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Stratégie Comment Les Mousquetaires veulent valoriser leur pôle industriel

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Le pôle industriel des Mousquetaires a annoncé lors de la dernière édition de MDD Expo un plan stratégique ambitieux, qui vise à atteindre 4 Mds EUR de chiffre d’affaires en 2015, contre 2,9 Mds en 2010. Autre signe de l’inflexion de la stratégie de communication du pôle industriel du groupement (60 usines), jusqu’ici très discret, la signature d’un contrat entre l’Eau d’Aix-les-Bains et l’athlète Christophe Lemaître. Michel Ortega et Christophe Bonno, respectivement, président et directeur du pôle industriel des Mousquetaires, ont répondu aux questions d’Agra alimentation.

Quels sont les résultats du pôle industriel des Mousquetaires sur cette année ?

Christophe Bonno : Sur l’ensemble des activités, nous devrions progresser de 8 % en volume et l’évolution du chiffre d’affaires devrait être du même ordre de grandeur. Mais le résultat final dépendra des fêtes de fin d’année.
A un niveau plus fin, les résultats 2011 sont très hétérogènes, marqués par la problématique des matières premières, qui est cruciale. Le marché est resté relativement difficile en termes de prix, avec une élasticité très forte entre le pouvoir d’achat et les tarifs. Alors que le prix des matières premières augmente, tiré par la demande des pays émergents, nous sommes confrontés à une perte de pouvoir d’achat avec des économies en difficulté. Il faut faire beaucoup de promotion et des prix discount.

Michel Ortega : Le pôle industriel est constitué de sociétés ayant chacune une activité propre et organisées en six pôles. Chaque pôle gère des dossiers transversaux comme les achats de matières premières. Il faut qu’on ait la souplesse et la réactivité des PME et la force d’un groupe qui massifie et s’organise pour faire face à la volatilité des prix.

Quelles ont été vos activités les plus dynamiques ? Les plus difficiles ?

Michel Ortega : La boisson a été atone car il n’y a pas eu de saison. Le vin a bien marché en revanche. La charcuterie, les céréales, tous les marchés fortement impactés par les matières premières sont plus difficiles en termes de rentabilité. On reste dans le vert, mais c’est compliqué.

Christophe Bonno : La rentabilité est très variable en fonction des marchés et de l’intensité concurrentielle. Les marchés les plus difficiles sont effectivement tous ceux qui sont impactés par le prix des céréales, soit directement, soit indirectement via la nutrition animale. Ceci dit, on reste dynamique en volumes et c’est très important.

Avec le partenariat de l’Eau d’Aix-les-Bains et de Christophe Lemaitre, vous espérez gagner des marchés à l’export. Cette mise en avant servira-t-elle à d’autres unités du groupe ?

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Michel Ortega : Ce partenariat servira à d’autres unités du groupe à l’export. Nous avons des pistes en Corée, en Chine, au Japon, en Europe de l’Est. Les clients à l’export sont très intéressés par la largeur de gamme que nous proposons. Nous avons une offre de qualité française très diversifiée, de l’eau à la viande en passant par la confiture ou encore les biscuits… L’export est très important pour nous. Il doit contribuer à notre développement des années à venir à hauteur de un tiers, comme les ventes internes et les autres circuits.

Christophe Bonno : Nous devons aller chercher des volumes pour écraser les charges fixes et il faut que l’on aille à l’export pour chercher les pays où la valeur se crée. Nous avons en France une industrie agroalimentaire performante et une notoriété gastronomique importante. Mais l’export est compliqué avec le protectionnisme de certains pays. Nous sommes surpris, par exemple, par la difficulté à agréer nos usines pour le Japon, alors que l’administration nous soutient. Nous regrettons aussi que la France ne soit pas très organisée à l’exportation, c’est dommage. Quand on voit les efforts faits par certains Etats ou régions sur les salons internationaux, nous avons des progrès à faire. L’Asie est une zone sur laquelle nous concentrons nos efforts. Nous y avons recruté un directeur export il y a un an. Comme la démarche est récente, les résultats sont encore peu significatifs en termes de volume d’affaires, mais nous avons de bonnes pistes. Nous sommes aussi retardés par les agréments qui sont très longs à obtenir.

Sur certains de vos marchés, la consolidation avance à grand pas avec, par exemple, les rachats de Rolland et Boncolac par R&R IceCream ou celui de Madrange par Financière Turenne Lafayette. Quel regard portez-vous sur ces opérations ?

Michel Ortega : Dans la glace, il n’y a presque plus d’intervenants. Bien sûr, cela crée des opportunités pour nous, car les clients ont besoin de diversifier leurs approvisionnements. C’est la même chose dans le jambon. Nous suivons aussi de près le dossier Gad, dans lequel la SVA étudie la possibilité d’une reprise partielle des activités. Il peut nous offrir de nouvelles opportunités.
Tous les intervenants industriels cherchent les meilleurs prix dans un contexte de renchérissement des matières premières et nous sommes bien placés en prix grâce aux synergies sur les achats. Nous sommes entre les multinationales et les PME indépendantes. Nous ne voulons plus être appelés « le fabricant d’Intermarché ». Nous sommes le pôle industriel des Mousquetaires et avons pour client principaux Intermarché et Netto.

Quel bilan faites-vous de cette année ? Peut-on la comparer à 2008 ?

Christophe Bonno : Les banques sont devenues très frileuses, c’est une évidence. L’assurance crédit par exemple, est devenue très difficile. Mais nous sommes un grand groupe, la situation est certainement beaucoup plus difficile pour les PME.
Nous vivons une année tout-à-fait différente de celle de 2008. En 2008, nous avons du faire face à une situation compliquée pendant neuf mois avec des matières premières élevées pendant neuf mois et ensuite à la crise financière. Cette année, tout cela a lieu en même temps. Certes, le blé a un peu baissé, mais le sucre continue d’augmenter. En plus, on nous impose la taxe soda au risque de voir même les ventes de sodas édulcorés en souffrir… 2008 était une année moins compliquée.