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Climat : difficiles discussions sur le secteur agricole et forestier

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La mise en œuvre concrète des engagements européens de réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030 pour les secteurs diffus dont fait partie l’agriculture promet des débats intenses au sein du Conseil des ministres de l’environnement des Vingt-huit. Lors d’un premier échange le 17 octobre, les flexibilités offertes par le secteur de l’affectation des sols, du changement d’affectation des sols et de la foresterie ont été vivement discutées, chacun souhaitant en tirer le meilleur parti.

L’UE a ratifié l’accord de Paris sur le climat et la plupart des États membres sont en train de finaliser le processus au niveau national. Il s’agit maintenant de mettre en œuvre concrètement ces engagements. La Commission européenne a présenté en juillet des propositions sur le partage des efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre et la manière d’intégrer le secteur de l’affectation des sols, du changement d’affectation des sols et de la foresterie (LULUCF) dans le cadre climat-énergie 2030 (1). Les ministres de l’environnement des Vingt-huit ont eu un premier échange de vues sur ces dispositions le 17 octobre à Luxembourg.

Les objectifs nationaux de réduction proposés par Bruxelles semblent plutôt soutenus, sauf par quelques nouveaux États membres qui peuvent encore augmenter leurs émissions jusqu’en 2020 et vont devoir au moins les stabiliser sur la période 2020-2030. Les pays baltes (à qui il est demandé un effort de -6 % à -13 %), la Roumanie (-2 %), la Croatie (-7 %) ou la Pologne (-7 %) ont regretté que les calculs de la Commission, qui prennent pour base les émissions de 2015, ne tiennent pas compte des efforts qu’ils vont réaliser d’ici 2020. Les chiffres mis sur la table par Bruxelles sont de toute façon difficilement modifiables, une baisse du niveau d’objectif d’un pays se traduisant nécessairement par une hausse pour un autre afin de maintenir la réduction globale au niveau de l’UE (-30 % à l’horizon 2030).

Chacun voit midi à sa porte

Mais c’est principalement sur les flexibilités – dont la principale est le LULUCF qui permet, à un certain niveau, de compenser les émissions des secteurs diffus (agriculture, transport, bâtiment, déchets) – que les divisions se concentrent. Une partie des excédents (s’il y en a) du secteur LULUCF peut en effet fournir des crédits plafonnés à 280 millions de tonnes équivalent CO2 au niveau de l’UE et répartis entre les États membres en fonction du poids de leur secteur agricole – pour lequel les émissions sont plus difficiles à réduire.

Tous veulent faire reconnaître leurs spécificités : les uns leur gestion forestière (Finlande, Autriche, Pologne), les autres leurs démarches de reboisement (Irlande), et d’autres leurs projets de séquestration du carbone dans les sols (France, Luxembourg).

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À ce stade, Bruxelles refuse de comptabiliser les absorptions de carbone liées à la croissance et à la bonne gestion de la forêt, les connaissances scientifiques en la matière n’étant pas suffisamment fiables. Mais le commissaire européen au climat, Miguel Arias Cañete, assure qu’une fois que des modèles solides seront prêts ils pourront être intégrés à la législation.

La présidence slovaque du Conseil de l'UEespère, malgré ces négociations qui s’annoncent difficiles, parvenir à une approche générale sur les propositions de Bruxelles d’ici décembre. La position de négociation des États membres pourrait alors être finalisée au printemps 2017 sous présidence maltaise.

(1) Voir n° 3556 du 25/7/2016

La FAO prône un changement profond de modèle

L’agriculture a un rôle primordial à jouer dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre et doit davantage contribuer à lutter contre le changement climatique, estime l’Organisation de l’Onu pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) dans un rapport présenté le 17 octobre. Une transformation profonde des systèmes alimentaires et agricoles partout dans le monde est donc nécessaire à la fois pour s’adapter au changement et comme une solution au problème. La FAO plaide donc pour une meilleure intégration entre culture, élevage et plantation d’arbres afin de rendre les exploitations plus résilientes. Elle appelle aussi à d’importants ajustements dans l’ensemble des systèmes alimentaires : lutte contre le gaspillage, réduction de l’intensité des émissions tout au long de la chaîne, et rééquilibrage des régimes alimentaires pour consommer moins de viande.