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Viande Créer un seul label halal pour plus de crédibilité

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Un label hala internationalement reconnu, avec un cahier des charges et des moyens de contrôle, est-il envisageable ? Pour un marché en croissance, comme celui du halal qui concerne principalement les viandes, un tel label serait une opportunité mais il semble encore loin d'être accessible. Religion, économie, politique, éthique… le halal fait appel à bien des domaines.

Adnene Debbabi, directeur du Food Label Institute, a prôné une uniformisation des labels halal en se référant au cahier des charges de la certification Qualihalal de son cabinet d'audit, le 29 mars. Lors du salon Halal à Paris, les 29 et 30 mars, cette problématique est revenue sur le tapis : créer un label halal référant à l'image du label bio, utilisable également à l'international et se basant sur des fondements scientifiques. Rêve ou réalité ? Une conférence donnée le 30 mars, toujours au salon, abordant le sujet du halal dans l'industrie, a apporté une forme de réponse. Vu les débats houleux, l'ensemble de la communauté religieuse musulmane n'est visiblement pas d'accord pour définir un unique « cahier des charges » du halal. Pourtant, tous les participants ont mis en avant un grand principe : l'aliment est halal ou ne l'est pas. « Le terme 100% halal n'a donc pas de sens ! », s'est exclamé un consommateur dans la salle. Si Abderrahman Bouzib, expert consultant chez AB Associates, considère que les industriels français ont « un savoir-faire indéniable » en termes de pratiques industriels, il reconnaît que concernant le halal, tout dépend de qui l'on a en face. « Chacun a sa définition du halal », explique-t-il. Hadiz Abdelaziz di Spigno, président d'Asidcom (Association de défense du consommateur musulman), parle, lui, « d'une forêt de certificateurs ». Effectivement, faute d'un label halal référant, des entreprises se créent pour contrôler et certifier les pratiques lors de l'abattage et/ou de la chaîne de fabrication industrielle. Et à chaque certificateur correspond « un niveau de qualité » halal, fait remarquer un intervenant.

Nécessité d'un consensus de la communauté musulmane

Si pour Adnene Debbabi et Abderrahman Bouzib, il est possible de définir un cahier des charges du halal que l'industriel s'engage à respecter, il faut avant tout définir ce qu'est le halal. La problématique se positionne donc par rapport aux dogmes religieux et à un consensus dans la communauté musulmane, loin d'être encore acquis. Par ailleurs, si cahier des charges il y a, pouvoir contrôler son application chez les industriels est primordial. Abdel Touhami, expert consultant chez Halal Viande sacrifiée, prône depuis de nombreuses années un tel établissement. Spécialiste de la certification depuis plus de 15 ans, il a demandé en octobre 2010 au ministère de l'Agriculture la création d'un Office national du halal. « L'Etat doit légiférer car l'anarchie actuelle doit être régulée », plaide-t-il. Il souhaiterait que la France puisse adopter un système, à l'instar de ce qu'ont fait les Pays-Bas et l'Allemagne, lui permettant aussi de s'assurer des marchés à l'export dans les pays musulmans. En attendant, le consommateur commence à devenir méfiant. Il crie son manque d'information. Et Hadiz Abdelaziz di Spigno n'hésite pas à proclamer la sortie d'une « arme massive » face à un tel « bazar » : le boycott par le consommateur. Face à cela, Abderrahman Bouzib préfère rappeler les enjeux économiques liés à ce marché (emplois supplémentaires, créations d'entreprise, vie des territoires…). « En tant que consommateur, ce qui m'inquiète c'est que des non-musulmans interviennent dans ma religion », conclut un consommateur.

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