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Crise porcine : les groupements se rassemblent, les éleveurs manifestent

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Cinq groupements de producteurs de Bretagne ont annoncé, le 25 janvier, leur projet de constituer une plate-forme de commercialisation de porcs charcutiers commune. Deux jours plus tard, les producteurs de porcs organisaient un « mercredi noir » dans le Grand Ouest, pour manifester leur colère.

Ce regroupement marque la volonté des dirigeants d’Aveltis, Prestor, Triskalia, Porelia et Syproporcs de poursuivre la restructuration de la filière pour gagner en efficacité économique. À elles cinq (sur neuf en Bretagne), les coopératives porcines représentent « près de 8 millions de porcs sur une production bretonne de 13 millions environ », explique Philippe Bizien, président d’Aveltis, deuxième groupement devant Prestor, numéro 3 et, accessoirement, du Comité régional porcin breton. Il ne s’agit pour l’instant que d’un projet, poursuit en substance l’éleveur nord-finistérien. Plusieurs réunions de travail seront nécessaires dans les prochains mois pour mettre sur pied la structure. Aux yeux des cinq groupements, cette voie doit permettre de « bâtir ensemble une offre collective capable de valoriser au mieux la production de leurs adhérents », disent-ils dans un communiqué commun. Et ainsi lutter pour sa survie dans un contexte économique où la production française recule depuis plusieurs années quand celle de l’Allemagne ou de l’Espagne, les deux leaders européens, ne cesse de progresser.

« Nous y songions depuis plusieurs mois »

Pour l’heure, aucune information n’a filtré sur ce que fera cette plate-forme. On peut imaginer qu’elle présentera plus d’animaux au Marché du porc breton. Qu’elle sera à même de regrouper différents cahiers des charges pour que son offre soit incontournable sur le marché. L’annonce de ce projet intervient à point nommé. Depuis quelques semaines en effet, des éleveurs contestent de plus en plus les instances en place, fustigeant leur immobilisme et réclamant, comme l’a montré récemment le mouvement des Bonnets roses, la réduction du nombre des groupements bretons à deux ou trois organisations de producteurs. « Nous n’avons pas attendu la demande des Bonnets roses pour y réfléchir : la plate-forme, nous y songions depuis plusieurs mois », tient à préciser Philippe Bizien. Souhaitant ramener un peu plus de pouvoir à l’amont, les groupements signataires de l’accord ne sont pour autant pas dupes. Ils ne parviendront à redresser leur filière qu’à condition que les « pouvoirs publics et (le) conseil régional de Bretagne (les accompagnent) ». L’ensemble de la filière se réunissait jeudi à Rennes avec les représentants de l’État et de la Région Bretagne. « C’est du structurel dont nous avons besoin, pas uniquement des mesures conjoncturelles qui ne résoudront rien », tonne Philippe Bizien.

Mercredi noir en Bretagne, table ronde régionale annulée

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Comité régional porcin
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Routes et ronds-points bloqués par des tracteurs et des remorques, pneus et bottes de paille enflammés, gravats et détritus sur la chaussée : le « mercredi noir » des agriculteurs du Grand Ouest a tenu ses promesses, avec près d’une quarantaine de points de blocage sur les grands axes routiers de ces régions. La mobilisation s’est même poursuivie le lendemain, le 28 janvier. Dans l’après-midi, le président de la FRSEA Bretagne Thierry Coué a appelé à une levée des barrages, avec l’idée de relancer le mouvement la semaine suivante. Le même jour, la Fédération nationale porcine (FNP) salue, dans un communiqué le 28 janvier, les « actions menées et le courage des éleveurs ». En fin de matinée, une douzaine de barrages d’agriculteurs étaient encore recensés par le Centre régional d’information et de coordination routières (CRICR) de Bretagne. Les principales organisations représentant les producteurs dans la région (FRSEA, Union des groupements, Chambre d’agriculture) ont par ailleurs manifesté leur mécontentement en annonçant qu’ils ne participeraient pas à la table organisée par le préfet de Bretagne, Patrick Strzoda, le 28 janvier. Celui-ci a décidé de reporter la table ronde. « Cette crise, elle ne va pas se régler par des barrages routiers, a soutenu le préfet de Bretagne. Elle va se régler autour d’une table de travail et il faudra qu’on s’y mette assez rapidement ».

Les Bonnets roses pointent du doigt les absents du rapprochement des OP

Dans un communiqué paru le 26 janvier, le collectif Sauvons l’élevage français (Sef), également connu sous le nom des Bonnets roses, salue l’annonce faite la veille par cinq groupements (ou organisations) de producteurs (OP) de leur rapprochement au travers d’une plateforme collective de commercialisation, mais regrette l’absence de quatre groupements (Elporc, Seretal, Agrial et Porc Armor) de cette opération. Le collectif demande aux représentants des groupements de s’en expliquer devant leurs adhérents. La plateforme collective était l’une des principales revendications des Bonnets roses, dont la dernière manifestation a réuni 2 000 personnes devant le marché de Plérin (Côtes-d’Armor), le 14 janvier.