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Développement Danone crée un fonds d’investissement à vocation sociale

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Afin de remplir pleinement sa mission d’« apporter la santé par l’alimentation au plus grand nombre », Danone franchit une nouvelle étape en annonçant la création d’un fonds d’investissement ciblé sur le « business social ». Actionnaires, salariés, fournisseurs et consommateurs du groupe français seront invités à participer à danone.communities, un fonds qui concentrera ses investissements sur des projets, dans les pays émergents, à fort impact social, qui, s’ils doivent être rentables, auront pour objectif premier de « faire du bien aux populations et de réduire la pauvreté », a affirmé Muhammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank, nommé vice-président du fonds. La première initiative de danone.communities sera le déploiement du projet Danone Grameen Foods au Bangladesh, une micro-usine produisant des yaourts à forte valeur ajoutée nutritionnelle vendus 6 centimes d’euros, à destination des enfants souffrant de malnutrition dans le pays. La mise en place de ce fonds ne changera en rien la stratégie globale du groupe, qui continue de renforcer sa présence dans les pays émergents, soit en y introduisant ses « blockbusters », soit via une politique « affordable » dont l’objectif est de se développer sur des produits accessibles en prix. Et comme pour confirmer cette stratégie, le groupe vient d’annoncer la signature d’une joint-venture en Chine avec le numéro un des produits laitiers.

En 2004, Danone lançait en Afrique du Sud, Danimal, un yaourt enrichi destiné aux enfants de Soweto et Orange Farm, deux township autour de Johannesburg, vendu l’équivalent de 15 centimes d’euros. En 2006, Danone Pologne et ses deux partenaires Biedronka et Lubella unissaient leurs forces pour commercialiser un produit pour un petit-déjeuner équilibré, Milk Start, bouillie à base de lait et de céréales, vendue l’équivalent de 14 centimes d’euros. La même année, le groupe agroalimentaire français créait au Bangladesh avec le groupe Grameen, créé par le fondateur de la Banque Grameen, Muhammad Yunus, Grameen Danone Foods, dont la production du yaourt Shoktidoi, fabriqué à partir de lait de vache, de mélasse de datte et de sucre et vendu l’équivalent de 6 centimes d’euros, a débuté le 18 décembre. Des initiatives en ligne avec la « Danone Way », démarche mise en place en 2001 pour traduire concrètement les engagements du groupe, dont la mission première est « d’apporter la santé par l’alimentation au plus grand nombre ». Aujourd’hui, le numéro un mondial des produits laitiers va plus loin, franchit une nouvelle étape et systématise sa démarche.

Le double projet économique et social de 1972

Inspiré par le discours de 1972 prononcé par le p.-d.g. de Danone aux Assises du CNPF à Marseille, acte fondateur de la culture du groupe, dans lequel Antoine Riboud rappelait les objectifs humains et sociaux de l’entreprise, notamment la «  réduction des inégalités excessives », et la nécessité de «  mettre l’industrie au service des hommes », Franck Riboud reprend aujourd’hui le «  double projet économique et social » de son père et crée une nouvelle approche de la responsabilité sociale de l’entreprise, illustrée par la création de la première micro-usine du Bangladesh mais de manière plus globale par deux nouveautés annoncées par le pdg du groupe en présence du prix Nobel de la paix 2006, Muhammad Yunus : la création d’un fonds pour le développement d’entreprises à finalité sociale et d’un Comité de Responsabilité Sociale au sein du Conseil d’administration.

Proposition 1 : un Comité de responsabilité sociale

Afin d’impulser et d’accompagner sa « démarche d’innovation sociétale à l’échelle du périmètre mondial de l’entreprise », le conseil d’administration a décidé, en complément du Comité d’audit et du Comité des nominations et des rémunérations, de se doter d’un troisième organe de gouvernance spécifique, le Comité de responsabilité sociale. Il aura pour tâche de « superviser l’application au sein du groupe des bonnes pratiques en matière de responsabilité sociale » et de « favoriser le développement d’initiatives alliant logique économique et finalité sociale et d’en évaluer les résultats ».

