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Relations commerciales Comment s’exerce la pression des grandes surfaces

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L’accord signé par les industriels, distributeurs et agriculteurs sous la houlette de Nicolas Sarkozy va-t-il détendre les relations toujours conflictuelles entre paysans et grandes surfaces ? Sans doute pas. L’encre de l’accord à peine séchée, bon nombre de représentants agricoles s’interrogeaient déjà sur sa portée. La pression des grandes surfaces sur le monde fragmenté et fragilisé des paysans s’exerce sous de multiples formes depuis de nombreuses années. Elle n’est pas près de cesser.

Devra-t-on financer la logistique des grandes surfaces ? s’interrogeait-on dès le 17 juin chez les producteurs de légumes. Une réaction qui découlait logiquement d’un des paragraphes de l’accord signé avec la bénédiction du ministre de l’Economie Nicolas Sarkozy. Selon ce paragraphe, il est question de mettre fin à toute ristourne qui ne serait pas justifiée, notamment par des prestations logistiques de la part des distributeurs. Les professionnels agricoles qui, avec le temps, ont appris à lire entre les lignes des multiples lois et textes sur le sujet (lois Galland, Raffarin, Dutreil, circulaires, etc), sont échaudés. La pression des grandes surfaces, ils la connnaissent et la vivent autant que les industriels. Interrogés dans les heures qui suivaient l’accord sur la baisse des prix des produits, ils étaient tous convaincus que cette pression allait perdurer, même si Nicolas Sarkozy a semblé obtenir que la répercussion de cette baisse épargnera les paysans.

Un rôle d’orientation des productions

Les grandes surfaces font, bien sûr, pression sur les prix avec un impact d’autant plus fort sur les paysans que les structures intermediaires existent peu. Les viandes de boucherie, les fruits et légumes sont les domaines privilégiés pour ce phénomène. Dès l’instant qu’un marché est déséquilibré, le rôle des distributeurs devient déterminant. Les producteurs de porcs ou de volailles le savent bien, eux qui sont en concurrence frontale avec des viandes importées et qui subissent de fortes sollicitations des distributeurs pour ajuster les prix à la baisse. Mais ce rôle des distributeurs est complexe puisque les producteurs font en même temps appelle à eux pour relancer le marché, via le jeu de promotions massives ou même… de la baisse des prix. Car c’est bien le problème du partage de la valeur ajoutée qui est en cause.

Le domaine des productions bovines n’est pas non plus épargné, de ce point de vue. Mieux, la grande distribution y a trouvé un rôle important en matière d’orientation des productions. En pleine crise de la vache folle, les grandes surfaces se sont mises à n’acheter, un moment, que des races allaitantes, pensant que cela rassurerait le consommateur. Les cours de ces catégories grimpaient aussitôt, ceux des races laitières s’effondrant du même coup. Six mois plus tard, les grandes surfaces revenaient aux classiques races laitières, provoquant un mouvement exactement inverse.

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Les fruits et légumes, le lait

Dans le domaine des fruits et légumes, le phénomène est encore plus mal ressenti. Les témoignages ne manquent pas chez les professionnels pour stigmatiser les comportements des grandes surfaces. A la FNPL (Fédération nationale des producteurs de légumes) on évoque l’imposition de ristournes, les contraintes en matière de cahier des charges, les renvois fréquents de produits soi-disant pas conformes, les litiges sur des produits qui seront finalement vendus tout en étant payés moins chers, les commandes remises en cause, etc.

La présence d’une transformation industrielle puissante ne protège pas mieux les agriculteurs. Dans le secteur laitier, par exemple, les marges industrielles sont suffisamment faibles pour qu’une pression à la baisse des prix se répercute rapidement chez les éleveurs. La pression est d’autant plus rude dans ce domaine qui est sous le coup d’une réforme de la politique laitière. Les entreprises sont nombreuses aujourd’hui à vouloir renforcer le poids des produits de grande consommation (yaourts, fromages), mieux valorisés que les ingrédients industriels du type beurre ou poudre. Or, pour trouver des parts de marché dans les grandes surfaces, il leur faut faire des efforts sur les prix. Du coup, ceux-ci rejaillissent, inévitablement, sur les prix payés aux producteurs. C’est l’un des enjeux qui empoisonnent aujourd’hui les relations interprofessionnelles dans l’Ouest de la France. Et qui motivent la multiplication des manifestations d’éleveurs au sein des hypers et supermarchés.