En ordre de marche sur ses terres, Cristal Union, quatrième sucrier européen augmente sa présence dans les zones européennes déficitaires, peaufinant ainsi son maillage commercial et industriel entrepris depuis dix ans. Il y prédit la disparition des raffineries les moins rentables. La disparition des quotas lui ouvre la porte des pays tiers.
« Avant d’envisager de nouvelles acquisitions, nous allons d’abord achever ce que nous avons entrepris ! », a lancé Alain Commissaire, le directeur général de Cristal Union lors d’un voyage de presse à Brindisi (Italie). Une déclaration qui ne l’empêche pas malgré tout de rester très attentif aux mouvements qui devraient encore secouer le monde sucrier européen, notamment dans le raffinage. Confiant et optimiste à l’idée d’en terminer avec les quotas sucriers, ce dernier sait que les cours mondiaux lui sont favorables et devraient être haussiers dans les mois qui viennent. En témoigne l'achat par Wilmar Sugar, l’un des plus gros traders mondiaux, de 6 Mt à 15 $cents/livre depuis 2015.
Depuis dix ans, le groupe coopératif a modernisé ses outils industriels français. Il y a notamment investi 2 Mrd d’euros, dont 951 M€ pour l’acquisition de La Vermandoise en janvier 2012. Ce qui ne signifie pas que la toile tissée en Europe et en Méditerranée par le treizième groupe coopératif français soit achevée. « Nous y menons un travail d’accompagnement des acteurs locaux et nous cherchons toujours de nouveaux partenaires pour accroître nos zones de diffusion », a encore ajouté Alain Commissaire.
Un nouveau stockage
En France, après avoir investi 45 M€ dans une nouvelle centrale de cogénération dans la sucrerie de Sainte-Emilie (Somme) opérationnelle dès 2018-2019, le groupe prévoit d’investir de 50 à 80 M€ dans la sucrerie de Bazancourt (Marne) portant ainsi sa capacité de traitement de betteraves de 25 000 à 30 000 t/jour à l’horizon 2019-2020. Un investissement qui pourrait inclure la modernisation de l’atelier « pulpes ».
Après avoir investi 40 M€ dans une plateforme logistique et un magasin de 13 000 palettes et agrandi son centre de conditionnement en 2013, Cristal-Union envisage l’implantation d’un nouvel entrepôt de stockage qui pourrait être construit soit à Pithiviers-le-Vieil (Loiret), soit à Toury (Eure-et-Loir). Il permettrait ainsi de rationaliser la commercialisation des sucres d’une part au nord de Paris à partir de Bazancourt et d’autre part au sud à destination de ses clients industriels du Sud-Ouest et d’Espagne. Cette réorganisation permettrait ainsi à sa filiale commerciale Cristalco de renforcer encore un peu plus sa position de leader français des sucres de bouche en GMS avec ses deux marques Daddy et Ernstein (21,2 % de parts de marché).
Des raffineries vont disparaître
Le douzième groupe coopératif français a également accru sa présence en Europe, soit à travers sa filiale Cristalco en achetant de nouvelles parts de marché via des partenariats négociés à long terme (Grèce, Pologne, Espagne…), soit en prenant des participations dans des outils industriels (Italie, Algérie et Croatie), tissant progressivement sa toile dans le bassin méditerranéen. Il s’agit d’y fournir des sucres pour la consommation locale, mais aussi pour ses clients industriels (Nestlé, Danone, Coca-Cola…) qui veulent sécuriser leurs approvisionnements en sucre de qualité et dans le respect des normes ISO.
« On se substitue aux opérateurs quand ils ne peuvent pas faire », précise simplement Alain Commissaire. « Il va se passer quelque chose en Europe, car nombre de raffineries ne tournent qu’à la moitié de leur capacité de production », prédit Xavier Astolfi, directeur adjoint du groupe. L’ancien patron de La Vermandoise parie sur la disparition rapide des raffineries les moins compétitives. « D’autant que raffiner du sucre roux loin des ports n’a aucun sens quand on peut augmenter les surfaces betteravières », renchérit Alain Commissaire.
30 % du marché italien
Son partenariat engagé depuis février 2015 avec l’américain American Sugar Refining (ASR) a renforcé ses positions européennes. C'est notamment le cas avec la raffinerie italienne de Brindisi (Pouilles) qu'il détient à parité avec le premier raffineur mondial. D’une capacité de production de 450 000 t/an de sucre raffiné et approvisionné totalement en sucre roux par ASR, elle a produit 300 000 t en 2016 réalisant un chiffre d’affaires annuel de 165 M€, dont 45 M€ pour la production d’électricité à base d’huile de palme.
