La Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux (Fop) s’est dite prête le 6 avril au paiement de la graine de colza selon une base 42 % (et non 40 %) de teneur en huile, comme voulu par le transformateur Saipol (groupe Avril). Elle note « des modes de rémunération très variables » selon les organismes stockeurs, appelant à une meilleure transparence.
« On n’est pas opposé à l’évolution des pratiques commerciales », a déclaré à Agra Presse le président Gérard Tubéry, précisant qu’un conseil d’administration le 13 avril abordera le sujet. « C’est l’occasion d’un débat plus global sur la répartition de la valeur ajoutée tout au long de la filière. »
Le contrat Euronext (ex-Matif) fait aujourd’hui référence pour le paiement de la graine de colza, avec des spécifications comportant une teneur en huile de 40 %. Saipol lui reproche un fort décalage par rapport au marché physique. « Le Matif est le seul marché au monde qui affiche un écart de 8 à 10 % sous le prix réel » de la graine de colza, affirme Jean-Philippe Penet, directeur commercial de la filiale d’Avril. D’après ses calculs, le passage d’une base 40 à 42 % pour la teneur en huile réduirait de 3 points la différence. « Tous nos achats de colza 2016-17 sont réalisés sur une base 42 % » d’huile, a-t-il indiqué. Saipol revendique 54 % de la collecte française de colza transformée.
Compenser la différence
« Peu importe que la base soit 40 ou 42 % d’huile à partir du moment où Saipol s’engage à compenser la différence », avance Gérard Tubéry, dont la fédération est actionnaire historique du groupe agro-industriel. « Les producteurs doivent y trouver leur compte afin de pérenniser la filière. »
Aujourd’hui, une prime qualité est versée au-delà d’un taux de 40 %. Saipol dit payer 1,5 % de plus pour chaque point d’huile supplémentaire. Vu les prix actuels de l’huile et du tourteau, le mécanisme est « presque neutre » pour l’industriel. « On veut réduire l’impact de la valeur du point d’huile », argumente Jean-Philippe Penet. La conjoncture s’y prête, d’après lui. Et les perspectives du marché justifient aussi une telle évolution : « Demain, le prix de la graine sera tiré par le tourteau », conséquence à la fois d’un surplus d’huile et d’un déficit en protéine dans le monde. Saipol explique que seuls trois pays producteurs, à savoir la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni (12 à 13 Mt de graines au total), fonctionnent sur une base de 40 % pour la teneur en huile. « Ailleurs dans le monde (un marché de 65 Mt), c’est minimum 42 % ou le prix tel quel », indique Jean-Philippe Penet.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Disparités de paiement
La Fop relève « des paiements très variables » selon les organismes stockeurs : certains rémunèrent la graine de colza selon la teneur en huile, d’autres pas. Un manque de transparence entretenu par l’écart entre le prix de base et le prix final. « La prime qualité pouvant être très élevée, cela ne rend pas forcément lisible la répartition de la valeur ajoutée au sein de la filière », analyse Gérard Tubéry. Autant dire qu’une clarification est attendue le 13 avril lors de son conseil d’administration, dont certains membres sont aussi président de coopérative.
Gérard Tubéry veut aussi élargir le débat à des sujets traditionnels comme le renforcement de la contractualisation, l’atténuation de la volatilité. « Il faut raccrocher le prix de la graine à des indicateurs moins volatils, cohérents avec le métier de transformateur », dit le président de la Fop, en voyant « quelques points de stabilité » notamment dans le tourteau et l’huile alimentaire.
« La prime qualité pouvant être très élevée, cela ne rend pas forcément lisible la répartition de la valeur ajoutée », selon Gérard Tubéry