France qui ont été divisées par 2 ou 3 ces dix dernières années. Ce qui renforce le phénomène. « Les fabricants produisent en flux tendu car il n’y a plus de stock dans la chaîne de distribution », souligne l’Unifa. En effet, les distributeurs ne peuvent pas mettre leurs entrepôts aux normes des Installations classées pour la protection de l’environnement (IPCE). Les travaux leur coûteraient trop cher. Selon Gilles Poidevin, « dix nouveaux entrepôts risquent de fermer du fait d’un nouvel arrêté, cela va obliger les agriculteurs à stocker un peu plus à la ferme ».
Les experts s’accordent pour dire que le cours des céréales va connaître dans les années à venir de fortes fluctuations. Les prix des engrais suivront. Mais pour les industriels, difficile de mettre en place des stratégies tant une multitude de facteurs mondiaux viennent influencer le prix et la demande.

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