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Modèle agricole Comment Nestlé waters protège ses sources

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Agrivair, filiale de Nestlé waters France dédiée à la protection des sources Vittel, Contrex et Hépar promeut un nouveau modèle agricole. En partenariat avec l'Inra, la société a présenté pour la première fois le 3 juin sa démarche pour protection de la ressource en eau basée sur le changement des pratiques et l'aide au désendettement des agriculteurs.

Pour protéger la ressource en eau, il faut protéger l'impluvium : l'aire des eaux de recharge. Pour la première fois, Nestlé waters communique sur ses pratiques et la protection de ses sources. Sur le site des Vosges, « plus de 92% de l'impluvium de nos eaux est protégé », a affirmé Véronique Fontaine-Heim, la présidente de Nestlé waters Vosges le 3 juin sur le site d'embouteillage de Vittel, Contrex et Hépar. Après 17 ans de travail en collaboration avec l'Institut national de recherche agronomique (Inra), le projet a réuni les industriels, les agriculteurs et collectivités locales pour protéger les 10 000 hectares de l'impluvium répartis sur 12 communes. Dans les années 80, l'interdiction réglementaire de traiter l'eau minérale a poussé le groupe suisse à identifier et mesurer les risques pour la qualité de ces eaux minérales vosgiennes. Ainsi, une filiale nommée Agrivair est dédiée depuis 1992 à la protection de ses sources et a mis en place les propositions de l'Inra.

50% des terres rachetées par Nestlé waters

« Le frein au changement des pratiques, c'est l'endettement des agriculteurs », insiste Philippe Pierre, ancien chercheur à l'Inra aujourd'hui directeur d'Agrivair. D'un côté, les charges dues à la mécanisation endettent les agriculteurs sur le court terme, de l'autre, le transfert du patrimoine entre générations les endette sur le long terme. Partant de ce constat, Agrivair a racheté 50% du foncier agricole de l'impluvium. Via un acte notarié, l'agriculteur s'engage, en échange, sur 18 ou 30 ans, à respecter un cahier des charges précis et axé sur la protection de la ressource en eau. L'agriculteur qui s'engage bénéficie du conseil d'Agrivair et d'une aide financière à la mécanisation : 200 euros par hectare et par an pendant 5 ans. Agrivair finance à hauteur de 50%, la collectivité locale et l'Agence de l'eau subventionnent également 25% chacune. « Nous avons aidé à la mise aux normes des exploitations et à la reconversion tout en maintenant le revenu des agriculteurs », se félicite le directeur.

Un cahier des charges à « zéro phyto »

L'utilisation de pesticides et l'excès de nitrates qui pourraient nuire à la ressource en eau est le cheval de bataille d'Agrivair. L'agriculteur qui s'engage dans la démarche a l'obligation d'abandonner tous les phytosanitaires issus ou non de molécule naturelle (contrairement à l'agriculture biologique). La culture de maïs doit être remplacée par de la luzerne pour nourrir les vaches, des céréales (principalement du blé, mais aussi du chanvre et du sorgho) et des prairies permanentes en rotation sur 9 ans. Pour lutter contre les mauvaises herbes, Agrivair préconise du sur-semis, et contre les maladies, de la lutte biologique et la remise en état de la biodiversité par l'intermédiaire de haies (réintroduction de 46 km). Quant à la fertilisation, les agriculteurs apportent de l'azote minéral, mais également du compost pour l'apport de matière organique en quantité limitée (pas plus de 10 tonnes par hectare).

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Attention à l’alimentation des bovins

Tout est très calculé, sinon « avec une mauvaise alimentation dans la ration des vaches, on peut doubler la quantité d'azote dans le bousa de vache qui se retrouve dans la parcelle, allant de 7 à 14 unités d'azote par hectare, explique Philippe Pierre, s'il y en a trop localement, les nitrates traversent le sol sans être absorbés par les plantes et se retrouvent dans l'eau ! ». Malgré toutes ces contraintes, « nous produisons du blé jusqu'à 90 quintaux par hectare »,ajoute-t-il. Hors terres agricoles, Agrivair a passé des conventions avec les pêcheurs et les chasseurs. Les collectivités et la SNCF, quant à elles, bénéficient de techniques et matériels spécifiques, notamment pour le désherbage thermique par infrarouge pour les parcs, terrains de foot, green de golf et voieries.

« Même les agences de l'eau se penchent sur ce modèle », indique Philippe Pierre. Cependant, la filiale de Nestlé waters ne compte pas s'arrêter là, un projet de traitement des boues d'épuration à partir de plante purificatrices est à l'étude pour fin 2009.