La plupart des indicateurs sont passés plus nettement au vert en 2006 pour l’industrie alimentaire. L’enquête annuelle d’entreprise réalisée par le SCEES confirme la légère accélération de la croissance du chiffre d’affaires et des exportations, et surtout le sérieux redémarrage des investissements après quatre années de baisse. Le résultat courant des entreprises reste faible et l’emploi continue de se dégrader.
Estimé à 128,9 milliards d’euros, le chiffre d’affaires des 3 054 entreprises agroalimentaires de 20 salariés et plus (ou de plus de 5 M EUR de chiffre d’affaires) a progressé de 3,3 % l’an dernier, indique le service statistique du ministère de l’Agriculture (SCEES) dans son Enquête annuelle d’entreprises (résultats provisoires 2006). L’amélioration est moins marquée que les 4,5 % du reste de l’industrie mais demeure significative après quatre années qui oscillaient entre 1 et 2 % pour les IAA. Toutefois, cette croissance en valeur résulte pour 2,3 % de l’augmentation des prix à la production, liée notamment à la flambée des cours des végétaux. A prix constants, les ventes des industriels agroalimentaires n’auraient donc progressé que de 1 %, soit moins que les 1,9 % de 2005, mais tout à fait comme en 2003 et 2004. Sur le marché intérieur, les prix à la consommation des produits agroalimentaires, stables en 2005, augmentent de 1,1 % en 2006.
Les exportations directes des entreprises agroalimentaires augmentent de 5,4 % en 2006, à 23,3 milliards d’euros, soit mieux que lors du passage à l’an 2000 qui avait fait bondir les ventes de vins et de champagne. La forte demande étrangère a profité en priorité aux industries des boissons, du sucre, de la chocolaterie-confiserie et aux autres fabrications diverses.
Le résultat courant des entreprises, bien qu’en légère amélioration, reste faible à 4,2 % du chiffre d’affaires en moyenne (contre 4 % en 2005). Il est en hausse sensible dans les secteurs les plus rentables comme les boissons (à 9,9 % du CA), mais aussi dans le travail du grain (à 4,7 % contre 2,9 % un an plus tôt) et l’industrie laitière (2,1 % contre 1,5 %). Ce résultat se dégrade en revanche dans les secteurs poisson, fruits et légumes et viandes de volaille.
L’effet bioéthanol
Les investissements physiques des entreprises redémarrent mais il ne s’agit là que d’un phénomène de rattrapage après quatre années consécutives de baisse. Leur croissance, estimée à +7,6 % (soit un montant total de 3,5 milliards d’euros), est la plus forte jamais observée depuis dix ans. Elle provient en grande partie de la création de capacités nouvelles de production de bioéthanol.
Des investissements importants ont aussi été effectués dans les secteurs des boissons rafraîchissantes, de l’industrie laitière et de la transformation des fruits et légumes. Au total l’investissement croît en 2006 pour un peu plus de 20 % des firmes agroalimentaires et reste stable pour environ 60 %. Les dépenses d’investissement baissent surtout dans l’alimentation animale, la boulangerie-pâtisserie industrielle et la transformation des viandes de volailles.
Pour la troisième année consécutive, l’emploi salarié agroalimentaire baisse. Le recul atteint 1,3 % en 2006, soit environ 4 000 emplois. Cette baisse vient pour moitié de l’industrie des viandes. Le recours à l’intérim s’intensifie dans presque tous les secteurs hors industries des viandes et du lait.
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Bon millésime pour les boissons
Bon millésime pour le chiffre d’affaires de l’industrie des boissons, qui progresse de 7,4 %, soit plus vite qu’en 2005 malgré le niveau élevé de l’euro. Les exportations de champagne augmentent de 14 % et celles d’eaux-de-vie de 9 %. Le résultat courant des grandes maisons s’améliore. La situation des caves coopératives de vinification se redresse également avec la reprise des exportations. En diminution l’année précédente, leur chiffre d’affaires progresse de 2 %, ce qui n’est arrivé qu’une fois depuis sept ans, en 2003. Celui des eaux de table et des boissons rafraîchissantes augmente de 8 % grâce aux exportations. Un printemps et un début d’été chauds favorisent aussi la consommation. L’emploi recule dans l’industrie des boissons, surtout dans les spiritueux et la brasserie. Le recours à l’intérim se développe.
