La crise financière a fait planer la menace d’un « credit crunch » qui aurait pu paralyser brutalement l’économie au cours de ce dernier trimestre. L’assèchement des échanges inter-bancaires a été évité (de justesse ?) grâce aux mesures massives par lesquelles l’Etat garantit l’activité des banques en faveur des entreprises. Et plus précisément, en ce qui concerne les PME - qui sont si essentielles dans le tissu industriel agroalimentaire- le plan Novelli a fait monter en première ligne l’établissement financier Oseo. Plusieurs de ces interventions, encore méconnues, devraient lui attirer de nouveaux clients dans les IAA.
Particularité bien connue de l’industrie alimentaire, ses entreprises manquent de fonds propres pour autofinancer leurs investissements : du coup, soit elles sous-investissent, soit elles ont besoin de recourir à l’endettement, ce qui suppose un apport de crédits suffisant de la part des banques et des établissements financiers. La période difficile actuelle ne doit pas, pour des raisons évidentes de politique économique, bloquer toute initiative au prétexte que le crédit se ferait plus rare. Cela reviendrait à négliger l’investissement, alors que l’avenir appartiendra plus sûrement à ceux qui auront su le préserver et qui à terme sortiront ainsi gagnants de la bataille.
« Depuis le mois d’août, malgré la hausse des défaillances d’entreprises dans l’agroalimentaire comme ailleurs, nous n’avons pas assisté à une ruée de demandes de crédits qui nous aurait conduit à nous substituer aux circuits bancaires classiques », nous confiait récemment Martial Rozier, responsable chez Oseo du développement des activités bancaires. La crise financière qui a éclaté en septembre-octobre n’est sans doute pas à l’origine de cette recrudescence de faillites qui, selon lui, s’explique par le fort taux de création des années antérieures (suite au vote de la loi Du-treil en 2003) et à la difficulté bien classique pour une entreprise de passer le cap des deux ou trois premières années de sa vie.
Réseau d’alerte et de diagnostics
En revanche, le réseau d’Oseo a été, d’un seul coup, beaucoup plus sollicité à travers son numéro Azur au début du mois d’octobre. Ses 42 implantations en régions étant au cœur du plan de soutien aux PME qu’a lancé le gouvernement ont été mises à contribution, au moins pour un premier stade d’information et pour anticiper d’éventuelles difficultés financières. Sur l’ensemble des secteurs de l’économie, Oseo a ainsi enregistré mi-décembre plus de 20 000 appels de chefs d’entreprises sur son numéro Azur.
De plus, note Martial Rozier, beaucoup d’entreprises y compris dans l’industrie alimentaire ont fait état de leurs inquiétudes sur la poursuite de leurs lignes de crédit auprès des banques parce qu’elles voyaient leur situation économique basculer défavorablement : des ventes en baisse, un alourdissement de leurs stocks et des rapports plus difficiles que jamais avec la distribution du fait de la loi LME. Quand bien même les banques ne couperaient pas brutalement leurs concours, il est certain qu’elles tendent à durcir leurs conditions pour tenir compte de la situation nouvelle, alors même que les besoins en fonds de roulement risquent d’augmenter du fait du ralentissement économique et de l’obligation faite aux IAA de payer plus vite certains de leurs fournisseurs en amont (autre effet de la LME).
Ce que les délégations régionales d’Oseo ont offert aux chefs d’entreprises, dès l’adoption du plan annoncé fin octobre par le secrétaire d’Etat aux PME, Hervé Novelli, c’est une aide au diagnostic pour que les PME anticipent leur besoins de trésorerie pour 2009 sans attendre d’éventuelles mauvaises nouvelles liées à la publication de leurs comptes annuels en mars. « La convention que nous avions passée en 2007 avec l’ordre des experts comptables trouve là toutes ses raisons d’être et va permettre ces anticipations », se félicite le responsable du développement bancaire d’Oseo.
Des garanties élargies
En effet, les besoins de crédit à court terme, même pour une entreprise qui réussit à maintenir son chiffre d’affaires, peuvent augmenter du fait du ralentissement général ; or le banquier d’une PME acceptera d’autant plus aisément de renforcer la trésorerie de cette entreprise qu’Oseo, au titre du Fonds de garantie de la trésorerie des PME, propose de garantir 60 % du risque pris par la banque. En outre, Oseo peur se faire fort du partenariat noué avec les Régions, car certaines d’entre elles se proposent d’accompagner ce dispositif en portant cette quotité à 70 %. Ces mesures pourraient concerner une dizaine de régions, assure Martial Rozier. Ainsi pour un concours de 100, le banquier n’a plus que 30 de risque, le reste étant partagé par la Région et par l’Etat. Rappelons par ailleurs que la banque bénéficiant de l’intervention d’Oseo, les garanties qui peuvent être demandées à l’entrepreneur sont allégées.
