Le CoffeeCoin créé par une coopérative de producteurs de café du Minas Gerais a fêté son premier anniversaire, tandis qu’une autre crypto-monnaie locale, AgroBonus, liée au PIB de l’agrobusiness brésilien, fait face à un mois d’août déterminant à l’issue du testage de sa plateforme.
Deux projets illustrent le développement des crypto-monnaies agricoles au Brésil : l’un issu de la production de café, l’autre émanant des investisseurs en crypto-actifs. Deux initiatives aux résultats encore modestes, mais appelés à croître.
Le projet du CoffeeCoin est né au sein de la Coopérative agroindustrielle de Varginha (CAV), un groupement de producteurs de café de l’État du Minas Gerais, qui serait le deuxième exportateur de grains du Brésil. La valeur de cet actif numérique est liée à celle des grains de café sur le marché physique. « Un CoffeeCoin vaut un kilo de café, soit 20,36 réaux (au 6 juillet, NDLR), environ 4 $ américains. Cela lui donne sa stabilité, sans empêcher la création d’un marché financier secondaire, parallèle, où les fluctuations sont plus fortes sans jamais perdre de vue la valeur de l’indice du café arabica coté à New-York, référent pilier de notre formule de calcul », explique à Agra Presse Luis Enrique Albinati, directeur Innovation de la coop’CAV.
« Producteur de café virtuel »
« Notre modèle est unique au monde, dit-il. Nous avons créé le producteur de café virtuel. Avec un minimum de 1 500 CoffeeCoins, tout porteur peut se présenter à la coopérative et nous réclamer, par contrat, un big bag de grains de café, soit 25 sacs de 60 kg chacun, c’est-à-dire 1 500 kg », explique-t-il. Ainsi, le bon vieux troc est peut-être la clef du succès de ce projet suivi de près au Brésil, car d’autres coopératives de producteurs de café envisagent de s’y joindre malgré sa complexité juridique. À présent, la valeur totale des CoffeeCoins émis (60 000 unités) porte sur l’équivalent de 60 t de marchandise détenue par environ 600 individus.
« Nous fonctionnons hors de tout cadre réglementaire et notre indice n’est pas référencé à la Bourse de Sao Paulo (Bovespa), bien que cela fasse partie de notre projet, informe Luis E. Albinati. Nous voulons une monnaie forte, stable, non soumise à une forte volatilité. Être lié au marché physique nous apporte une régulation naturelle qui est un gage de sécurité pour l’investisseur », ajoute-t-il. Le but poursuivi avec CoffeeCoin est de créer un nouveau marché financier autour du grain de café. Mais son objectif est aussi de créer une monnaie virtuelle qui puisse servir à effectuer toute sorte de paiements, ce qui serait tout à l’avantage des producteurs de la matière première sur laquelle est adossée cette crypto-monnaie.
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Monnaie liée au PIB de l’agroindustrie
Dans le fond, la coop’CAV n’invente rien : les grains de café ont toujours constitué le fonds de trésorerie des paysans brésiliens qui le cultivent, et ce depuis des siècles, grâce à sa capacité de conservation après séchage au soleil. Le CoffeeCoin, en ce sens, n’est que le processus de numérisation d’une vieille coutume rurale. C’est plutôt son ouverture au citadin qui en fait la nouveauté.
Toujours au Brésil, une autre crypto-monnaie baptisée AgroBonus, projetée par la société Agrovantagens, aurait une valeur liée à la performance du PIB de l’agro-industrie brésilienne, mesurée par le Centre d’études agricole de l’Université de Sao Paulo (CEPEA). « Nous sommes en fin de phase bêta de testage, qui aura duré un an, auprès de 50 000 bêta-testeurs qui ont réalisé jusqu’ici 80 000 transactions sur la base d’une valeur totale émise de 5 millions de dollars », renseigne Jean Carbonara, directeur du projet. Cette initiative est née en 2019 au sein de l’association brésilienne des investisseurs en crypto-actifs, qui fait du lobbying à Brasília pour défendre la liberté de créer des actifs numériques et réclamer un cadre réglementaire sûr.
Financer l’innovation technologique
« Notre objectif est d’émettre d’ici à cinq ans des AgroBonus pour une valeur de 5 milliards de réaux (environ 1 Md€, NDLR). Ce qui est peu comparé à l’enveloppe des crédits à taux bonifié garanti par l’État fédéral au secteur agricole, de l’ordre de 340 milliards de réaux par an », juge-t-il. Car le but d’AgroBonus est aussi de financer l’innovation technologique et durable dans le secteur agricole. Pour l’instant, un tel fonds est inexistant. Les limites de l’AgroBonus ? L’indice du CEPEA est publié tous les trimestres, avec une faible récurrence et une réactivité qui pose question. Par ailleurs, l’attachée de presse du CEPEA n’a jamais entendu parler d’AgroBonus. « Toutefois, précise-t-elle, les statistiques du CEPEA sont rendues publiques et tout le monde peut les utiliser. »
Ce mois d’août, assure Jean Carbonara, une cinquantaine d’entreprises commenceront à accepter des paiements effectués en Agrobonus, dont la valeur unitaire actuelle est de 0,97 réal. Un démarrage en douceur, dit-il. D’abord, elles recevront seulement un pourcentage en monnaie virtuelle, par exemple 3 % du prix de vente d’un tracteur.