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Pandémie aviaire Comment se prépare la gestion de crise

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Face à la propagation de la grippe aviaire en Turquie et en Chine, de nombreux pays envisagent de renforcer leurs mesures de protection ou le font déjà. Le gouvernement français a révélé un plan national de lutte, qui va de la limitation des transports à la recommandation de faire des provisions alimentaires en passant par des mesures de protections des élevages.

La probabilité de pandémie de grippe aviaire, c’est-à-dire de transmission d’un virus grippal d’humains à humains, a été évaluée en 2004 à 80 % de risques par le docteur Jean-Claude Manuguerra de l’Institut Pasteur dans les cinq ans. Il ne reste plus que quatre ans maintenant pour que cette forte probabilité arrive.

Cette probabilité « semble être une bonne appréciation pour une partie des experts », a commenté le docteur Sandrine Segovia-Kueny, chargée de mission au secrétariat général de la Défense nationale (SGDN), lors d’une conférence sur la gestion de crise à l’Ifocap (Institut de formation des cadres paysans) le 11 janvier. L’ampleur du fléau pourrait dès lors aller d’une épidémie de grippe saisonnière à une épidémie plus importante comme en 1967, voire comme la grippe espagnole en 1917, selon Mme Segovia-Kueny.

Les transports et les villes particulièrement touchés

Pour prévenir ce risque, le plan gouvernemental de prévention et de lutte « pandémie grippale », fruit d’un travail interministériel sous l’égide du SGDN, a été réactualisé et rendu public le 6 janvier 2006. Il propose 258 mesures concernant tous les secteurs de la société à mettre en œuvre selon les différentes situations.

Ces mesures touchent tous les domaines de la vie : l’hôpital bien sûr, mais aussi les rassemblements de personnes, des recommandations sur le respect des règles d’hygiène, en particulier le lavage des mains, la limitation des transports publics, notamment aériens, et la vie économique. Toute la vie économique peut se trouver bouleversée en quelques jours.

La question est de savoir quand se déclarera la pandémie. Une chose est sûre, elle touchera plus durement les villes, du fait de la concentration de la population humaine et donc du risque de contact plus important.

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Mesures de protection pour l’élevage

« On ne peut pas vous garantir la disponibilité de la main d’œuvre, ni avancer des chiffres », a indiqué Mme Segovia-Kueny, répondant à une question d’un agriculteur.

Concernant le sujet de l’épizootie de grippe aviaire On peut avoir une pandémie de grippe aviaire sans épizootie ou une épizootie aviaire sans pandémie, comme en Hollande en 1997. le plan gouvernemental présente des mesures très précises : enquête épidémiologique de l’élevage, désinfection des véhicules, arrêté d’infection, abattage massif d’animaux puis leur destruction… De plus, en cas d’élevages infectés, la mise en place d’une zone de protection (rayon minimal de 3 km) et d’une zone de surveillance (rayon minimal de 10km) est prévue. Par ailleurs, le plan prévoit la prise en charge financière par l’État de l’ensemble des conséquences d’une épizootie de grippe aviaire comme les visites vétérinaires, les analyses de laboratoires, les pertes subies par l’éleveur.

La distribution fortement concernée

Indirectement, mais néanmoins rapidement, le secteur de la production et de la transformation pourrait se trouver touché dans l’agriculture comme dans le reste de l’économie. Le plan gouvernemental propose 50 mesures concernant la vie économique.

Pour l’alimentation, il est recommandé aux ménages potentiellement contagieux, «si l’on dispose d’un délai significatif», de constituer une réserve alimentaire de denrées non périssables et d’eau en bouteilles. Il est recommandé de procéder à des achats au coup par coup afin d’éviter une affluence peu souhaitable en période d’épidémie. Le plan du gouvernement cherche à éviter des comportements d’achats massifs susceptibles de provoquer une pénurie injustifiée. En outre, la diffusion sur les écrans télévisés d’images d’achats de masse peut engendrer la panique, expliquent les experts, commentant cette recommandation de procéder à des achats alimentaires. De nombreux pays sont habitués à ces recommandations, notamment les États-Unis, où les habitants sont habitués à faire des réserves.

Le caractère international de la diffusion des virus et des images incite des parlementaires à demander au gouvernement de faire pression sur les pays où se développent les foyers de grippe aviaire de mettre tous les moyens en œuvre. « Nous ne pourrons peut-être pas accepter longtemps qu’un pays ne mette pas assez les moyens dont il dispose au traitement sanitaire de la grippe aviaire », a déclaré Jean-Marie Le Guen, député socialiste du 9e arrondissement de Paris, lors d’une audition du ministre de la Santé Xavier Bertrand le 11 janvier à l’Assemblée. Le ministre de l’Agriculture Dominique Bussereau sera auditionné vers le 20 janvier, a annoncé M. Le Guen, pour parler plus spécialement de l’incidence de la grippe aviaire sur l’agriculture.