Avec un chiffre d’affaires de 13,02 milliards d’euros, en progression de 6,1%, Danone suit ses prévisions à la lettre. Et affiche de belles performances, à l’image de son bénéfice qui triple, atteignant 1,46 milliard d’euros, suite à différentes cessions. Le leader européen des produits laitiers frais, aujourd’hui recentré sur cette activité, les boissons et les biscuits, reconduit ses objectifs de croissance pour 2006 (+6 à 7%). Aux commandes de ce fleuron de l’industrie française, toujours « opéable » – 80% de son capital sont dans le public –, Franck Riboud se déclare étonnement peu favorable « au patriotisme économique », et prône la culture d’entreprise comme arme anti-OPA. Peu convaincant.
Avec une croissance organique de 6,7 %, Danone affiche une bonne santé. Et Franck Riboud, son p.-d.g., se félicite de cette année « même meilleure que 2004 ». Le leader européen des produits laitiers frais aura ainsi réalisé pour 2005 un chiffre d’affaires de 13,02 milliards d’euros, en progression de 6,1%, et surtout aura triplé son bénéfice, qui atteint 1,46 milliard d’euros. Une conséquence directe des plus-values enregistrées grâce aux cessions des activités sauces au Royaume-Uni (HP Foods) et aux Etats-Unis (Lea & Perrins) à Heinz, pour 470 millions, et de la participation du groupe dans la société brassicole Mahou pour 290 millions d’euros. Sa marge opérationnelle croît également de 25 points de base, à 13,35 %. De belles performances « dans un contexte de consommation difficile [en France] et de tension sur les prix de certaines matières premières [qui] démontrent la pertinence de nos choix stratégiques », a commenté le dirigeant.
Des biscuits devenus très rentables
La hausse du prix du pétrole a notamment entamé la rentabilité de l’activité boissons du groupe (26,6% du chiffre d’affaires), en raison de la hausse des prix du plastique – et par cascade de celui des emballages. La marge opérationnelle de ce pôle a ainsi régressé de 15,4 % à 13,7 % en 2005. Les biscuits et snacks céréaliers (18,2 % du chiffre d’affaires) qui n’ont vu leurs ventes croître que de 1,5 % (contre 10 % pour les boissons et 7 % pour les produits laitiers frais (PLF)) ont en revanche vu leur rentabilité passer de 10,9 % à 14,5% rejoignant celle des PLF (14,2 %).
De « nouvelles frontières » prometteuses
« Le groupe s’est vraiment transformé et la stratégie de relais de croissance porte ses fruits», indique Franck Riboud. L’année 2005 aura ainsi marqué la fin du recentrage du groupe agroalimentaire sur ses trois métiers de base. Et le dirigeant mise toujours sur les « armes lourdes » pour générer de la croissance. Ainsi des « blockbusters laitiers », qui lui font dire que « l’on peut considérer le développement d’un produit comme Activia aux Etats-Unis comme un investissement de la taille d’une acquisition ». Autre relais, les « nouvelles frontières » de Danone sur le marché des PLF (Mexique, Russie, Indonésie et Etats-Unis) portent également leurs fruits : en croissance de 18 %, ces pays représentent désormais 20 % des ventes. L’étranger réussit beaucoup plus au groupe agroalimentaire que son marché domestique. Si son activité en Asie ( 17,2 % du CA) croît de 12,9%, en Europe (62,8% du CA) elle ne progresse que de 2,8%… et régresse de 4% dans l’Hexagone ! « La France n’est de toute façon pas le nerf de la guerre, martèle le p.-d.g. du groupe. Pour gérer un groupe comme Danone, il faut raisonner au niveau mondial. Mais ce n’est pas pour cela qu’il ne faut pas s’en occuper… »
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Des objectifs de croissance reconduits
Et Danone compte donc bien redresser la barre dans l’Hexagone pour « ramener le marché à un niveau de croissance normal ». Point positif, les négociations commerciales qui s’achèvent « ont été dures, mais pour la première fois distributeurs et industriels ont réfléchi à des moyens de relancer la croissance». Les hausses de prix tant redoutées ne seraient que de l’ordre de « 0 à 2%, bien moins que celle des matières premières » et la loi Dutreil aurait permis de relancer « un vrai débat de commerçant » qui avait disparu. Optimiste pour 2006, « où Danone devrait faire face à moins de vents contraires » Franck Riboud a ainsi reconduit ses objectifs « de 6 à 7% de croissance, les mêmes depuis 6 ans ».
La « culture d’entreprise» comme arme anti-OPA
Un rythme de croisière complètement en ligne avec les résultats du groupe au 4e trimestre : +6,8% de croissance du chiffre d’affaires. Avec de tels résultats, le groupe reste une proie alléchante pour tout géant en mal de « poule aux œufs d’or ». D’autant plus que Danone, avec toujours environ 80 % de son capital dans le public, reste parfaitement opéable. Et après les spéculations autour de l’appétit de PespsiCo qui ont tant alimenté les chroniques, tous les scénarios restent envisageables. « Je ne me sens pas sous une quelconque pression », rétorque Franck Riboud, qui contre toute attente se dit peu favorable au « patriotisme économique ». Les dents doivent grincer dans les rangs de la classe politique qui s’était unanimement – et spontanément ? – « levée pour Danone » l’été dernier. De surcroît, le dirigeant dément tout projet de « créer un noyau dur d’actionnaires, puisqu’il n’y a pas d’attaque ». Et se fait le chantre de la « culture d’entreprise » comme arme anti-OPA. « Si une stratégie de défense n’est qu’économique, on trouvera toujours plus gros pour de toute façon se faire manger, explique-t-il. La stabilité repose aussi sur la capacité de faire adhérer ses actionnaires à un projet d’entreprise». En l’occurrence, « apporter la santé par l’alimentation au plus grand nombre. » Argument peu convaincant.
Bien plus « sonnant et trébuchant », 2005 aura été « la meilleure année de progression du bénéfice net par action depuis 2000», selon Antoine Giscard d’Estaing, directeur général financier. Une annonce qui ne sera pas pour déplaire aux actionnaires. Par ailleurs, le dividende par action au titre de l’exercice 2005 devrait être augmenté de 26%… et le groupe « envisage de procéder en 2006 à des rachats d’actions pour un montant compris entre 600 et 800 millions d’euros ». A la bonne heure.