Au printemps dernier, le numéro deux mondial des spiritueux a mené avec succès deux émissions obligataires : l'une de 600 millions d’euros, sur les marchés euro, l'autre de 600 millions de dollars, sur les marchés américains.
C'est avec un "véritable succès", selon les termes de Gilles Bogaert, directeur général adjoint en charge des finances et des opérations, que le groupe Pernod Ricard a bouclé, en juin dernier, une émission obligataire à dix ans de 600 millions de dollars sur le marché américain. De fait, le groupe a obtenu un coupon de 3,25% ce qui, compte tenu des conditions de swap sur les devises, correspondait à un prix encore plus attractif que les 1,5% obtenus sur les marchés obligataires européens, où le groupe avait levé 600 millions également, mais en euros cette fois, un mois plus tôt. "Profitant de la lancée, nous avons saisi une fenêtre très favorable des marchés, quelques semaines avant le Brexit. Nous avons ainsi un peu anticipé le refinancement d'émissions plus anciennes, en euros et dollars, qui doivent tomber à échéance en janvier et en mars prochain", explique Olivier Guélaud, directeur de l'audit et de la trésorerie du numéro deux mondial des vins et spiritueux, qui affiche un chiffre d’affaires consolidé de 8,5 milliards d’euros et quelque 18 000 collaborateurs.
Loin d'être une première, l'opération américaine s'inscrit dans une longue suite d'émissions obligataires menées par Pernod Ricard sur les marchés américains depuis 2011. "Depuis le début de l'internationalisation du groupe, nous avons pour principe de détenir un peu plus de la moitié de notre dette en dollars afin de refléter, dans nos financements, la structure de nos cash flows. Nous sommes présents aujourd'hui dans 80 pays et générons des flux dans plus d'une cinquantaine de devises : notre financement en dollars constitue donc un "hedge naturel", c'est à dire qu'il couvre une partie de notre risque de change, détaille Olivier Guélaud. Nous étions financés essentiellement par les banques mais, depuis la crise de 2008, les institutions financières sont moins prêteuses, en particulier en dollars". Les financements bancaires en dollars du groupe ont donc été progressivement remplacés par des financements désintermédiés : en cinq ans, quelque 5 milliards ont été levés au total par Pernod sur les marchés obligataires américains. "Nous avons mené deux opérations en 2011, pour un total de 2,5 milliards, puis réalisé, en janvier 2012 une émission multitranche de 2,5 milliards, dont une partie sur trente ans", souligne le responsable des financements.
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Comme les quatre autres, la dernière émission a été réalisée dans le cadre dit de "l'article 144A", qui permet de bénéficier d'un cadre réglementaire moins lourd que les offres publiques américaines classiques. "L'environnement légal des marchés américains peut faire peur, mais la règle du "144 A" permet de limiter les risques. C'est un format très adapté lorsque l'entreprise n'est pas cotée sur le marché américain et déjà soumise aux contraintes de la SEC. Les titres émis sont intermédiés par des banques et placés auprès d'investisseurs qualifiés, en général de grands assets managers. Ce marché, qui bénéficie d'échanges secondaires, est donc beaucoup plus profond et liquide que celui des "US PP", où l'on s'adresse à un nombre d'investisseurs réduit, qui exigent généralement des covenants", explique Olivier Guélaud.
En quelques années, le groupe a ainsi totalement modifié sa structure de financement : les banques, qui représentaient les trois quarts de sa dette avant la crise de 2008, sont aujourd'hui à moins de 10% (pour plus de 90% de dette obligataire). La répartition euros/dollars, elle, n'a pas changé : plus de 50% des financements du groupe sont aujourd'hui libellés en dollars. "Le marché américain présente l'avantage d'être plus profond que le marché euro. Surtout, il est toujours "ouvert" : il faut parfois y mettre le prix, mais on peut toujours émettre alors que, à certains moments, le marché euro ne répond pas", explique Olivier Guélaud. Un sujet qui ne se pose pas, aujourd'hui pour le groupe qui n'a plus d'échéance de remboursement obligataire à l'horizon, avant 2020.