Le gouvernement a adopté en conseil des ministres du 7 novembre un « Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi » inspiré du rapport Gallois. Il se fixe pour objectif de casser un « cercle vicieux » qui conduit les entreprises, par manque d’innovation et mauvais positionnement, à comprimer leurs coûts et leurs marges, et donc à limiter leur capacité à investir et innover pour monter en gamme. Le gouvernement entend mobiliser à la fois les grands groupes puissants, le tissu dynamique de PME, la recherche et les formations de référence internationale, les infrastructures performantes, et surtout la qualité de la main-d’œuvre autour d’un ensemble complet et cohérent de 35 mesures d’une ampleur inédite. Ce programme comprend également un allégement de 20 Md€ par an du coût du travail, qui sera mis en œuvre sur trois ans, avec un allégement de 10 Md€ dès la première année, et de 5 Md€ supplémentaires chacune des deux années suivantes (cf Agra Alimentation du 8 novembre). Agra alimentation a interrogé l’Ania et la Feef, mais aussi des dirigeants de PME agroalimentaires. Les orientations affichées vont dans le bon sens, nous ont-ils indiqué, même si le choix du crédit d’impôt introduit des délais plus longs qu’une réduction des charges. Ils demandent par ailleurs des assurances quant à la pérennité de ces mesures et tous restent prudents en attendant de voir comment elles vont être réellement appliquées.
En direct avec Alexander Law, directeur économie et innovation de l’Ania
« Un pas dans la bonne direction »
« Les propositions du gouvernement constituent une reprise d’une grande partie des suggestions du rapport Gallois, ce dont nous réjouissons. Nous regrettons toutefois que le montant de l’effort financier consenti soit limité à 20 Md€ et non 30 comme suggéré par Louis Gallois et que cette somme prenne la forme d’un crédit d’impôt plutôt que d’une aide directement affectée au financement de la protection sociale ce qui aurait permis de réduire le coût du travail. La montée en régime du mécanisme est lente, quand bien même les PME devraient disposer de financements performants et de proximité, notamment avec la mise en place de 500M€ de financements de trésorerie (sous forme d’avance mise à disposition par la BPI). L’Ania va suivre de très près le financement de ce crédit d’impôt de 20Md€, dont la moitié doit être assurée par la restructuration des taux de TVA et la fiscalité écologique, le reste étant financé par la réduction des dépenses publiques. Nous espérons que cela ne se traduise pas par une usine à gaz fiscale qui ne retombe in fine sur l’outil industriel.
« Pour la seconde moitié, assise sur une réduction des dépenses publiques, cet objectif n’est assorti d’aucune obligation de résultat… C’est par ailleurs un objectif ambitieux de parvenir à un tel montant de réduction des dépenses publiques dans la conjoncture actuelle. Il faudra également au gouvernement faire montre d’une réelle autorité pour imposer ses priorités pour que ces économies soient effectivement actées et non remises en question lors de renégociations budgétaires. De même, il devra faire preuve d’autorité dans les négociations qu’il entend ouvrir entre l’ensemble des acteurs des filières. Il est souhaitable que tout le monde s’assoie autour de la table, comme cela va être le cas le 21 novembre, mais il faut que le gouvernement fasse montre de la même bienveillance à l’égard de tous. Actuellement, le pouvoir est entre les mains des distributeurs, et il faut s’assurer que les négociations soient équilibrées et ne se concluent pas en cassant les marges des industriels de l’agroalimentaire. L’alimentation à domicile ne pèse que 10 à 11% des dépenses des ménages. La distribution est-elle dans ce cas légitime à s’ériger en chantre de la défense du pouvoir d’achat ? Il convient enfin que la loi de modernisation de l’économie soit appliquée telle qu’elle avait été signée (1) et il faut reconstituer des marges tout au long de la filière. »
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(1) Ce qui implique de mettre fin aux divergences d’interprétation avec la distribution.
En direct avec Dominique Amirault, président de la Feef
« Une vraie prise de conscience »