Les consommateurs sont souvent méfiants face aux nouvelles technologies quand elles sont utilisées dans la fabrication des aliments, relève un récent avis du Conseil national de l’alimentation (CNA) qui préconise une meilleure information sur les bénéfices de ces techniques. Lumière pulsée pour allonger les délais de consommation ou hautes pressions pour éliminer microbes et bactéries, par exemple, sont des techniques qu’utilise l’industrie agroalimentaire, mais que les industriels ne mettent guère en avant de peur d’effrayer le consommateur. D’où la nécessité d’organiser une meilleure concertation « pour toute technologie émergente », selon le CNA, et qu’une « évaluation des bénéfices soit réalisée (...) analogue à celle de l’évaluation des risques qui existe aujourd’hui ».
A l’issue de plus de 10 mois de travail, et dans un contexte de fortes interrogations quant à l’utilisation de nouvelles technologies dans le domaine agroalimentaire, notamment au regard des nanomatériaux manufacturés, le Conseil national de l’alimentation a rendu public son avis, adopté à l’unanimité, sur le développement de nouvelles technologies dans la fabrication, le conditionnement et la conservation des denrées alimentaires.
Le rapport dresse un état des lieux détaillé des techniques déjà mises en œuvre ou en cours de développement, analyse la réglementation en vigueur pour les différentes catégories de produits concernés, expose les grands principes de l’évaluation des risques et les positions des différents acteurs pour s’interroger sur l’acceptabilité sociale des nouvelles technologies.
Bénéfices méconnus
Le CNA fonde ses recommandations sur le constat que les innovations technologiques dans le domaine alimentaire rencontrent, en France, des difficultés pour leur mise en œuvre, du fait notamment d’une certaine défiance des consommateurs. Cette défiance est en partie liée à une évaluation et à une perception insuffisantes des bénéfices au regard des risques perçus. Le Conseil estime néanmoins que ces innovations technologiques apparaissent comme propices au développement et à la compétitivité des entreprises et que certaines d’entre elles peuvent contribuer à apporter des éléments de réponse aux défis liés à l’augmentation de la population mondiale, à la transition nutritionnelle, à la pression sur les ressources naturelles, aux changements climatiques, ou à l’augmentation du coût des matières premières.
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Concertation élargie à tous les acteurs
Parmi ses recommandations, le CNA demande aux pouvoirs publics, pour toute technologie émergente, d’organiser le plus en amont possible une large concertation entre tous les acteurs concernés. Celle-ci se déroulerait dans le cadre d’une Commission permanente associant les parties prenantes et la société civile, afin que puissent être abordées les questions de toute nature que suscitent les nouvelles technologies. Le CNA recommande également qu’une évaluation des bénéfices soit réalisée en parallèle dans le cadre d’une structure dédiée, analogue à celle de l’évaluation des risques qui existe aujourd’hui. Réitérant des recommandations déjà formulées, le Conseil insiste sur la nécessité que les évaluations, tant des risques que des bénéfices, intègrent les dimensions économiques, sociales, éthiques et environnementales. En outre, le CNA recommande que, à l’issue de ces différentes étapes, une nouvelle phase de concertation ait lieu afin que les résultats puissent être présentés et débattus, de même que les avantages et les risques des différentes modalités de gestion envisageables.
Nanomatériaux : s’abstenir en attendant une évaluation
Parmi les autres recommandations figure, notamment, celle concernant les aliments issus des nouvelles technologies qui préconise « qu’en cas d’absence de méthodologie d’évaluation des risques ou de données reconnues comme suffisamment fiables (ce qui est le cas aujourd’hui des nanomatériaux manufacturés), la mise sur le marché de toute denrée alimentaire issue de ces nouvelles technologies ne soit pas autorisée ». Pour autant, afin de ne pas freiner l’innovation, source de compétitivité et de croissance, le CNA recommande que les lacunes actuelles puissent être comblées dans les meilleurs délais en stimulant les programmes de recherche, tant publics que privés.