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Implantations Comment l’Artoipole d’Arras attire les entreprises agroalimentaires

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La volonté politique d’une ville peut servir les intérêts des industriels. Ainsi, la commune d’Arras a mis en place une politique pour attirer les investissements, et créé en 1992 une technopole destinée à attirer des entreprises agroalimentaires, qui sont parmi les dernières du secteur secondaire à chercher des implantations en Europe de l’Ouest. Le bilan de cette démarche, qui a bénéficié à tout le territoire arriageois, est aujourd’hui positif : le secteur compte 46 entreprises et 2241 emplois directs dans la région.

Les entrepreneurs qui ont un projet d’ouverture peuvent choisir de s’implanter dans des technopoles, centres d’activités qui regroupent des services pour faciliter leur implantation. Ainsi, la ville d’Arras, qui était lasse de voir les entreprises s’installer sur le territoire de communes voisines, a mis en place dans les années quatre-vingt-dix tout un ensemble de services destinés aux industriels, visant à les attirer sur son sol. Derrière ces efforts, se profile une volonté politique d’attirer des emplois dans la région. Au premier rang de ces services, Artoipole, un parc d’activités industrielles de 150 hectares, créé en 1992. « Nous avons cherché à attirer des entreprises dans notre région, car malgré notre statut de préfecture nous les voyions filer vers Lens ou Béthune», explique Patrice Joosep, directeur de l’expansion économique à la Chambre de commerce et d’industrie d’Arras. « Et nous avons décidé de favoriser l’installation d’industries agroalimentaires, qui sont les seules à chercher encore à s’implanter en Europe de l’Ouest ». C’est ainsi que l’idée de développer une technopole tournée vers l’alimentaire est née. Pour intéresser les porteurs de projets, les atouts naturels de la région ont été mis en avant : le caractère de nœud routier d’Arras, ainsi que la richesse de la région en matières premières, (au premier rang desquels les betteraves à sucre, le lait, les pommes de terre) et en industries de première transformation.

Atelier relais de 700 m2

« Si l’on veut attirer des entreprises, il faut des locaux », assène Patrice Joosep. Outre sa superficie d’espace libre, l’Artoipole dispose d’un atelier relais de 700 m2, où des entreprises peuvent démarrer leur activité, avant de s’installer dans leurs propres murs une fois la viabilité de l’entreprise assurée. Ce qu’a fait le traiteur Daniel Dessaint (20 millions d’euros de chiffre d’affaires). Prochainement, une pépinière d’entreprises agroalimentaires va voir le jour, où les entreprises auront accès à 1 000 m2 de bâtiments immédiatement opérationnels. Les travaux coûtent 1,5 million d’euros à la communauté urbaine. « Il y a une autre pépinière de ce type à Liévin, près de Lens, mais d’une manière générale il y en a peu car les bâtiments coûtent cher», indique le directeur. En outre, la Chambre de commerce et d’industrie locale a développé des services spécifiques pour faciliter les démarches administratives des créateurs d’entreprises et cherche avec eux des aides financières, régionales ou autres.

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Un centre qui crée des produits alimentaires

Pour leurs innovations, les entreprises peuvent faire appel à l’Adrianor, un laboratoire spécialisé dans la formulation de produits agroalimentaires industriels. C’est là que Daniel Dessaint a créé les crêpes sucrées à la texture molle qui ont fait son succès. Le centre se charge de créer des produits alimentaires et de les adapter aux conditions industrielles. Jean-Louis Lambert, directeur de cette structure, qui emploie dix personnes dont six ingénieurs, explique : « Nos appareils reproduisent les paramètres du client, nous disposons de toutes les machines en plus petit». Ce centre dispose d’une usine pilote qui permet non seulement de développer les produits, mais aussi de les produire à faible échelle : « Les produits issus de notre usine peuvent être commercialisés sur des marchés tests ». Le centre technologique dispose d’un budget limité à 690 000 euros, financé à 45 % par des contrats de recherche publique et à 55 % par des contrats privés. Jean-Louis Lambert avoue qu’il aimerait voir les industriels plus impliqués dans son fonctionnement…. Un DESS de technologie alimentaire a été créé dans l’université d’Arras, mais l’Artoipole, qui a reçu le label Technopole en 2002, pèche encore par sa faiblesse en recherche publique et subit la concurrence des centres techniques de Compiègne ou de Villeneuve d’Ascq.

Vivier de croissances externes

Les technopoles intéressent les industriels à plus d’un titre. D’abord pour s’implanter, mais aussi pour grandir par croissance externe. Lorsqu’ils sont à l’affût d’acquisitions, ils savent vers où se tourner. Ainsi Bruno Caron, après avoir pris le contrôle de Sud’n’Sol à l’agropole d’Agen, est venu se servir dans le vivier arriageois en reprenant 80 % du traiteur Daniel Dessaint. Et l’anglais Perkins, lorsqu’il a cherché à s’implanter en France, est également allé frapper aux portes des technopoles. Il a ainsi racheté Le Magicien Vert à Agen, et Fraisnor à Arras. La volonté politique d’attirer des emplois bénéficie donc largement aux industriels. Celle d’Arras est couronnée de succès : l’Arrageois accueille désormais 46 entreprises industrielles agro-alimentaires (2 241 salariés) et 134 grossistes alimentaires (1 055 salariés). Sur les dix dernières années, la filière a vu le nombre de ses salariés augmenter de 34,6 %. Rien que sur l’Artoipole, Ingredia (ingrédients laitiers) Speedwich (sandwichs innovants), Soup’Idéale (soupes), Fraisnor (pâtes fraîches) et d’autres… Les industriels ont donc répondu à l’appel des politiques locaux.