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MULTISPÉCIALISTES/STRATÉGIE Danone affiche ses ambitions stratégiques sans convaincre les investisseurs

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Deux mois après sa prise de fonction à la tête de Danone, Emmanuel Faber a confirmé sa volonté de poursuivre le développement autour des produits laitiers frais, des eaux, de la nutrition infantile et de la nutrition médicale, écartant ainsi les rumeurs d'une cession prochaine de cette dernière activité. Les investisseurs attendaient autre chose.

EMMANUEL Faber marque son territoire. En affirmant qu'il comptait conserver quatre pôles distincts chez Danone, le nouveau directeur général, depuis que Franck Riboud a décidé de prendre de la hauteur, s'impose véritablement comme le nouveau maître à bord. « Chacun de nos métiers, les produits laitiers frais, les eaux, la nutrition infantile et la nutrition médicale (…/…) a un rôle dans la stratégie de croissance rentable et durable que s'est fixée le groupe », a-t-il indiqué dans un communiqué à l'issue du conseil d'administration du 11 décembre.

LA NUTRITION MÉDICALE RESTE DANS LE GROUPE

Depuis plusieurs mois, les rumeurs (jamais commentées par Danone) allaient bon train sur la cession programmée de la division nutrition médicale. Nestlé, l'américain Hospira, l'allemand Fresenius ou encore le fonds d'investissement Permira figuraient au rang des potentiels acquéreurs. Cette opération était valorisée autour de 3 milliards d'euros par les analystes. La Nutrition Médicale, la plus petite du groupe, avec un chiffre d'affaires de 1,34 milliard d'euros en 2013, sur les 21,29 milliards pour l'ensemble du groupe, est aussi une des plus rentables avec une marge opérationnelle courante de 18,16 % en 2013, à comparer à 10,35 % pour les produits laitiers frais (PLF), l'ancienne vache à lait, et 13,19 % pour le groupe.

Cette clarification de la stratégie de Danone a été diversement interprétée par les analystes et n'a en tout cas pas permis d'enrayer la baisse du titre en Bourse. Si certains, à l'image de l'analyste de Julius Baer, estiment qu'en montrant sa volonté de conserver la division nutrition médicale, le groupe se donne aussi « le temps d'attendre la bonne affaire », d'autres en revanche voient ici s'éloigner la perspective d'un renforcement dans la nutrition infantile, autre division particulièrement rentable, où Danone à moins d'une acquisition (l'américain Mead Johnson est une proie couramment citée) n'a pas la taille suffisante pour peser face à ses concurrents. « En décidant de garder la nutrition médicale, Danone n'apporte pas de réponse aux interrogations des investisseurs. Et le challenge tant en terme de gamme que de produits pour contrer la perte de vitesse sur les produits laitiers frais reste le même », déplore un analyste. Le groupe a juste indiqué une reprise en main de la branche PLF par Gustavo Valle, jusqu'à présent directeur général Europe (lire aussi page 7).

L'AFRIQUE, UN CONTINENT PORTEUR

Emmanuel Faber a également affiché sa volonté d'un déploiement accru « dans les région en forte croissance, notamment en Asie et en Afrique ». Cette stratégie si elle fait sens, n'apparaît pas non plus comme LA solution. « C'est certes très stratégique, mais l'hétérogénéité de ce continent est telle, que les retombées ne seront pas pour demain », note un autre spécialiste. Le groupe qui compte poursuivre ses investissements, prévient que ce recours à l'endettement « pourrait impliquer une notation de cre dit un cran moins e leve » (lire encadré).

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Sur le continent africain, où il réalise 1,2 milliard d'euros de chiffre d'affaires, le groupe a en effet décidé de constituer une entité spéciale dont Pierre-André Terrisse, jusqu'à présent directeur général des Finances aura la charge. Rappelons, que fin 2013, Danone a acquis 49 % de Fan Milk (120 M€ de CA en 2012), fabricant et distributeur des produits laitiers glacés et jus en Afrique de l'Ouest. En juillet de cette année, le français a signé un accord pour l'acquisition de 40% du capital de la holding de Brookside (environ 130 M€ de CA en 2013), le leader des produits laitiers en Afrique de l'Est. Enfin le mois dernier, il a annoncé l'acquisition d'une participation additionnelle dans la Centrale Laitière (Maroc), portant ses parts à 90,86% du capital.

PRUDENCE POUR 2014

Danone s'est par ailleurs montré un peu plus prudent concernant ses objectifs pour 2014. Il table dorénavant sur « une croissance organique supérieure à 4,5 % et une marge opérationnelle en recul de moins de 20 points de base en données comparables. Le free cash flow sera compris entre 1,3 et 1,4 milliard d'euros ». Mi-octobre à l'occasion de la publication des comptes sur neuf mois, le groupe avait confirmé ses objectifs : « croissance des ventes comprise entre +4,5 et +5,5 %, marge opérationnelle stable, plus ou moins 20 points de base, free cash-flow d'environ 1,5 milliard d'euros hors éléments exceptionnels ». Rien de très alarmant pour autant. En revanche, à quinze jours de la clôture de l'exercice, certains n'excluent pas une mauvaise surprise liée à des pertes de change avec la Russie notamment, compte tenu de la grande faiblesse du rouble. La Russie représente 10 % environ du chiffre d'affaires et 6 % du résultat opérationnel, de Danone.

DANONE SOUS SURVEILLANCE NÉGATIVE

Les agences de notation financière Moody's et Standard and Poor's ont placé le 15 décembre, la note du groupe agroalimentaire français Danone sous surveillance négative après l'annonce d'investissements du groupe, en Afrique notamment. S&P maintient sa note long terme à A-mais place la perspective de stable à négative. L'agence estime que « le niveau de dette combiné à des conditions de marché difficiles dans certains pays » ainsi que la stratégie annoncée d'acquisitions dans des pays émergents pourraient peser sur son profil financier. De son côté, Moody's a également placé la note "A3" attribuée à Danone sous surveillance négative, dans la perspective d'un alourdissement logique du son niveau d'endettement.

CESSION DISCRÈTE DE L'USINE DES CANARIES À SCHREIBER

Danone a cédé une quatrième usine européenne à l'américain spécialiste des MDD Schreiber Foods, celle de Santa Cruz de Tenerife (Canaries) en mars dernier. Le site emploie environ 80 personnes, selon la presse locale, la seule à relayer l'opération à l'époque. Il devrait notamment servir le marché nord-africain. Danone conserve une filiale aux Canaries, qui sera désormais purement commerciale. Outre ces cessions, le groupe a fermé trois autres usines européennes cette année (Casale Cremasco en Italie, Hagenow en Allemagne et Budapest en Hongrie). Pour rappel, Danone a également annoncé la suppression de 10 % de son effectif cadre, soit 900 postes, l'an passé. MD