En comparant une expérience pérennisée et une autre avortée, deux sociologues se penchent sur les facteurs de réussite des collectifs techniques agricoles.
Une étude publiée en mai dans la revue Développement durable et territoires explique que les agriculteurs ne s’engagent pas dans des collectifs techniques principalement par manque de confiance. Pour comprendre « ce qui fait se réunir, puis « tenir » un collectif, pour qu’il s’inscrive dans un travail au long cours », l’étude compare « une expérience « d’échec » de constitution d’un collectif » avec une autre « d’agriculteurs engagés de longue date dans un collectif ». « L’échec » a eu lieu dans l’Yonne. L’institut technique à l’origine du projet souhaitait que la culture de colza réponde au principe de l’« écologisation agricole » dans une zone d’un millier d’hectares d’un seul tenant. Cependant, contrairement à ce qui était initialement prévu par l’institut, la contrepartie financière (indemnisation des pertes de rendement) en échange de la suppression des insecticides n’a pas été versée aux producteurs.
Les « alliances de proximité » gages de réussite
Trois autres facteurs expliquent également l’échec du projet. Premièrement, le collectif a été créé ex nihilo. Les producteurs de colza ont été intégrés au collectif par l’institut uniquement selon la répartition géographique de leurs parcelles. Deuxièmement, la méthode de travail n’était pas idéale (lieu de réunion non neutre, projet arrivant tardivement comme réponse aux problèmes). Enfin, les agriculteurs estimaient qu’au vu des problèmes rencontrés dans leur exploitation, ils auraient arrêté d’eux-mêmes le recours aux insecticides.
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Dans le cas du collectif qui s’est pérennisé dans le temps, les « alliances de proximité » (des agriculteurs qui se connaissent et font le choix de se réunir) ont joué un rôle important. « Le constat s’impose, en définitive, qu’une faible proportion d’agriculteurs s’implique dans des collectifs techniques de pairs, où se réfléchissent les pratiques de l’exploitation », rappellent les deux chercheuses. Selon la chambre d’agriculture de Côte-d’Or, en 2018, seuls 10 % des agriculteurs de la région étaient membres d’un collectif technique institutionnellement reconnu.