L’association de défense des consommateurs UFC-Que choisir attaque Vittel et Harry’s pour tromperie sur des emballages et incitation à la consommation de produits déséquilibrés. Ce faisant, elle se lance dans la guerre contre l’obésité, et montre sa volonté d’animer un débat qui selon elle manque de relief. Une façon d’agir que Jean-Pierre Loisel, sociologue au Credoc, juge peu efficace, car elle braque les industriels en empêchant un dialogue constructif.
Face à « l’inertie des politiques » en matière d’obésité, l’UFC-Que choisir a choisi de frapper un grand coup. Dans cette guerre, son action la plus visible consiste en l’assignation en justice de deux entreprises à qui l’association reproche « d’inciter à la consommation de produits déséquilibrés ». Elle assigne donc, devant le tribunal de Nanterre, Vittel (Nestlé Waters) et Harry’s (filiale de l’italien Barilla), pour « publicité de nature à induire en erreur ». Et demande la cessation de la pratique illicite et des dommages à hauteur de 20 000 euros.
Prétexte
Les deux entreprises concernées ont appris leur assignation par la presse. Le premier groupe agroalimentaire mondial est visé, à travers sa filiale Nestlé Waters, pour l’eau aromatisée Vittel « trop la pêche ». Selon Hubert Genyès, chargé de la communication de l’entreprise, cette action en justice n’est qu’un « prétexte destiné à faire bouger le monde politique ». L’UFC conteste la publicité diffusée par la société sur une bouteille d’eau parfumée à la pêche qui porte la mention « boisson aromatisée à base d’eau minérale naturelle Vittel riche en calcium ». A ses yeux, cette allégation présente un caractère trompeur car elle fait penser que le produit est riche en calcium, ce qui n’est pas spécialement le cas. De plus, la présentation contribue à induire en erreur le consommateur sur la composition du produit. Nestlé indique avoir retiré cette eau des ventes depuis le mois d’avril et l’avoir remplacée par une offre qui ne porte plus cette mention.
Conformes
L’industriel Harry’s, visé lui pour ses brioches Doo Wap, affirme être « pris à titre d’exemple », et, tout comme Nestlé d’ailleurs, certifie que son étiquetage est en conformité avec la réglementation. Pour l’UFC, «l’emballage de « Doo Wap » de Harry’s laisse apparaître une présentation et une formulation liées aux qualités nutritionnelles du lait qui encourage la consommation de ce produit par les enfants alors même que sa valeur énergétique est très élevée sur le plan de l’équilibre nutritionnel». C’est moins la formulation des produits qui est incriminée, que la façon dont les industriels la font valoir. A la DGCCRF, une enquête serait en cours, pour vérifier le bien-fondé de ces accusations.
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Réflexion
Ces actions en justice, au nombre de deux parmi les 120 (tous secteurs confondus) actuellement engagées par l’association de défense des consommateurs, « ne sont qu’un début », promet son président Alain Bazot, qui veut réveiller un débat qui stagne. Quand il parle des industriels de l’agroalimentaire, il ne mâche pas ses mots : « Nos élus font passer en priorité les intérêts d’une industrie qui a quelque chose de morbide, grâce à un lobby agro-industriel particulièrement puissant». La formule est trop forte. Mais il est vrai que les industriels, de plus en plus pointés du doigt pour leur incitation à la consommation de produits riches, ont à mener une réflexion sur le sujet. Dans la course à la part de marché, ils sont tentés de mettre en avant des caractéristiques à même de plaire aux consommateurs, comme « plus de vitamines », « présence de calcium », « riche en magnésium ». « Or il n’y a pas de carences en la matière », rétorque l’association, « et la surconsommation de vitamines n’est pas anodine, car elle peut être dangereuse pour la santé ».
Les accusations de l’union de défense des consommateurs vont inciter les industriels à réagir. D’ailleurs, ils ont commencé à s’atteler au problème de l’obésité en signant via l’ANIA neuf engagements contre cette maladie, il y a quelques mois. L’un d’eux prévoit qu’une commission d’autodiscipline pour la communication soit créée, qui devrait être prête pour le SIAL.