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Politique européenne Crise autour du modèle agroalimentaire européen

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L’échec du Conseil européen des 16 et 17 juin, consacré en grande partie à la négociation du budget communautaire pour les années 2007-2013, s’est noué en grande partie sur l’opposition entre deux visions du modèle agroalimentaire européen. A la gestion traditionnelle des marchés défendue par Jacques Chirac, Tony Blair, le chef du gouvernement britannique répond par les mots recherche, innovation et libéralisation. Un débat au plus haut niveau devrait être lancé dans les prochaines semaines. Qui conditionnera l’avenir de l’environnement de l’industrie alimentaire française et européenne.

La politique agricole commune a pour but (…) de stabiliser les marchés ; de garantir la sécurité des approvisionnements ; d’assurer des prix raisonnables dans les livraisons aux consommateurs ». Ces quelques mots ne sont pas tirés d’une récente déclaration faite lors du Conseil européen des 16 et 17 juin dernier. Ils apparaissent comme un des socles même de l’Union européenne, à l’article 33 du Traité instituant une Communauté européenne. L’opposition entre le Premier ministre britannique Tony Blair et le président Jacques Chirac de ces derniers jours traduit une interrogation sur la pertinence de ce modèle pour l’avenir. Un modèle qui, malgré ses réformes successives, reste l’environnement incontournable pour l’industrie agroalimentaire et son approvisionnement. L’Union s’interroge sur son modèle alimentaire. Son coût. Et sa solidité face à d’autres enjeux, ceux de la croissance et de la mondialisation notamment.

« Aberrant »

L’Union européenne ne peut plus dépenser 40 % de son budget pour 2 % de sa richesse et 5 % de sa population, a défendu avec conviction M. Blair, durant les deux jours du Conseil, à Bruxelles. «  La Pac est une grande réussite européenne (…). Nous sommes aujourd’hui une grande puissance exportatrice de produits agricoles et de transformation agroalimentaires. C’est un élément de puissance considérable », rétorque le président français pour qui il est « aberrant »de qualifier la Pac d’obsolète. Le président français s’est efforcé, pour renforcer son argumentaire, de lier le monde agricole à la transformation alimentaire dans son ensemble, soulignant qu’elle représente 1,5 à 2 millions de salariés.

En prenant la présidence de l’Union européenne, le dirigeant britannique entend bien imprimer la marque anglo-saxonne à l’Europe. Il devait dévoiler son programme pour les six mois à venir lors d’une intervention devant le Parlement européen, le 23 juin. La recherche, l’innovation et certaines politiques de santé publique telle la lutte contre l’obésité seront au cœur de son agenda. Une des raisons pour lesquelles, dans le mémorandum destiné à la future présidence, la Confédération des industries agroalimentaires de l’Union européenne (CIAA) y consacre une large part. Elle y détaille même longuement les initiatives prises par l’industrie dans la lutte contre les déséquilibres alimentaires.

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« Approvisionnement et compétitivité »

Mais concernant l’avenir de la Pac, l’industrie peine à trancher entre un modèle à l’anglo-saxonne totalement libéralisé et le modèle « ancien » âprement défendu par la France et ses alliés. « La Pac doit remplir deux objectifs : garantir l’approvisionnement et assurer la compétitivité », insiste la CIAA dans son document destiné à la présidence britannique. Si l’organisation plaide régulièrement pour la suppression des distorsions de marchés, elle ne s’engage jamais dans une attaque en règle contre cette politique. Et soutient activement le développement rural et sa montée en puissance, en terme de moyens financiers.

En revanche, la CIAA montre avec clarté qu’aujourd’hui, la compétitivité de la filière alimentaire ne passe plus uniquement par la gestion de matières premières. L’ouverture de marchés par des accords bilatéraux et multilatéraux, la pacification des relations commerciales avec la Russie, mais aussi tout ce qui touche à l’innovation, les enzymes, les OGM, les arômes, REACH, les allégations ou les produits enrichis… Tous ces sujets ont un impact direct sur l’innovation et la compétitivité de l’industrie. Et la CIAA fait part de ses préoccupations au Royaume-Uni à leur propos.