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Contre l’influenza aviaire, le vaccin « n’a pas de garantie d’efficacité »

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Gilles Salvat, directeur de la santé animale et du bien-être des animaux à l’Anses, explique pourquoi la France n’a pas choisi la stratégie vaccinale contre l’influenza aviaire. Si le vaccin pourrait éviter aux canards de souffrir du virus, il ne permettrait pas d’éviter sa circulation à bas bruit, et une mutation ultérieurement. De plus, beaucoup de pays clients de la France refusent d’importer depuis des pays qui recourent aux vaccins.

Existe-t-il des vaccins contre l’influenza aviaire pour les canards ?

Des vaccins existent. Nous avions vacciné préventivement des élevages autour des zones humides en 2006, ce qui avait été parfois mal reçu par les distributeurs qui avaient émis des réticences.

Pour se prémunir d’autres crises, faut-il vacciner les canards et volailles en France ?

Je ne peux pas vous dire que l’on ne vaccinera jamais contre ce virus, mais ce n’est pas envisagé car il n’y a pas de garantie d’efficacité. En effet, les vaccins n’empêchent pas les poulets et les palmipèdes de continuer à excréter par la suite pendant plusieurs jours. Cela laisse penser que l’on ne peut pas éradiquer la maladie avec un vaccin contrairement à d’autres types de maladies où les vaccins empêchent l’excrétion et donc la circulation.

Le fond du problème est là. Le virus pourrait continuer à circuler à bas bruit, sans mortalité, et risquerait de muter, ce qui est dangereux pour les palmipèdes et les hommes. L’exportation est aussi un problème lorsque l’on vaccine. Au sein de l’Union européenne, pas de problème, mais à l’international, c’est compliqué.

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Malgré les règles internationales de l’OIE qui le permettent, la plupart des pays clients de la France font ce qu’ils veulent, et refusent d’importer depuis des pays qui vaccinent contre l’influenza aviaire.

Pourtant d’autres pays vaccinent, en Asie par exemple.

La situation épidémiologique est très différente. En Asie, le virus circule beaucoup et les objectifs des pays sont différents. La Chine vaccine beaucoup, car elle n’exporte pas ou peu et a renoncé à recouvrer son statut indemne d’influenza aviaire. C’est aussi parce qu’il y a beaucoup de circulation virale en Chine que l’on retrouve ces nouvelles souches en Europe via les oiseaux migrateurs.

Grippe, influenza, peste

Chez l’oiseau, le virus de l’influenza ne provoque pas une grippe (maladie qui atteint seulement les voies respiratoires) mais une peste (maladie qui atteint les voies respiratoires et digestives), explique Gilles Salvat. Autrement dit, le terme « grippe aviaire » est impropre pour parler des maladies provoquées par le virus de l’influenza chez les oiseaux. Il faut lui préférer le terme de peste aviaire. À l’inverse, chez l’homme et le porc, on peut parler d’une grippe pour évoquer les maladies provoquées par le virus de l’influenza, car il ne se transmet que par voie respiratoire.