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Congrès FNB : des pistes pour relancer la consommation

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Les congressistes sont tombés d’accord sur deux pistes pour relancer la consommation française de viande bovine : segmenter le marché dans le haut de gamme et réinscrire la viande bovine dans les nouvelles habitudes alimentaires. Par ailleurs, le p.-d.g. de Système U Serge Papin a profité du congrès pour demander à la FNB que d’autres enseignes rejoignent rapidement la démarche Cœur de gamme, sans quoi Système U pourrait la quitter.

À Nevers le 2 février, le congrès de la Fédération nationale bovine (FNB) s’est tenu dans un contexte morose pour les éleveurs : prix en berne, contestation du projet d’engraissement collectif de 1 000 places dans la Creuse, scandales dans les abattoirs, montée des discours végétariens dans les médias…
Mais les congressites n’ont pas épilogué sur le bien-être animal, pour se concentrer notamment sur la relance de la consommation, en baisse de 1 % en 2016. Plus de 98 % des Français mangent de la viande, selon la FNB, et c’est à eux que les éleveurs ont voulu s’adresser.
Les intervenants ont mis en avant deux pistes pour relancer cette consommation. La première consiste à adapter la viande bovine aux nouvelles habitudes alimentaires : fin du steak frites, du trio entrée-plat-dessert, essor du déjeuner sur le pouce, de l’apéro dînatoire. Les Charolaises et autres Limousines s’invitent de moins en moins dans les repas des jeunes. « Si je fais un apéro dînatoire, est-ce que j’ai une solution en viande bovine ? Si je fais une salade, un sandwich. Si je fais mes courses le samedi pour le mercredi », s’interroge par exemple le directeur marketing et communication d’Interbev, Denis Lerouge. « Je pense que nous sommes en retard, avec des conséquences concrètes sur la consommation », estime-t-il.

La « capacité premium » de la viande bovine

La deuxième piste, c’est la segmentation vers le haut de gamme. C’est l’avis des éleveurs, mais aussi de Rémi Rocca, responsable des achats de McDonald’s France. L’enseigne a lancé il y a quelques mois une montée en gamme de ses produits, avec la gamme Signature, des menus à 14-15 € qui intègrent et mettent en avant la race Charolaise. McDonald’s vise 6 000 à 7 000 tonnes de viande dans cette filière, d’ici 2019. « On sent une capacité premium pour la viande bovine », a-t-il expliqué.

Alors que l’activité de l’enseigne championne du burger frites avait doublé en France entre 2002 et 2012, elle est stable depuis quatre ans. La faute au budget des ménages en berne, mais aussi aux attentats, a expliqué Rémi Rocca. Les choses bougent même à l’intérieur des McDo : les volumes de viande bovine qu’écoule l’américain ont baissé de 8 % depuis quatre ans, laissant plus de places à la viande de poulet, a-t-il expliqué. Mais rien n’est perdu pour les bovins, selon lui. « Nous avons des motifs d’espérer faire repartir les volumes à la hausse », grâce au premium en particulier.

La viande se concentre vers le plaisir

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« Quand on met en avant des spécialités bouchères, nous retrouvons de la croissance », a étayé le président de Système U Serge Papin. Dans ses magasins, il constate que le steak haché a reculé en libre-service, alors même qu’il progressait de 15 % dans le rayon boucherie traditionnelle. Il rapporte également le succès des caves à viandes, où on laisse maturer la viande pour lui donner plus de goût et de tendreté. Serge Papin en recense une centaine parmi ses 1 500 magasins, et situe le potentiel de ces dispositifs à environ 400.
La race et l’image ne sont pas suffisantes, a rappelé Dominique Lerouge (Interbev), devant le parterre d’éleveurs de races allaitantes : « Il faut raconter une histoire certes, mais ne pas oublier le contrat de base, la qualité. Parce qu’aujourd’hui, on ne mange plus de viande pour une question statutaire, celui du travailleur, ou parce que c’est obligatoire, mais de plus en plus pour le plaisir ».

Tension autour du Cœur de gamme

La démarche Cœur de gamme va dans ce sens, par la mise en avant des meilleures bêtes des races allaitantes, et un prix plus rémunérateur. Aujourd’hui Système U et Carrefour ont adhéré à cette démarche, que Serge Papin a félicitée : « On tourne la page d’une forme d’opposition pour travailler ensemble ». Mais le distributeur a également averti les éleveurs que d’autres enseignes devaient rapidement rejoindre la démarche, sans quoi il s’en retirerait. « Nous ne pouvons pas être seulement deux » (Système U et Carrefour), a-t-il prévenu. « Je ne pourrais pas tenir les troupes très longtemps ». Il a par ailleurs demandé à la FNB de « remettre de l’ordre dans la filière », rapportant les démarches d’opérateurs proposant à son enseigne des produits correspondant au Cœur de gamme bien en deçà des prix convenus avec la FNB.
En fin de congrès, le président de la FNB a émis le souhait que l’Europe alloue « un budget spécifique pour accompagner la segmentation de la race à viande ». Du succès de ces démarches dépendra une partie du revenu des éleveurs demain.

Pour Jean-Pierre Fleury, la position dominante de Bigard « conduit de fait à une entente »

Pour le président de la Fédération nationale bovine, qui a annoncé qu’il briguerait un nouveau mandat, la position dominante de Bigard « conduit, de fait, à une entente sur les prix », a-t-il lancé lors du congrès. Selon lui, l’encadrement des prix par la puissance publique, supprimé en 1986 a été, d’une certaine manière, « rétabli par les opérateurs industriels de l’abattage et de la transformation eux-mêmes ». L’éleveur a dénoncé le recours de plus en plus fréquent dans la filière aux « compléments de prix », qui ont selon lui « pour unique objet de ne pas intégrer (les compléments, ndlr) à la cotation », ce qui « pose un problème juridique, fiscal et comptable ».