Abonné

Coopération Coop de France Ouest plaide pour une meilleure maîtrise de l’aval

- - 5 min

En pleine effervescence pour cause de conflit dans la filière laitière, le secteur coopératif du Grand Ouest ne digère toujours pas son recul au fil des dernières restructurations comme la vente à des « privés » de groupes comme Socopa ou Arrivé. Et en appelle à plus de solidarité interne et avec les fonds financiers qui ont leur origine dans la profession.

Bien que très pris par l’actualité laitière immédiate voir ce Numéro, rubrique Evénement, les adhérents de Coop de France Ouest Sur l’ensemble Bretagne, Pays de Loire et Normandie, les coopérateurs sont au nombre de 200 000, dont 2000 sont administrateurs. Les 150 coopératives recensées contrôlent 250 sites industriels et pèsent avec leurs filiales 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires et emploient 55 000 salariés, soit un quart de la Coopération agricole française et un tiers de ses effectifs. ne se voilent pas la face sur le long terme. Leur assemblée générale du 20 mai à Rennes a fait état de préoccupations plus larges, en particulier celle d’une perte du pouvoir économique des agriculteurs s’ils ne maîtrisent pas mieux, à l’avenir, les activités d’aval.

Evoquant les restructurations en cours dans ces trois régions, Jean-Marie Gabillaud, président de Coop de France Ouest, estime que deux échecs cuisants ont été essuyés par la Coopération ces derniers mois : la reprise de Socopa par la société Bigard, et la préférence donnée à la société LDC face à une offre équivalente des coopératives (Terrena, Cavac, Maïsadour) sur le dossier Arrivé. Les coopératives et les fonds d’investissement d’origine agricole ne jouent pas assez dans le même sens, avance-t-il, allusion au choix fait par la CIAB et par Unigrains, qui étaient au capital d’Arrivé, et qui ont fait pencher la balance dans un autre sens. Coop de France Ouest milite donc pour plus de « réactivité », une « meilleure gouvernance » et une volonté de « jouer collectif », alors que la tendance au recentrage des coopératives sur l’amont semble à présent l’emporter. Au contraire, l’imminence de certaines restructurations industrielles dans l’Ouest est « une chance » à saisir quand « le secteur agroalimentaire est considéré par les experts financiers comme l’un des plus profitables pour les 20 prochaines années » ; dans la conjoncture actuelle, il apparaît comme une valeur sûre par contraste avec d’autres secteurs que l’on jugeait hier encore bien plus attractifs.

Des occasions à ne pas manquer vont se présenter à court terme, les dossiers lourds de restructurations s’accumulent, selon le président Gabillaud, c’est le moment de jouer collectif : « Sans s’immiscer dans le choix de telle ou telle coopérative », Coop de France Ouest veut faire émerger les bons schémas économiques et de gouvernance, sachant que les différents territoires de l’Ouest se croisent et que leurs sorts sont liés.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Pouvoir compter sur les fonds d’origine agricole

Pour ce faire, il faut que les pouvoirs publics actionnent la politique de concurrence dans le bon sens, sans en faire un frein à l’organisation interprofessionnelle ou à la création d’outils économiques puissants capables de rétablir l’équilibre avec la grande distribution.

Et, deuxième exigence, que les acteurs financiers issus du monde agricole soient « le bras armé des stratégies professionnelles » et adoptent une vision industrielle et de moyen/long terme. Car dans la plupart des dossiers importants, même à plusieurs, les coop ne peuvent jouer sans avoir l’appui de financiers pour stabiliser les tours de table. Or, vu de l’Ouest, le rôle de bien des fonds d’origine agricole est devenu illisible, ou par trop semblable à celui des autres fonds d’investissement.

Le reproche est clair. Pour le dissiper Coop de France en avait invité certains à venir en débattre : à défaut d’Unigrains ce devait être l’Idia qui s’est quand même signalé par son absence, et AgroInvest. Les arguments pour investir dans l’agroalimentaire ont été détaillés d’abord grâce à un diagnostic d’ensemble dressé par Francis Declerck, titulaire de la chaire européenne d’« excellence alimentaire » de l’Essec. Une vision sans fard qui n’autorise pas l’erreur ni le moindre excès d’endettement étant donné l’accumulation de contraintes nouvelles : coût de l’énergie, règles environnementales, dérégulation et volatilité, pression sur les marges et restrictions du crédit… Mais rien de tout cela ne doit empêcher de parier sur l’émergence de nouveaux leaders, comme le tente AgroInvest. Ce fonds se démarque des autres fonds d’investissements par son parti-pris d’engagement durable auprès de regroupements significatifs de PME ; son président, Jean-Louis Ruatti, tire argument de l’identité de ses actionnaires (Caisse des dépôts, Sofiprotéol, caisses régionales de Crédit agricole, Crédit mutuel de Bretagne,…), de l’origine de son équipe « plus industrielle que financière » et du parcours déjà réalisé précédemment dans le cadre d’AgroPlus. En soulignant que son exigence de rentabilité, « de l’ordre de 15 % », reste quand même en-deçà de celle de bien des fonds.