Abonné

Crise laitière : Bruxelles reconnaît s’être « trompée », selon Aurélie Trouvé

- - 4 min

Lors d’une conférence sur la crise laitière, organisée par la Confédération paysanne le 8 juin à Saint Gilles (35), Aurélie Trouvé, économiste et maître de conférences à AgroParisTech, a fait part des résultats d’une étude commandée par Stéphane Le Foll. D’après elle, certains membres de la Commission européenne reconnaîtraient s’être trompés dans leurs estimations du marché.

Certains membres de la Commission européenne « reconnaissent qu’ils ont totalement sous-estimé la capacité de production » des pays en voie de développement et « la réaction des producteurs européens face à la chute des prix » (accroissement des volumes), s’est exclamée Aurélie Trouvé, économiste et maître de conférences à AgroParisTech au sujet de la crise laitière européenne. Lors d’un colloque organisé par la Confédération paysanne, elle est intervenue le 14 juin pour présenter les résultats de l'« étude sur les mesures contre les déséquilibres de marché : quelles perspectives pour l’après-quota dans le secteur laitier européen ? », disponible sur le site du ministère de l’Agriculture depuis le 10 juin. « Si on rajoute d’autres défaillances de marché » comme la présence de millions de consommateurs et de milliers de producteurs face à quelques transformateurs et distributeurs, « dans un cadre de dérégulation publique », la gravité de la crise est indéniable. « Cela montre que l’on n’est pas dans un marché classique ! », souligne-t-elle. Pour elle et selon les résultats de l’étude, la crise actuelle est « une crise structurelle » et non conjoncturelle. Elle constate d’ailleurs que « rien que sur l’idée d’une crise structurelle ou conjoncturelle, il y a toujours débat ! […] Si Phil Hogan reconnaît qu’il s’agit d’une crise structurelle alors il devra reconnaître qu’il n’y a pas de système de gestion de crise ! », continue-t-elle.

Activer l’article 221 de l’OCM

L’étude a été « réalisée dans un contexte rapide et récent des marchés laitiers », à la demande de Stéphane Le Foll, précise Aurélie Trouvé. Commandée en parallèle de celle sur la contractualisation laitière réalisée par le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) rendue publique le 8 janvier (voir Agra Presse n°3533), elle donne les mêmes conclusions, notamment celle du renforcement du pouvoir des organisations de producteurs (OP). « Deux rapports sur la contractualisation donnent les mêmes recommandations ! » observe Aurélie Trouvé. Ce qui fait dire à Patrick Baron, porte-parole de la Confédération paysanne des Pays de la Loire : « On peut avoir les meilleurs rapports du monde », la vraie question reste « quel contexte politique a-t-on pour les mettre en œuvre ? L’alternance politique a empêché une vraie réflexion. Il a manqué de concertation entre les membres de la filière. » Il évoque un ministre de l’Agriculture qui a voulu faire trop vite « pour laisser son nom ». Aurélie Trouvé aborde également l’activation possible de l’article 221 du règlement de l’Organisation commune de marché (OCM), qui « permettrait de faire beaucoup de choses ». Il pourrait ainsi autoriser une régulation temporaire des volumes, rendue alors obligatoire pour tous les pays de l’UE. « Il est activable quand les autres articles (Art. 222 et 219) n’ont pas prouvé leur efficacité », observe-t-elle.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Commission européenne
Suivi
Suivre
Confédération paysanne
Suivi
Suivre

Ne pas désinvestir les organisations de producteurs

« Si vous avez accepté de lâcher la main dans les organisations de producteurs (OP), cela va finir de la même manière que pour les coopératives. […] Si vous vous désengagez des OP, elles finiront comme les coopératives ! », assène plusieurs fois Christophe Miault, membre du conseil d’administration de Terrena, le 8 juin, lors du colloque : « Crise laitière : un modèle laitier à repenser pour les producteurs ! » organisé par la Confédération paysanne. La salle vient de dénoncer la mauvaise gestion des coopératives, ce que Laurent Pinatel reprendra dans son discours de clôture : « Comment le conseil d’administration peut jouer entre les intérêts des producteurs et ceux de l’entreprise ? C’est impossible ! ». Christophe Miault reconnaît lui-même que « la coopération doit aussi changer ».