En Italie, Cristal Union a également renforcé sa présence commerciale en 2016 en rachetant les 51 % du capital d'Eridania Italia qu'il ne détenait pas encore auprès du groupe italien Maccaferri (1,2 Mrd€ de CA). Désormais, Cristal-Union pèse 30 % du sucre italien dans un marché évalué entre 1,6 et 1,8 Mt/an avec une complémentarité évidente : au nord la présence de la marque plus que centenaire Eridania et au sud la marque locale Notadolce commercialisée par la raffinerie de Brindisi et où Daddy va s’implanter progressivement.
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Tête de pont vers le Sahel
En Algérie, Cristal Union vient d'achever la première campagne de sa nouvelle raffinerie construite à 30 km d’Alger (Ouled Moussa). Il a produit 170 000 t de sucre en 2016 et prévoit d’en raffiner 200 000 à 250 000 t en 2017 et 350 000 t fin 2017-2018. Cette joint venture, associant le groupe français (35 %) à la famille algérienne Dhamani (65 %), a investi 145 M€ dans cette usine de 2000 t/jour de capacité de raffinage de sucre roux débarqué au port d’Alger et commercialisé sous la marque La Belle. Elle vient d’investir 4 à 5 M€ supplémentaires dans un atelier de petits conditionnements pour répondre au marché et devrait très vite représenter le quart de la consommation du pays (1,5 Mt/an).
« La sucrerie est bénéficiaire au terme de sa première année de fonctionnement et nous la transformons pour qu’elle puisse passer de 1000 à 1400 t/jour au début de 2018 », explique Jean-François Javoy, secrétaire général. « On a vendu tout ce que nous avons fabriqué et l’usine a déjà atteint son nominal », se félicite de son côté Alain Commissaire qui table sur un chiffre d’affaires annuel de 215 M€, quand l'outil atteindra une production de 450 000 t/an. Date à laquelle, le groupe aura fait une percée vers les pays du Sahel et du Soudan.
Priorité aux pays-tiers
Depuis juillet 2016, Cristal Union a également pris une participation de 16 % pour 10 M€ d’investissement dans le groupe familial croate Viro implanté à Virovitica et Zupanja avec lequel il travaille à façon depuis 5 ans (200 000 t de sucre par an dans 2 sucreries et 2 raffineries). Le français regarde également vers la péninsule ibérique, notamment au Portugal, où subsistent encore 3 raffineries dont l’une implantée à Lisbonne appartient au groupe ASR. Mais à court terme, la priorité passe par l’exportation vers les pays tiers, où le groupe prévoit d'exporter "dès cette année de 600 000 à 700 000 t de sucre », explique-t-il. Et s’il est peu probable d’envisager des batailles commerciales entre les principaux opérateurs sur le marché européen, ce terrain-là sera néanmoins âprement disputé !
Des surfaces françaises en hausse de 31 % en 2 ans
Durant les deux dernières campagnes (2016 et 2017), Cristal Union a développé ses surfaces betteravières de 31 % pour atteindre une sole betteravière de 170 000 ha et prévoit d’ores et déjà une commercialisation de 7Mhl d’alcool et de 2,3 Mt de sucre pour la prochaine campagne. Selon Alain Commissaire, Cristal Union devrait accroître sa production de sucre de plus de 20 % !
Produits biosourcés : Cristal Union va construire un atelier pilote
Cristal Union va développer de nouveaux produits biosourcés comme le prévoit son accord signé avec la société italienne Bio-on S.p.A le 20 juillet 2015. Le sucrier devrait implanter un nouvel atelier pilote en Champagne-Ardenne qui devrait produire des plastiques naturels totalement biodégradables (PHA) issus de déchets de produits agricoles (mélasses, jus de déchets de canne à sucre et de betteraves sucrières…). Son démarrage pourrait intervenir en 2018.
Résultats de Cristal Union : « une tendance très favorable » selon les dirigeants
Le groupe coopératif qui compte 10 000 associés coopérateurs présentera officiellement ses comptes annuels le 6 avril prochain. Compte tenu du changement de date de clôture des comptes, lié à la disparition des quotas, l'exercice écoulé aura une durée exceptionnelle de 16 mois. Le chiffre d’affaires est prévu à 2,5 milliards d'euros et l'EBE devrait être multiplié par 3 par rapport au précédent (il était de 35,33 M€ en 2014/2015). Pour l’exercice en cours, du 1er février 2017 au 31 janvier 2018, les dirigeants de Cristal Union tablent sur un chiffre d’affaires compris entre 2,7 à 2,8 milliards d'euros. En France, le groupe dispose de 10 sucreries et de 4 distilleries. Il commercialise via sa filiale Cristalco 1,5 Mt de sucres et 6,1 Mhl d’alcool et d’éthanol dans 60 pays.