Abonné

PET-FOOD/STRATÉGIE Continentale Nutrition entrevoit le bout du tunnel

- - 5 min

Plus de 18 mois après avoir été repris par le fonds Alandia et après une sévère cure d'amaigrissement, Continentale Nutrition, le spécialiste du pet food à marque distributeur, regagne progressivement la confiance de ses clients et fournisseurs. Son plan de redressement est en ligne avec les prévisions.

Chez Continentale Nutrition, la page « Delpierre » est définitivement tournée. « Pour une entreprise familiale, c'est forcément très compliqué », analyse Francis Nouvier, nouveau président du directoire. « L'entreprise a subi une énorme cure d'amaigrissement. Mais les fondamentaux sont désormais rétablis et nous sommes en train de regagner progressivement la confiance de nos clients », poursuit-il avec un certain optimisme, non sans reconnaître que cette nouvelle phase de restructuration de l'entreprise boulonnaise n'a pu s'opérer qu'avec « l'approbation de tous les collaborateurs, même s'il est toujours difficile d'en voir quitter l'entreprise. Je dois saluer l'intelligence des syndicats qui ont compris qu'il fallait faire des efforts ».

INVESTISSEMENTS POUR AMÉLIORER LA PRODUCTIVITÉ

« Notre plan est en ligne avec nos prévisions », poursuit le dirigeant arrivé fin mars 2014 (Agra Alimentation du 27 mars 2014). Côté emplois, le PSE, achevé en juin dernier, a conduit à la suppression de 145 des 511 postes (le plan prévoyait de 140 à 180 suppression d'emplois). L'endettement a été ramené à 40 M€ (contre près de 100 M€ au moment de la reprise par Alandia) et 8 M€ ont été investis cette année dans l'amélioration de la productivité.

Une nouvelle ligne de production automatisée a été installée pour la mise en pochons sur le site Marengo de Capécure (coût de 3,5 M€), permettant de porter la capacité de production à 300 millions d'unités/an. 2 M€ ont également été investis dans la remise à niveau du site voisin (Montebello). En outre, 800 000€ ont permis à l'équipe du conditionnement à façon (panachage de boîtes dans un coffret unique) de rejoindre le centre de conditionnement de Wimille, situé sur les hauteurs de Boulogne/Mer et où Continentale Nutrition possède en effet de vastes entrepôts de stockage (40 000m2). Enfin, 1 M€ a été investi dans un nouveau système informatique ERP en place depuis mai 2015, « un outil unique qui permet de remettre de la méthode dans l'entreprise ». « Mais ce n'est pas sans conséquences », insiste Francis Nouvier. « Ce système oblige des changements d'attitude, des façons de procéder…et a un impact direct sur le personnel, présent depuis 20 ans en moyenne dans l'entreprise ! ».

A LA CONQUÊTE DES CLIENTS

Ces investissements permettent désormais à Continentale Nutrition de regagner des gains de productivité et de retrouver progressivement la confiance perdue de ses clients. « Nous avons d'ores et déjà retrouvé celle de nos fournisseurs, mais celle de os clients qui s'étaient sécurisés au lus haut de la crise en répartissant nos olumes chez des concurrents, sera plus ongue à restaurer. C'est un long combat ui demande habituellement deux à trois ns », explique-t-il. Dès son arrivée, rancis Nouvier est parti à la (re) onquête de nouveaux clients ou des lients perdus, principalement en Alle-agne et en Grande Bretagne (Conti-ental Nutrition avait perdu l'enseigne esco qui représentait 20% de sa pro-duction). « On vient de décrocher un nouveau distributeur allemand qu'on doit livrer dès janvier 2016 », se réjouit-il, reconnaissant toutefois que les choses seront plus longues au Royaume-Uni. Depuis 2013, Continentale Nutrition s'est séparée de deux sites de production : celui de Wimille, cédé au belge United Petfood Producers en août 2013 et sa filiale Villeneuve Pet Foods de Villeneuve-sur-Lot en mai 2014, tous deux spécialisés dans les produits secs. « On ne possède plus de produits secs dans notre portefeuille », reconnaît ainsi Francis Nouvier. Un handicap maintes fois souligné ces dernières années par les observateurs. Mais le président du directoire tempère néanmoins : « On assiste à un rééquilibrage sec-humide à la faveur notamment des observations des vétérinaires qui ont relevé des déséquilibres alimentaires fréquents chez les animaux se nourrissant exclusivement de produits secs ».

OBJECTIFS DE CROISSANCE PRUDENTS

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

nutrition
Suivi
Suivre

Avant ces cessions, Continentale Nutrition affichait un chiffre d'affaires de 130M€. à 90-95M€ (dont 70% à l'exportation). Elle dispose désormais de trois sites : deux dans la zone Capécure (fabrication) et un à Wimille (conditionnement). Elle possède une capacité totale de production de 200 000 t/an de boîtes fer (79%) et de 300 millions de pochons (21%) et emploie actuellement 357 salariés. Le président escompte un chiffre d'affaires de 90/95 M€ cette année, sur la base du nouveau périmètre de conso-

lidation. « L'entreprise est sauvée. Nous sommes à la frontière de l'équilibre chaque mois et avons même connu un mois excédentaire en avril dernier. On table l'an prochain sur un chiffre d'affaires de 110M€ et demain, nous pouvons même imaginer des alliances. C'est une option à ne pas négliger, car il serait illusoire de croire que dans ce secteur on puisse rester seul durablement », conclut Francis Nouvier. Au bout de 18 mois, il aperçoit le bout du tunnel. 

(1) La France, avec 11,3 millions de chats, se classe au 3e rang mondial derrière les Etats-Unis et le Japon et au 8e rang mondial avec 7,3 millions de chiens.

UN SECTEUR TOUJOURS EN CROISSANCE

En pesant 4,1Mds d'euros en 2013 (23,5 Mds€ en Europe), le secteur français du pet food a connu une croissance annuelle de 2,7% sur les cinq dernières années, notamment chez les chats et petits chiens (1). Dominé dans les produits de marque par Nestlé et Mars, le secteur compte également une petite dizaine d'opérateurs européens spécialisés dans les marques distributeurs (parmi lesquels Continentale Nutrition) et entre lesquels la concurrence fait rage.

En Europe, le secteur s'équilibre entre sec (51%) et humide (49%) principalement les boîtes fer, les pochons et les snacks, ces derniers étant en forte progression.

Des chiffres qui ne devraient pas fortement varier dans le futur.