Coop de France tient son assemblée annuelle le 29 novembre à Paris à un moment où les coopératives ont plutôt conquis du terrain dans l’économie agroalimentaire française. On sait que le « périmètre coopératif » a recommencé à s’étendre fortement en 2006 et 2007 : l’accélération observée dans les alliances et les acquisitions menées par des coopératives est un motif de satisfaction pour Philippe Mangin. Mais le président de Coop de France n’en est pas moins préoccupé par bien des sujets, notamment par les conséquences des hausses des matières premières agricoles qui seront au cœur d’une table-ronde de cette AG et par quelques dossiers brûlants comme le bilan de santé de la Pac ou les suites du Grenelle de l’environnement sur lesquels Michel Barnier sera très attendu.
La Coopération agricole n’échappe pas à de nouveaux questionnements à l’heure du « bilan de santé » de la Pac et de la flambée, peut-être durable, des prix agricoles. Sur la Pac, Philippe Mangin, président de Coop de France, souhaitait, à la veille de son assemblée générale, que les pouvoirs publics sachent « profiter de la fenêtre de tir favorable qui s’est ouverte avec la nouvelle conjoncture agricole mondiale marquée par cette hausse subite des cours des denrées au plan mondial. Si la demande est en très forte croissance dans beaucoup de pays, la France a naturellement un grand rôle à jouer pour y répondre étant donné son potentiel agroalimentaire ».
Il faut, d’après lui, saisir cette occasion pour relancer la politique agricole commune, non pas exactement comme on le faisait hier, mais en remettant en avant la préférence communautaire à travers des normes adaptées aux niveaux d’exigence des Européens, au plan sanitaire comme sur des critères environnementaux : les objectifs du dernier Grenelle de l’environnement sont à même, en effet, d’alourdir les contraintes et les barrières non tarifaires à l’entrée sur notre marché, ce qui peut être élargi à terme à l’échelle de l’Europe. En revanche, les efforts déjà faits par l’agriculture française en ce domaine (éco-conditionnalité, agriculture raisonnée, Agriconfiance) sont par trop méconnus et Coop de France voudrait qu’ils soient tous certifiés et – pourquoi pas ? – qu’ils entraînent une exonération des contrôles Pac ou des formes de crédit d’impôt.
Préparer de nouvelles régulations
Autre perspective que Coop de France entend mettre en évidence : cette rénovation de la Pac, voulue par Michel Barnier avec la réflexion des Assises de l’agriculture et par le président Sarkozy si l’on en croit ses discours au Medef puis au Space, est « à préparer sérieusement dès maintenant afin de pouvoir avancer des pions au moment où la France présidera le Conseil européen ».
Face à la volatilité des prix agricoles, il faut repenser, recréer des mécanismes de régulation, voudrait le président Mangin : « Sans doute seront-ils désormais à responsabilité partagée entre les opérateurs et la puissance publique (UE et Etats membres) mais il faudra aussi des mécanismes d’assurance mutualisée des risques et des crises ou pour se couvrir contre les variations fortes des marchés. La persistance des accidents sanitaires comme la fièvre catarrhale montre que cela correspond à un impératif, notamment pour toutes les filières animales ».
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Un modèle de ce type est en train de se remettre en route pour le porc à un moment où cette filière est à nouveau en crise, c’est la caisse Stabiporc jusque là cofinancée par l’Etat et la profession et qui va redémarrer avec les seuls concours d’Unigrains, de Sofiprotéol et du Crédit agricole. Et il ne s’agit ici que de financements à court terme pour aider les éleveurs à surmonter des caps difficiles, ces aides ne faisant que transiter par les entreprises d’aval, fort intéressées bien sûr à la survie de leurs fournisseurs.
Aider ceux qui restructurent
Philippe Mangin salue le dispositif mais, allant plus loin, il se demande s’il ne serait pas judicieux de conditionner l’attribution de ces aides à des projets de restructuration de la filière. Cette restructuration a fait des progrès tardifs avec le rapprochement Cecab/Gad/Prestor qui vient d’être conclu mais on espérait davantage à l’époque du rapport Porry lorsque Cooperl, le leader, et Jean Floch étaient aussi dans le projet baptisé « Hermès ». « Il y avait des millions d’euros à gagner », regrette le président Mangin.
Toujours à propos du porc, le marché européen est encombré et il n’est hélas plus possible de dégager 1,5 million de tonnes sans restitutions, or, déplore Philippe Mangin, celles-ci ont été supprimées un peu vite au nom de l’OMC Ce vœu vient de se réaliser, puisque le 27 novembre le Conseil agricole européen a fini par annoncer la reprise de telles restitutions (Cf ce numéro, même rubrique). Peut-être faudrait-il réinventer l’équivalent sous un autre nom, surtout à un moment où Bruxelles gagne de l’argent en remettant sur le marché des céréales à prix élevé qui ont été achetées au plus bas au titre de l’intervention. Ce ne serait que juste compensation des désordres liés à la parité euro/dollar, un argument que l’on peut légitimement faire entendre à tous nos partenaires…
Pour tout dire, le dirigeant coopératif souhaite que l’on ne soit plus autant sur la défensive et que l’on sache faire des propositions qui puissent être acceptées: la première, contre la volatilité des prix, est à ses yeux la contractualisation, l’assurance, des mots qui sont étrangement absents des propositions de l’Europe dans le bilan de santé de la Pac.