Le premier acteur du commerce équitable en France prend la qualité de « société à mission » et veut renforcer les garanties offertes aux consommateurs en allant plus loin que la certification en passant à l’accréditation.
Le label de commerce équitable Agri-éthique devient le premier label français à obtenir le statut de « société à mission », a annoncé son directeur général Ludovic Brindejonc en conférence de presse, le 26 septembre. La société s’est dotée d’une « raison d’être » : « Façonner la coopération entre tous les acteurs et permettre aux consommateurs d’accéder à des produits à impact positif. » La société devra « rendre des comptes » sur le respect de ses engagements à un comité de mission, puis à un organisme tiers indépendant (OTI) accrédité par le Cofrac (unique instance autorisée à délivrer des accréditations en France). En outre, les contrôles et les audits dans les exploitations agricoles, certifiés par Certipaq Bio, seront également accrédités par le Cofrac. « Le modèle ultime en matière de certification, c’est l’accréditation, explique Ludovic Brindejonc. C’est la garantie d’une totale indépendance du contrôle. Agri-éthique n’a aucun mot à dire sur la certification. Notre seul rôle est l’accompagnement, la structuration des filières et l’animation du réseau ». L’un des objectifs de la nouvelle société à mission est l’accélération de la « transition agroécologique ». À cette fin, des diagnostics sont réalisés avec l’organisme « Pour une agriculture du vivant » afin d’engager les producteurs « dans une démarche de progrès ».
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Un modèle mis à l’épreuve
Les conséquences de la guerre en Ukraine sur les marchés agricoles sont venues « déstabiliser, stresser » le modèle du label : une contractualisation d’un volume sur trois ans au minimum avec un prix basé sur les coûts de production et déconnecté des marchés. Face à « la crainte que les collectifs de producteurs se désengagent » de la démarche – les prix du marché étant plus élevés que ceux des contrats –, les équipes du label sont allées « sur le terrain pour faire de la médiation » (plus de 150 au compteur). « Un courrier a été envoyé pour rappeler la philosophie du label et les engagements contractuels qui ont été pris […] Depuis dix ans, les prix [contractualisés, ndlr] étaient plutôt au-dessus du marché », explique Ludovic Brindejonc. La volatilité des cours a poussé le label à revoir la fixation du prix du blé. Il est désormais fixé pour un an et évolue sur la base d’indicateurs de référence. Généralement, les céréaliers engagés dans la démarche contractualisent « 30 à 50 % du potentiel de production », indique le président d’Agri-éthique Franck Bluteau. Créé il y a dix ans en Vendée, Agri-éthique est le premier acteur du commerce équitable en France. Près de 1 700 exploitations sont partenaires du label qui compte 53 filières et représente 457 Md€ de chiffre d’affaires.