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Porcs Colère des éleveurs de porcs : la restructuration devient urgente

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Le prix du porc est en sérieux recul depuis plusieurs semaines. Alors que la colère des éleveurs monte, la CGAAER publie un rapport le 9 mai, cadrant les évolutions structurelles qui seront nécessaires pour redresser la filière à long terme.

«Le prix du porc français est le plus bas comparé aux principaux bassins européens », lit-on dans un communiqué de presse de la FNP (Fédération nationale porcine) le 3 mai. Mêmes inquiétudes à la CR (Coordination rurale), alors que les éleveurs de porcs de la branche spécialisée de la CR s’étaient réunis le 2 mai. Depuis le mois de février, le prix est en baisse constante. Les experts s’attendaient à une stabilisation du prix au niveau allemand. Du fait des exportations françaises, le prix payé au producteur s’est réajusté à celui des autres pays exportateurs pour gagner en compétitivité. Sauf que le réajustement a eu lieu, mais pas la stabilisation : la baisse s’est poursuivie. « Le marché français n’est pas souvent déconnecté du marché allemand », explique Caroline Tailleur, chargée de mission à la FNP. Cette situation inhabituelle provoque la colère des éleveurs. Dans un communiqué de presse du 9 mai, le CRP (Comité régional porcin) Bretagne dénonce « la pression à la baisse exercée depuis quelques semaines par les acteurs de l’aval ». Et pour cause, les coûts de production, eux, ne faiblissent pas. « La flambée du soja (+ 45% depuis novembre) entraîne une augmentation du coût alimentaire : la production est repassée en zone de perte », note le CRP Bretagne. Parallèlement, les experts de la FNP rappellent que les semaines courtes de mai ne devraient pas améliorer la situation.

Recherche de solutions à court terme

La conjoncture n’est pas favorable à la filière porcine. « Depuis 2002, la filière porcine française semble entrée en léthargie », selon un rapport du CGAAER (Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux) intitulé Quel avenir pour la filière porcine française ? et publié le 9 mai. Les difficultés qui s’accumulent ne sont que le reflet d’une filière qui doit être restructurée. En témoignent les revendications récentes de la filière concernant la revalorisation du prix du porc français et l’interdiction d’importer des porcelets. Dans un communiqué de presse du 4 mai, l’UGPVB (Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne) annonce que « toutes les organisations de producteurs de porc de Bretagne, fédérées à l’UGPVB, ont décidé à l’unanimité de s’interdire d’importer des porcelets étrangers ». La filière a choisi de produire en France et appuie l’initiative de l’OSV (Organisation des services vétérinaires) Porc Bretagne de soumettre à un cahier des charges les acteurs souhaitant importer des porcelets étrangers. « Les organisations de producteurs sont très attachées au statut sanitaire de la Bretagne », soutient Jacques Crolais, directeur de l’UGPVB. Ce statut pourrait être compromis par les importations de porcelets, potentiellement porteurs du SDRP (syndrome dysgénésique et respiratoire du porc). Parallèlement, le CRP Bretagne demande à l’aval de « jouer la carte de la production porcine en passant par la promotion déterminée de VPF et une franche revalorisation du prix de bas au cadran à 1,5 euro ».

Nécessaire restructuration

Le rapport du CGAAER décline en plusieurs axes les évolutions structurelles qui pourraient permettre à la filière porcine française de se redresser à long terme. « Il paraît réaliste d’envisager une croissance de la production française jusqu’à 27 millions de porcs annuels à l’horizon 2020 », lit-on dans ce rapport. Le CGAAER préconise le développement des exportations françaises, notamment en « organisant plus efficacement la concertation entre les entreprises, les acteurs de la filière et l’administration ». Cette stratégie passe aussi par le développement de nouveaux élevages, « le plus possible liés au sol et de taille suffisante leur permettant d’amortir les technologies “high tech” de maîtrise des rejets ». En aval de la filière, la réduction de la capacité d’abattage en Bretagne est recommandée par le CGAAER. Dans le domaine de l’environnement, « sécuriser les démarches d’autorisation par une charte partagée entre les différents acteurs » et « diffuser largement le guide des bonnes pratiques environnementales d’élevage » font partie des recommandations prioritaires du CGAAER. L’ensemble de ses efforts seront pleinement efficaces en restaurant « une communication puissante de l’image de la production auprès du grand public ».

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