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Loic Guines, référent bio pour Chambres d’agriculture France Crise du bio : « Actualiser la formation des conseillers »

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Pour le président de la chambre d’Ille-et-Villaine, référent bio pour Chambres d’agriculture France, et également président de l’Agence bio, les conseillers doivent accompagner les agriculteurs bio sur la compréhension de leur marché, afin d’éviter le décalage entre production et consommation. L’aval et le ministère doivent également prendre leurs responsabilités, alors que certains engagements tardent à se concrétiser.

En tant que référent bio pour Chambres d’agriculture France, qu’avez-vous pensé des annonces de Marc Fesneau lors des Assises de l’agriculture bio, organisée par l’Agence bio début décembre ?

On ne peut que se satisfaire des moyens supplémentaires qui ont été annoncés pour la promotion. Nous aimerions cependant que d’autres ministres nous rejoignent autour de la table. Notre enjeu, côté chambre, reste d’accompagner les agriculteurs de la manière la plus efficace possible.

La stratégie des chambres en matière d’agriculture biologique pourrait-elle évoluer ?

L’agriculture biologique fait déjà partie de notre projet stratégique rédigé en 2015 : nous espérons accompagner 40 000 agriculteurs d’ici 2025, en ayant des conseillers capables d’amener les producteurs conventionnels vers les techniques de l’agriculture biologique. Avec le contexte actuel, nous allons actualiser ce projet, notamment former des conseillers à l’analyse des débouchés et des marchés. Il s’agira de mieux identifier les acteurs des filières de l’amont à l’aval sur les territoires. Nous voulons aussi accélérer le transfert des techniques alternatives dans les exploitations. Les conseillers doivent même être capables d’amener des producteurs conventionnels vers des techniques biologiques : notre ambition reste de créer des passerelles, sans se focaliser sur un seul type d’agriculture.

Quels sont les enjeux techniques prioritaires pour les producteurs bio selon vous ?

Il n’y a pas de sujet sur lesquels nous ayons aujourd’hui de véritables impasses. Mais tous les instituts techniques nous le disent : pour améliorer la gestion de la fertilisation, il faut travailler le lien entre l’élevage et le reste des productions. Surtout dans un contexte de renchérissement des engrais, ces démarches serviront aussi l’agriculture conventionnelle. Le changement climatique est aussi douloureux pour les élevages qui se reposent sur l’herbe, et qui doivent trouver de nouvelles solutions d’affouragement. Un guide est en cours de préparation au sein des chambres sur ce sujet. Des travaux sont aussi en cours pour réduire les utilisations de cuivre, en viticulture notamment.

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Lors des assises, le ministre a en revanche semblé fermer la porte aux aides conjoncturelles demandées pour certaines filières en crise par des syndicats et coopératives. Le regrettez-vous ?

C’est un sujet qui reste en débat. Nous allons en tout cas continuer de pousser de notre côté l’idée d’un plan pour répondre aux difficultés des producteurs. L’État s’est fixé une ambition de 18 % de SAU bio, tout en supprimant les aides au maintien et en augmentant les enveloppes de conversion. Mais on ne peut pas emmener les gens dans le mur : les producteurs sont les premières victimes de la baisse de consommation que l’on observe depuis 2019.

Nous conservons la position que nous avions défendue dans le PSN. Les conversions doivent s’accompagner d’études de marché, de contractualisation. Les industriels, les coopératives, et la grande distribution comme la distribution spécialisée doivent aussi respecter les engagements prix auprès des producteurs. Il faut enfin faire appliquer la loi Egalim. Nous le rabachons, mais c’est un travail de longue haleine.

On ne peut pas emmener les gens dans le mur