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Proposition 2 : un fonds pour le développement d’entreprises à finalité sociale

Premier projet de cette logique d’innovation, la création d’un fonds pour le développement d’entreprises à finalité sociale, c’est-à-dire «  qui ont vocation à être rentables mais dont l’ambition principale est la maximisation d’objectifs sociaux ou sociétaux, et non la maximisation de leurs profits » ainsi que l’ont rappelé tour à tour, et Franck Riboud, et Muhammad Yunus. Baptisé danone.communities, le fonds présidé par le p.-d.g. de Danone et dont le prix Nobel de la paix a accepté la vice-présidence, recevra 20% de son capital initial du groupe agroalimentaire français, et sera ouvert aux actionnaires qui pourront y réinvestir tout ou partie de leurs dividendes, aux salariés qui pourront choisir d’y placer une partie de leur intéressement et participation, ainsi qu’à tous les particuliers, institutions et groupes adhérant à cette démarche. Déjà, le fabricant japonais de boissons lactées fermentées Yakult, avec lequel Danone a conclu en 2004 une alliance stratégique, a fait part de son désir d’y participer et Emmanuel Faber, directeur général Asie-Pacifique de Danone, s’est dit prêt «  à accueillir avec plaisir tout groupe agroalimentaire qui souhaiterait collaborer au projet ». En vitesse de croisière, «  le fonds devrait tourner sur des masses de 50 à 100 M EUR », a ajouté l’ancien directeur financier de Danone, qui précise que si le groupe n’a pas souhaité être majoritaire ni au niveau financier ni dans le conseil d’administration, il soutiendra en revanche le budget de fonctionnement du fonds, et y contribuera également via un « apport en industrie par ses marques, ses compétences, ses capacités de R&D… ».

Premiers pas : le déploiement du projet Grameen Danone Foods

Le fonds concentrera ses investissements sur des projets à fort impact sociétal, en cohérence avec la mission du groupe et dans des métiers auxquels l’entreprise peut apporter une valeur ajoutée concrète. Sa première participation consistera à déployer le projet Grameen Danone au Bangladesh, où une cinquantaine d’usines devraient ouvrir leurs portes dans les 10 prochaines années. Respectant les quatre objectifs de Grameen Danone Foods : proposer un produit à forte valeur ajoutée sur le plan nutritionnel, créer de l’emploi, préserver l’environnement et être économiquement viables, ces micro-usines devront coûter moins de 1 million d’euros, avec un coût inférieur à chaque fois au coût de création de l’usine précédente, une attention particulière étant apportée à l’efficacité sociale du capital investi. Au-delà de ce développement national, l’objectif du fonds est de pouvoir investir chaque année dans un nombre limité de projets très innovants dans d’autres régions du monde, en Amérique latine, en Asie et dans certains pays d’Afrique particulièrement. Danone.communities, qui doit encore recevoir l’aval des actionnaires de Danone lors du conseil d’administration du mois d’avril 2007, « sera probablement opérationnel à la fin du premier semestre », a indiqué Emmanuel Faber.

Les pays émergents : un relais de croissance essentiel

Bien qu’initié par Danone, ce fonds ne changera rien au fonctionnement du groupe. «  Nous restons sur notre cheval », a déclaré Franck Riboud signifiant par là que l’objectif premier restait la réalisation de bons résultats car «  ainsi, notre liberté d’action dans le domaine sociétal est plus grande ». «  Bien sûr nous voulons faire des bénéfices, mais si en même temps nous voulons nous bouger pour aller plus loin, on ne va pas nous en empêcher », a précisé le p.-d.g. Pour certains projets, certaines régions, certaines populations, le modèle Danone ne convient pas et le modèle économique sociétal que propose le fonds devrait se révéler plus adapté. Ce nouveau modèle de business social n’empêchera pas en revanche le groupe de poursuivre son développement en propre dans les pays émergents. « Un projet du fonds pourrait tout à fait être développé par exemple en Algérie où Zinedine Zidane (ambassadeur mondial du groupe) s’est rendu récemment, alors même que nous sommes déjà présent dans le pays avec les produits Danone » a déclaré Franck Riboud en guise d’illustration. Le pdg confirme que le poids des pays émergents dans le groupe, déjà à 30% du chiffre d’affaires actuellement, va aller en s’alourdissant, d’une part car ces zones connaissent une croissance forte et une montée du pouvoir d’achat qui permet la vente de produits plus élaborés, d’autre part car Danone entend accélérer son développement géographique, et annonce déjà des initiatives dans de nouveaux pays dans les mois à venir.