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A l’écoute des entreprises, Oseo a donc suggéré à toutes les entreprises qui l’ont sollicité, de compter d’abord sur leur banque habituelle puisque le gouvernement a mis beaucoup de milliards sur la table pour garantir les crédits que le système bancaire doit continuer à consentir aux PME. Et Oseo, directement, a vu ses moyens renforcés à hauteur de 5 milliards d’euros (voir encadré "5 milliards de plus...").
550 millions d’encours en juin
Au total, si le secteur agroalimentaire ne fait pas l’objet d’un traitement particulier chez Oseo, il occupe une place conforme à son importance dans l’économie et dans le tissu des PME, soit environ 10 % de ses concours annuels, indiquait Jean-Marc Durand, directeur stratégie-développement d’Oseo lors du dernier colloque AgroFinance Cf Agra alimentation n° 202043 du 04.12.08 p. Une. « Toutefois, si les IAA voulaient bien ne pas rester de petite taille, mais s’employaient à grandir, il y aurait beaucoup de travail pour nous », lançait-il. En juin 2008, l’établissement estimait à 550 millions d’euros son encours de co-financement et de financements garantis dans les IAA, soit un chiffre stable par rapport au passé, conformément à la stabilité du secteur. Auparavant, si l’on en croit le bilan d’activité 2007 de l’établissement, l’agroalimentaire a bénéficié de 50 M EUR de cofinancement bancaire, de 60 M EUR de financements garantis et de 32 M EUR d’aides à l’innovation Cf Agra alimentation n° 2026 du 03.07.08 p.13.
Pour l’avenir, les mesures gouvernementales pour épargner le tissu économique les contrecoups de la crise financière devraient, a priori, brancher un plus grand nombre d’entreprises agroalimentaires sur les circuits d’Oseo. Beaucoup ne connaissent cet établissement qu’à travers l’aide à l’innovation qui est la continuité de ce que proposait depuis très longtemps l’Anvar avant de se fondre dans Oseo. Ayant de plus en plus de cordes à son arc depuis sa fusion avec l’ancienne BDPME, Oseo va élargir sa clientèle dans l’agroalimentaire comme dans tous les secteurs où les PME sont très fortement représentées.
Fin des procédures sectorielles
On s’en souvient sans doute Cf Agra alimentation n° 1899 du 06.10.2005 p.17 un des nouveaux outils testés par l’établissement avec le ministère de l’Agriculture en région Rhône-Alpes était dédié aux IAA conformément à une des premières mesures du PNDIAA en 2005 : ce « prêt participatif agroalimentaire » a toutefois souffert d’être assorti de critères d’accès peut-être trop sélectifs, ce qui l’a rendu très peu accessible, aux dires des responsables d’Oseo, et il n’a finalement pas été étendu aux autres régions. En revanche, un produit analogue, le « prêt participatif de développement » (prêt sans garantie d’une durée de 7 ans avec un différé d’amortissement de 2 ans) qui, lui, n’est pas sectoriel, a été mis en place avec certaines régions : la Bretagne, par exemple, lui consacre 4 M EUR, ce qui permet des apports de fonds de l’ordre de 20 M EUR pour des PME bretonnes. Des conventions de ce type ont été finalement conclues avec une douzaine de régions et autant de conseils généraux. D’ici la fin 2009, un millier de PME pourraient en bénéficier.
D’autres partenariats existent maintenant, par exemple entre Oseo et Ubifrance pour des prêts aux « primo-exportateurs » (prêts sans garantie sur 6 ans avec un an de différé compris entre 20 000 et 80 000 euros par entreprise).
Et surtout Oseo développe des produits financiers composites adaptés aux différents besoins des entreprises et en fonction de leur stratégie propre ou des étapes de leur développement : innovation, international,… Par exemple, Oseo à développé avec les Régions des produits spécifiques afin notamment de faciliter les transmissions d’entreprise et, depuis juillet dernier, le montant du Contrat de Développement de Transmission à été porté de 240 000 à 400 000 euros, Oseo entendant ainsi répondre mieux aux besoins liés au financement des transmissions d’entreprises d’une valeur de plus de 2 M EUR.