Au Salon de l’agriculture se vit chaque année la clôture des négociations commerciales sur les marques nationales. Dans la filière laitière, l’application de la loi Sapin 2 provoque un débat entre la fédération des producteurs de lait et celle des coopératives.
Thierry Roquefeuil, président de la Fédération nationale des producteurs laitiers (FNPL), a fait le point sur les négociations commerciales sur les marques nationales, le 27 février au Salon de l’agriculture, lesquelles devaient se clôturer le lendemain, abordant notamment la question de la loi Sapin 2 : " C’est un peu fort ! C’est une loi qui vient d’être promulguée et on [les transformateurs laitiers, ndlr] dit déjà qu’il faut la changer. " Il s’est interrogé sur l’attitude de la coopération qui, elle-même, ne défend pas l’application de cette loi dans les négociations commerciales de cette année, comme l’a d’ailleurs confirmé Dominique Chargé, président de la Fédération des coopératives laitières (FNCL) quelques heures auparavant. Pour ce dernier, cette loi " couvre un vrai risque d’intégration et donne les clefs de la valorisation agricole à la distribution ". D’après lui, la loi l’oblige à avoir autant de prix à déterminer avec la distribution qu’il n’a de références dans son entreprise, " soit 700 ! ". " Il y a une vraie difficulté technique à appliquer cette loi Sapin 2. […] Je ne sais pas quel niveau de transparence est demandé ! ", souligne-t-il. Interrogé sur le sujet, Thierry Roquefeuil évoque des moyennes disponibles et des correspondances entre litres de lait et produits transformés, permettant de simplifier les négociations et le nombre de tarif. Faux débat donc, selon lui.
Quel est le niveau de transparence demandée ?
" La FNCl et la FNPL ont une vision qui n’est pas partagée ", analyse-t-il. De quoi interpeller les journalistes car les coopératives sont une organisation de producteurs… " La coopération a peut-être un travail en interne à faire ", répond Thierry Roquefeuil. Pour Marie-Thérèse Bonneau, vice-présidente de la FNPL, " rien ne bloque aujourd’hui l’application de la loi Sapin 2. Certains acteurs ne veulent simplement pas utiliser la loi. […] Nous n’avons pas lancé un tel chantier sur la loi Sapin 2 pour que les négociations commerciales se passent comme les autres années". Et pourtant… Dominique Chargé évoquait des " tensions extrêmes avec un comportement qui n’a pas changé de la part de la distribution ". Il reconnaît cependant que certaines enseignes ont joué le jeu en acceptant des hausses de tarifs, notamment sur le beurre dont le cours mondial a été multiplié par deux en moins d’un an. " Toutes les enseignes ont conscience de l’impact de la Loi de modernisation de l’économie (LME) mais personne ne sait quel levier utiliser pour sortir de cette logique de baisse des prix ", selon lui. En attendant, la FNCL a voulu remettre les pendules à l’heure, le 28 février, avec un communiqué : " La répartition du résultat votée chaque année en Assemblée générale des producteurs adhérents se fait au bénéfice de ces derniers, avec des arbitrages entre : la rémunération globale (prix et divers compléments liés à la qualité de producteur et d’actionnaire) et les investissements et réserves nécessaires à la pérennité de l’outil collectif, industriel et commercial ". Et Thierry Roquefeuil de lancer : " Le prochain ministre de l’Agriculture aura du travail ! "
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Négociations commerciales : les coopératives laitières veulent des hausses de 5 à 10 %
Dans un communiqué du 28 février, la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL) a souhaité rappeler certains éléments quant aux négociations commerciales qui devaient se clôturer le soir même. Ainsi, elle « confirme l’objectif de hausse de 5 à 10 % » des prix demandés à la distribution « selon les catégories pour assurer la remontée du prix du lait aux producteurs ». Elle précise également que : « les augmentations de tarifs de 2,8 % sur le beurre et la crème de qualité ne sont pas des informations qui émanent des coopératives laitières ». De plus, « les déclarations quant aux baisses de -2 à -4 % imposées aux coopératives sont des informations qui remontent d’autres filières agricoles et agroalimentaires et qui sont toujours d’actualité, mais ne concernent pas la filière laitière », relève-t-elle.