La croissance de 7 % du chiffre d’affaires des corps gras reflète surtout la forte augmentation des prix. La demande internationale reste très soutenue, notamment pour les huiles. Les exportations favorisent l’activité des industries alimentaires diverses, en hausse globale de 5 %. Les ventes à l’étranger permettent le maintien en volume des ventes de la chocolaterie-confiserie. Elles contiennent aussi la détérioration des résultats de la boulangerie-pâtisserie industrielle. Les fabrications de pâtes, thé, café, condiments, aliments pour enfants, les produits à base d’œufs, ou encore les arômes progressent en 2006 avec le net redressement de leurs exportations. L’année 2006 est favorable à l’industrie sucrière avec une bonne campagne 2005-2006. Profitant de la hausse des cours internationaux, les exportations augmentent de 29 %. Résultats médiocres pour la biscotterie-biscuiterie : les ventes à l’étranger manquent de dynamisme, la consommation des ménages est modérée, les coûts se renchérissent.
Difficultés dans l’industrie des viandes
Le chiffre d’affaires de l’industrie des viandes augmente de 1 % en valeur en 2006, mais diminue en volume de 1 %. Il recule à prix constants de 4 % dans l’abattage et la découpe de volailles, confrontés au premier trimestre à la crise de l’influenza aviaire. Elle pèse sur les prix et les volumes. Elle touche les exportations, suite à l’embargo décrété de mars à juin 2006 par de nombreux pays. L’emploi sectoriel diminue de 3 %. Dans l’abattage et la découpe de viandes de boucherie, les ventes progressent de 3 %, mais uniquement en raison de l’augmentation des prix. En volume, la production de viandes bovine et porcine recule de 2 %. Les exportations augmentent de 5 % et l’emploi baisse de 2 %. Stabilité pour le chiffre d’affaires des entreprises de préparation de produits à base de viandes. Les ventes de la transformation du poisson augmentent de 6 %, tirées par la hausse des prix. Les exportations restent stables. Le chiffre d’affaires des aliments pour animaux de ferme reste stable dans un contexte de hausse des cours des céréales, d’atonie des productions animales et de crise avicole. La hausse de 4 % des prix compense la baisse des volumes, notamment pour les volailles et les porcs. Le résultat courant se dégrade et l’emploi recule de 3 %. Dans le secteur des animaux de compagnie, les exportations en hausse de 7 % et la demande intérieure assurent une croissance du chiffre d’affaires.
Réorientations laitières
Le chiffre d’affaires de l’industrie laitière progresse légèrement en 2006. Les prix sont stables en moyenne. Ils augmentent pour les poudres et les glaces, ne varient pas pour les fromages, et baissent pour le lait liquide, les produits frais et le beurre.
Sous l’effet d’un marché mondial porteur, les ventes à l’étranger progressent dans presque tous les secteurs laitiers : + 6 % pour le lait liquide et + 3 % pour les fromages. Le résultat courant des entreprises s’améliore nettement. Ce qui n’empêche pas la baisse de 2 % des effectifs suite à plusieurs restructurations. Conséquence du recul de la collecte, l’activité laitière se réoriente vers des productions à forte valorisation. Le chiffre d’affaires des entreprises fromagères progresse ainsi, tout comme celui des glaces et sorbets qui profite d’un début d’été chaud. Au contraire, les ventes diminuent de 4 % dans le secteur du beurre. Chiffre d’affaires stable pour les entreprises de fabrication de laits concentrés et de produits dérivés du lait, pour cause de faibles disponibilités laitières. Les ventes diminuent en volume et les prix connaissent une forte revalorisation.
Hausses de prix pour le travail du grain
Après un recul en 2005, le chiffre d’affaires du travail du grain et des produits amylacés augmente de 3 % en 2006. La reprise des ventes touche aussi bien le marché intérieur que l’exportation. Elle traduit surtout la hausse des cours des céréales et des oléagineux. Dans l’industrie des fruits et légumes, les ventes progressent de 4 % en valeur et de 2 % en volume. Le chiffre d’affaires de la filière légumière augmente de 2 %, malgré des exportations en baisse de 8 %. Les ventes des entreprises de conservation de fruits progressent de 4 %. Hausses de 7 % des chiffres d’affaires dans la transformation des pommes de terre et des jus de fruits et légumes. Elles reflètent l’augmentation des prix.