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Conférence ministérielle de l’OMC : échec total sur l’agriculture

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La conférence ministérielle de l’OMC à Buenos Aires s’est terminée pratiquement sans aucun accord, et sans déclaration. Pour l’agriculture, il a même été impossible de convenir d’un programme de travail, compte tenu notamment d’un blocage américain.

« Tous les membres de l’OMC sont confrontés à un simple fait : nous avons échoué à remplir tous nos objectifs, et ne sommes parvenus à aucun accord multilatéral », a déploré le 13 décembre Cecilia Malmström à l’issue de la conférence ministérielle de l’organisation mondiale ouverte quatre jours plus tôt à Buenos-Aires (1). « Maintenant, j’espère que les membres dont les actions ici ont empêché un résultat, prendront le temps de la réflexion », a ajouté la commissaire européenne au commerce. Estimant notamment que « nous aurions pu et dû franchir des étapes vers une réforme des échanges agricoles ».

Pour leur part, les ministres du commerce de l’UE ont estimé, dans des conclusions adoptées le 13 décembre dans la capitale argentine, que « le travail doit continuer sur les sujets d’intérêt pour les membres de l’OMC », rappelant notamment que l’Union « a fait des propositions pour des résultats raisonnables et équilibrés sur le soutien domestique en agriculture et le stockage public à des fins de sécurité alimentaire » (2).

L’ombre de Donald Trump

Dès le premier jour de la conférence de Buenos Aires, le représentant américain au commerce, Robert Lighthizer, reflétant les critiques récurrentes formulées par Donald Trump, avait dénoncé les dérives de l’OMC qui, selon lui, est devenue « une organisation axée sur le litige », permettant à certains de ses membres d’essayer d’obtenir par des plaintes ce qu’ils ne pourraient pas avoir à la table des négociations.

L’attitude des États-Unis a bien entendu pesé sur les pourparlers. L’absence de résultats n’est pas due à « un seul élément », a toutefois estimé le directeur général de l’OMC, Roberto Azevêdo. « Dans la plupart des négociations, vous ne pouvez attribuer le succès ou l’échec à un seul côté », a-t-il dit à la presse.

« Notre travail continuera après Buenos Aires, a-t-il également assuré. Nous ne pouvons pas aboutir à des résultats à chaque conférence ministérielle ».

Pas de programme de travail

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Les ministres ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur un programme de travail de l’organisation mondiale pour la suite des travaux dans le domaine agricole à cause, essentiellement, d’objections soulevées par les États-Unis, selon les observateurs.

Washington se serait opposé en particulier aux conclusions de la précédente conférence ministérielle, en décembre 2015 à Nairobi, selon lesquelles les membres de l’OMC s’engagent à avancer sur les questions en suspens du cycle de Doha, dont le soutien interne à l’agriculture, l’accès aux marchés et la concurrence à l’exportation.

Les Américains n’auraient pas voulu non plus de référence à la poursuite des discussions sur le stockage public à des fins alimentaires et le mécanisme de sauvegarde à l’importation dans les pays en développement, ainsi qu’aux pourparlers sur le coton.

(1) Voir n° 3622 du 11/12/17

(2) Voir n° 3605 du 24/07/17 et n° 3618 du 13/11/17

Phil Hogan : « un résultat perdant-perdant »

« Du point de vue de l’agriculture, il est très décevant qu’un programme de travail post-Buenos-Aires n’ait pas pu être convenu. Cela signifie que d’importantes questions comme la sécurité alimentaire ne seront plus prioritaires dans les travaux de l’OMC », a déclaré pour sa part Phil Hogan qui participait aussi aux négociations ministérielles de l’OMC au nom de l’UE. « Ce n’est pas dans l’intérêt des fermiers et des populations rurales dans les pays en développement, dans les pays développés non plus d’ailleurs. C’est un résultat perdant-perdant pour tous les participants », a insisté le commissaire européen à l’agriculture.