Si elle inquiète, la politique protectionniste mise en œuvre par Donald Trump pourrait, néanmoins, donner une nouvelle place à l’UE sur l’échiquier commercial mondial. L’UE à 27 en tout cas, le Royaume-Uni se préparant d’ores et déjà à la négociation d’accords bilatéraux, avec les États-Unis notamment. Bruxelles et le Mexique ont décidé d’accélérer leurs pourparlers de libre-échange.
Les chefs d’État et de gouvernement de l’UE se retrouvent le 3 février à La Valette (Malte) pour des discussions informelles à 28, puis à 27 sans la première ministre britannique Theresa May. Sur fond de tensions provoquées par le Brexit et les premières décisions de Donald Trump, une déclaration sur l’avenir de l’Union est attendue le 25 mars à l’occasion des célébrations du 60e anniversaire des traités de Rome. Dans une lettre adressée le 31 janvier aux dirigeants des Vingt-sept, Donald Tusk, le président du Conseil européen, estime notamment que « nous devrions utiliser à l’avantage de l’UE le changement dans la stratégie commerciale des États-Unis en intensifiant nos discussions avec les partenaires intéressés, tout en défendant dans le même temps nos propres intérêts ».
« Plus l’UE sera unie, mieux elle pourra faire face »
Dans ce contexte, une étude réalisée par le German Marshall Fund of the United States pour le Parlement européen avertit que, « si (le président américain Donald) Trump déteste effectivement les institutions multilatérales et recherche des accords bilatéraux avec des États membres plutôt qu’un accord avec l’UE, il sera impératif pour les Européens de ne pas se laisser diviser ». « Plus l’UE sera unie, mieux elle pourra faire face aux États-Unis si Trump poursuit une politique qui nuit aux fondamentaux de la relation transatlantique », insiste l’auteur, Nickolas Bouchet.
« Nous devons mettre en place une politique commerciale solide reposant sur des échanges équitables, sur la promotion de nos normes et sur la préservation de notre mode de vie », ont estimé le 28 janvier à Lisbonne les chefs d’État ou de gouvernement chypriote, espagnol, français, grec, italien, maltais et portugais dans une déclaration publiée à l’issue du deuxième sommet des pays du Sud de l’UE. « Les réactions protectionnistes ne sont pas la bonne réponse à la mondialisation », ajoutent-ils.
« Discussions de haut niveau » entre Washington et Londres
Le président américain a accepté, lors d’un entretien avec Theresa May le 27 janvier à Washington, d’entamer immédiatement des pourparlers avec le Royaume-Uni afin de conclure un nouvel accord commercial devant préserver les acquis actuels lorsque Londres aura quitté l’UE, ont annoncé le lendemain les services de la première ministre britannique. Selon eux, « le premier pas vers la réalisation de cet objectif sera (la conclusion d’un) nouvel accord de négociation commerciale (TNA) qui prévoit des discussions de haut niveau entre les deux pays, devant commencer immédiatement ».
Le ministre britannique de l’économie, Philip Hammond, présent à Bruxelles le 27 janvier pour un Conseil des Vingt-huit, a promis néanmoins que le Royaume-Uni respecterait les règles européennes sur les accords commerciaux jusqu’à sa sortie de l’UE (1). « Nous l’avons dit à maintes reprises, tant que nous sommes membres, c’est dans notre ADN, c’est la manière dont nous faisons les choses en Grande-Bretagne, nous respectons totalement les règles », a-t-il affirmé.
Au lendemain de sa visite à Washington, Theresa May s’est rendue à Ankara où le premier ministre turc Binali Yildirim a annoncé que son pays avait l’intention de conclure un accord de libre échange avec le Royaume-Uni lorsqu’il aura quitté l’UE.
Donald Trump : le Brexit « formidable atout » pour le Royaume-Uni
Le départ de l’UE va donner une « identité » au Royaume-Uni, a estimé le président américain lors d’une conférence de presse commune à l’issue de sa rencontre avec Theresa May. « Et vous allez pouvoir conclure des accords de libre-échange sans avoir quelqu’un qui vous surveille et regarde ce que vous faites », a-t-il dit, ajoutant : « J’ai une très mauvaise expérience de l’Union européenne ».
Selon lui, le Brexit « au final sera un formidable atout, pas un énorme frein », a conclu le président américain.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Pressenti pour être l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’UE, Ted Malloch, qui dirige un cabinet de consultants, a encouragé le Brexit, appelé à spéculer contre l’euro et parié sur la dissolution de l’Union européenne dans une récente interview à la BBC.
Donald Trump devrait se rendre en Belgique les 24 et 25 mai pour assister notamment à un sommet de l’Otan.
(1) Voir n° 3580 du 30/01/17
(2) Voir n° 3549 du 06/06/16
L’UE et le Mexique accélèrent leurs pourparlers
L’UE et le Mexique ont décidé d’accélérer les pourparlers, lancés l’année dernière, sur la modernisation de leur accord de libre-échange qui date de 2000, convenant de lancer deux cycles de négociations supplémentaires avant cet été, du 3 au 7 avril et du 26 au 29 juin (2).
« Nous constatons tous deux aujourd’hui une montée inquiétante du protectionnisme dans le monde. Il nous incombe dès lors, en tant que partenaires attachés à une coopération mondiale ouverte, d’en défendre ensemble le principe », ont déclaré la commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, et le ministre mexicain de l’économie, Ildefonso Guajardo, à la suite d’un entretien téléphonique. « Notre travail d’approfondissement de l’ouverture aux échanges, d’un côté comme de l’autre, est déjà bien avancé. Nous allons maintenant accélérer le rythme de ces négociations pour en récolter plus tôt les fruits ».
Les États-Unis, premier marché d’exportation du Royaume-Uni
Tous secteurs confondus, les importations de produits au Royaume-Uni ont atteint 430,2 milliards € en 2015 et les exportations 316,5 Mrd €. Les importations proviennent en premier lieu de l’Allemagne (78,6 Mrd €), suivie de la Chine (46,7 Mrd €) et des États-Unis (45,7 Mrd €).
Les États-Unis étaient en revanche en 2015 le premier marché d’exportation du Royaume-Uni (58,6 Mrd €), suivis de l’Allemagne (39,4 Mrd €), de la Suisse (28,7 Mrd €) et de la Chine (23,4 Mrd €).