Abonné

PRODUITS DE LA MER/STRATÉGIE Copalis vient de perdre son capitaine

- - 5 min

Le départ de Philippe Costenoble, directeur de Copalis, vers Cherbourg est considéré comme un coup dur pour le port boulonnais. Les responsables locaux cherchent un successeur à celui qui a transformé une simple usine de farines de poissons en un outil industriel producteur d'ingrédients et de pet-foods. Le bouclage financier de la construction de nouveaux locaux, qui traîne depuis plus de deux ans, pourrait être entériné à la fin de ce mois.

Boulogne-sur-Mer vient de perdre une de ses figures de proue. En effet, Philippe Costenoble, directeur général de Copalis, a quitté l'entreprise boulonnaise au début de l'été. Cet ancien directeur du site français Aveve d'Haussimont (51) spécialisé dans la production d'amidons et racheté depuis par Tereos, avait intégré l'ancienne Coopérative de traitement des produits de poissons (CTPP) en 2005, puis avait été nommé directeur général en 2007.

Il avait alors imprimé une nouvelle image de marque à la coopérative en diversifiant les activités de cette usine créée en 1960, destinée à transformer les déchets de Capécure en farines de poissons, pour en faire un site industriel produisant notamment des ingrédients destinés à la nutrition et la cosmétique. Philippe Costenoble aurait, semble-t-il, cédé aux charmes des sirènes du port de Cherbourg pour y développer un projet analogue à celui qu'il a mené pendant dix ans à Boulogne.

Selon certaines sources, un désaccord stratégique avec Jacques Wattez, le président de Copalis depuis juillet 2014, serait à l'origine de son départ. Ecoreur (1) boulonnais, Jacques Wattez, qui préside également la société Unipêche (9 000 tonnes/an de poissons), est une figure emblématique du port calaisiens. Des divergences de vue sur la gestion de l'entreprise et de ses filiales auraient surgi entre les deux hommes. La dégradation de la situation financière de Seanov, une filiale de Copalis spécialisée dans les ingrédients et la fabrication de plats préparés, n'a pas amélioré les choses. Créée en 2008 pour surfer sur la vague des Oméga 3 en commercialisant rillettes de la mer, tartinables, soupes et sauces, Seanov a investi plus de 2 millions d'euros en 2013. En 2014, l'entreprise a creusé sa 2013. En 2014, l'entreprise a creusé sa perte nette à 104 900 euros (contre 23 900 euros en 2013) alors que son chiffre d'affaires a augmenté de 51 % à 4,3 millions d'euros.

UN DOSSIER À BOUCLER AU PLUS VITE

« J'ai appris que Copalis envisageait de se délocaliser à Cherbourg ! », s'étonnait Daniel Percheron, président du conseil régional Nord-Pas de Calais lors d'une récente conférence de presse au pôle Aquimer, en présence des responsables de la communauté d'agglomération de Boulogne et de Thierry Missonnier, directeur du pôle de compétitivité et administrateur de Copalis. Ce dernier a d'ailleurs rappelé que « Copalis a bénéficié de 7 à 8 millions d'euros de financements publics pour ses différents projets de recherche menés depuis 2007 ». Mais se voulant rassurants, les responsables locaux ont unanimement réaffirmé : « Copalis restera à Boulogne ». C'est justement pour développer l'ensemble des applications dans les ingrédients que Copalis envisageait la construction de locaux neufs beaucoup mieux adaptés à ses nouvelles activités et répondant aux normes les plus exigeantes. Un investissement de 10 millions d'euros était prévu sur un terrain de 4 500 m2 jouxtant ses installations. Le projet devait être opérationnel fin 2013-début 2014… mais attend toujours le bouclage du tour de table. « Ce retard aurait également provoqué la lassitude de Philippe Coste-noble », évoque-t-on localement. D'après les élus locaux et régionaux, il manquerait un million d'euros pour finaliser le projet. Ces derniers ont pris l'engagement de lui donner corps rapidement. « Il faut que ce dossier soit bouclé d'ici un mois et surtout que la BPI s'engage », a insisté Daniel Percheron, en réaffirmant que la région voulait faire de Copalis « une grande entreprise, leader national en matière de valorisation de la totalité de la ressource ».

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

En attendant, l'entreprise cherche un nouveau capitaine d'industrie.

NOUVEAU COUP DUR POUR LA RÉGION

Le départ de Philippe Costenoble « est un coup dur pour Copalis et pour Boulogne », commente-t-on à Capécure. En effet, il survient après le rachat des activités européennes de Findus par le fonds britannique Nomad Foods. Inquiets, les salariés de la seule usine française du groupe craignent le transfert des activités boulonnaises vers un site allemand. Boulogne a également vu le placement en règlement judiciaire de la SA Jacques Maes le 2 juillet dernier. C'est surtout un coup dur surtout parce que l'Union européenne, dans le cadre de la nouvelle politique commune de la pêche (PCP) 2014-2020, oblige dorénavant les navires à débarquer l'ensemble de leurs prises.

Copalis avait d'ores et déjà commencé à travailler avec Euronor sur le traitement à bord des viscères de lieu noir et autres espèces sur les chalutiers de l'armateur.

COPALIS EN CHIFFRES

Copalis transforme quelque 36 000 t par an de co-produits de poissons. Elle emploie 78 salariés et commercialise 75% de ses produits à l'export.

Leader mondial pour la fourniture d'hydrolysats de protéines de poisson à destination de l'aquaculture et du pet-food, la coopérative a réalisé en 2014, un chiffre d'affaires de 20,3 millions d'euros en hausse de 6,5 % sur 2013. Néanmoins, son résultat net a chuté de 64,6 % à 195 700 euros. Copalis possède plusieurs filiales, dont Seanov et Petco International, spécialisée dans la fabrication d'aliments chiens et chats depuis septembre 2008.