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PRODUITS LAITIERS FRAIS/RÉSULTATS Danone mise sur la croissance en Asie et en Afrique

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PRODUITS LAITIERS FRAIS/RÉSULTATS > Dans un environnement compliqué, marqué par la hausse des matières premières, notamment du lait, et des devises volatiles, Danone aborde 2015 assez sereinement. Les comptes de 2014, qualifié d'exercice de transition, n'ont pas révélé de surprise majeure. Le groupe est prêt à saisir les opportunités de croissance en Asie et en Afrique.

Convaincus de la persistance d'un climat difficile pour les cinq années à venir, les dirigeants de Danone n'en demeurent pas moins assez sereins pour l'avenir, confiants dans les capacités du groupe à poursuivre sa croissance. L'exercice 2014, réalisé dans un contexte difficile, constituant selon eux « une base solide pour 2015 ». « Tous les objectifs ont été atteint au cours d'une année marquée par une grande volatilité notamment en Russie et des effets de changes importants », a rappelé Pierre-André Térisse, directeur général finances, qui vient de céder sa place à Cécile Cabanis, pour prendre en charge la direction générale du pôle Afrique nouvellement créé.

En 2014, Danone a donc atteint ses objectifs, avec un chiffre d'affaires de 21,14 milliards d'euros en croissance de 4,7 % à données comparables (-0,7 % en données historiques) et une marge opérationnelle courante de 12,59 %, contre 13,19 % un an plus tôt (voir tableau ci-contre). Le résultat net courant (part du groupe) s'élève à 1,561 milliard d'euros, en hausse de 3,6 % à données comparables, mais en baisse de 4,6 % en données historiques. Emmanuel Faber, le nouveau patron opérationnel depuis octobre, a souligné que la hausse du dividende à 1,50 euro (proposé à l'assemblée des actionnaires convoqués le 29 avril), après deux années de stabilité était le signe que « la croissance chez Danone était redevenue rentable ».

DES PERFORMANCES INÉGALES

La division produits laitiers frais (PLF) qui représente plus de la moitié de l'activité de Danone est la seule de ses quatre divisions (Eaux, Nutrition Infantile et Nutrition Médicale) dont le chiffre d'affaires a baissé sur l'année écoulée (-5,6 % en données historiques). En Europe, le groupe a notamment souffert de l'inflation sur le prix du lait. Pour autant, une gestion sélective des promotions et une simplification de certaines gammes, ont permis une stabilisation des marges au deuxième semestre. Une tendance que les responsables veulent voir comme « les prémices d'une réaccélération en 2015 ». À noter que Danone a rationalisé son outil industriel ces deux dernières années en cédant 8 usines sur 24. En Russie (premier pays (11%) contributeur avec la France (10 %) en chiffre d'affaires ) où « l'inflation sur les prix du lait est de 20 % depuis 2 ans », selon le groupe, plusieurs hausses de prix successives n'ont pas réussi à compenser ces effets. Aux Etats-Unis, où grâce à la croissance du yaourt grec, Danone a réussi à reprendre le leadership avec une part de marché de 32,1 % (contre 33,8 % pour le numéro un), les volumes se sont stabilisé fin d'année dernière. Au-delà de l'Europe, Emmanuel Faber a d'ailleurs indiqué que le 2e gros chantier était celui de l'Amérique du Nord. « La clé pour nous est de retrouver de la croissance sur le grec », a-t-il expliqué, notamment « à coup d'efforts promotionnels ». Globalement sur les PLF, ce dernier a également indiqué qu'il n'y avait pas de raison pour que ce pôle « enregistre d'ici trois ans une croissance autour de 5 % ». Danone a par ailleurs justifié son retrait des PLF en Indonésie (cession de sa marque Milkuat à Indofood en novembre 2014), par « une activité limitée en taille », pour laquelle il n'a pas trouvé « d'adéquation économique entre les prix du lait et la dévaluation de la roupie indonésienne », a expliqué Emmanuel Faber.

L'EFFET FONTERRA OUBLIÉ

Dans la nutrition infantile, la croissance remarquable de 28,1 % des ventes sur le dernier trimestre (+11,5 % en volume), s'explique par une base de comparaison très favorable après la chute des ventes sur les 8 marchés d'Asie touchés par la fausse alerte au botulisme lancé par son (ex) fournisseur néo-zélandais Fonterra durant l'été 2013. En Chine, le chiffre d'affaires dans la nutrition infantile a retrouvé ses niveaux d'avant cette crise, sauf pour la marque de lait Dumex. Danone a d'ailleurs passé pour 249 millions d'euros de dépréciation sur la marque dans ses comptes 2014, en raison « d'un redémarrage de la marque plus long qu'initialement prévu ». Le groupe souligne en revanche une croissance très rapide de ses ventes via internet, notamment de la marque Nutrilion dans le segment ultra-premium.

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Dans la nutrition médicale, une division dont le groupe avait confirmé mi-décembre qu'elle n'avait pas vocation à être cédée, les ventes ont enregistré une croissance de plus de 5 % en Europe. Le groupe souligne néanmoins que l'activité du pôle reste marqué par « un contexte général de pression sur les dépenses de santé ». Dans les eaux enfin, les chiffres témoignent d'une bonne performance en Europe et d'une forte croissance sur les marchés émergents.

DES ESTIMATIONS PRUDENTES

Maintenant terminé son plan d'économies et d'adaptation sur l'Europe qui s'est soldé par 200 millions d'euros d'économies à fin 2014 et 900 suppressions de postes de cadres, le groupe étudie la mise en œuvre d'un projet baptisé « One Danone Organization », qui vise à créer la colonne vertébrale dans une trentaine de zones dans le monde où le groupe pourra mutualiser ses forces au niveau des finances, des ressources humaines et des services généraux. Les dirigeants se donnent deux ans pour mettre en œuvre ce projet qui concerne essentiellement « les pays où le groupe a grandi rapidement », ont précisé les responsables.

À terme, Emmanuel Faber s'est fixé pour objectif d'assurer une croissance rentable pérenne. Une meilleure gestion de la croissance qui permette d'investir et de soutenir les marques sur le long terme. Le groupe compte également poursuivre son développement sur les marchés en forte croissance. En Chine, Danone est visiblement satisfait de son alliance avec le chinois Mengniu, avec lequel il vient de créer une joint-venture, qui sera dirigée par le français alors qu'il sera minoritaire avec seulement 20 % du capital. « Nous allons graduellement créer des synergies avec nos partenariats chinois » a expliqué Emmanuel Faber. En Afrique également, où un nouveau pôle vient d'être créé. Présent depuis 2008 sur ce continent, Danone y a multiplié son chiffre d'affaires par 6 à plus d'un milliard d'euros. En 2014, la zone Asie-Pacifique/Amérique Latine/Moyen-Orient/Afrique (38 % de l'activité) a enregistré une croissance des ventes de 7,5 % en 2014 et un taux de marge désormais au-delà de la moyenne du groupe. « La grande réussite de Danone en 2014 », a déclaré Pierre-André Térisse.

Pour 2015, dans un contexte difficile tant au niveau de la consommation que de la volatilité des devises, Danone table sur « une croissance interne de son chiffre d'affaires comprise entre 4 et 5 % et une légère progression de sa marge opérationnelle courante ». Concernant les prix du lait, les dirigeants anticipent « une baisse des prix » en Europe et aux Etats-Unis au premier semestre, « avant un probable rebond dans la seconde partie de l'année ».