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Produits laitiers/Approvisionnement Danone veut sécuriser ses approvisionnements en lait

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Acheter le lait au prix du marché à proximité des usines, c’est le souhait de Danone produits frais France. LMA oblige, la relation du groupe avec ses producteurs devra bientôt être contractualisée. Danone a pris les devants, proposant un contrat à ses producteurs dès cette année dans le cadre d’une démarche de pilotage des prix et des volumes censée préparer à la PAC post 2013 et à la fin de l’ère des quotas laitiers.

Stanislas de Gramont, directeur général de Danone produits frais France aime à le rappeler, le lien entre le groupe et ses 3 300 producteurs, c’est d’abord le camion qui vient chercher le lait tous les deux jours sur l’exploitation. Une nécessité pour le producteur, bien sûr, mais aussi pour l’industriel qui a besoin de lait pour faire tourner ses usines. Le groupe, qui s’approvisionne actuellement dans cinq bassins laitiers, un autour de chaque usine, entend bien continuer à fonctionner de cette façon, en payant son lait au prix du marché. Alors, pour préparer la contractualisation, la PAC post 2013 et la fin des quotas en 2015, il prend les devants (la contractualisation étant, rappelons-le, un sujet purement français).

Double prix double volume
Danone a ainsi proposé à tous ses producteurs un système pilote d’un an (juillet 2010 – juin 2011) sur le principe du « double prix double volume ». Il consiste à leur acheter leur quota à un prix A et leur production supplémentaire (actuellement limitée à 5 %) à un prix B, celui du marché beurre poudre. Ce système, auquel ont adhéré trois bassins sur cinq (soit 1 500 producteurs et 50 % du volume de lait acheté annuellement) offre d’après Danone une visibilité à neuf mois. Il offre aussi un espace de concertation sur les modalités de fixation des prix avant la mise en place de la LMA. Sur le dispositif test, le groupe précise que les prix proposés avant que l’interprofession ne se mette d’accord correspondent peu ou prou aux tendances finalement adoptées (certaines différences venant du fait que Danone prévoit des ajustements mensuels).
Ce dispositif doit permettre, demain, de piloter les volumes nécessaires à la production de Danone, sans empêcher les producteurs de produire plus s’ils le souhaitent, via des contrats de trois à cinq ans. Concrètement, sur le milliard de litres de lait collecté par Danone chaque année en France, l’excédent atteint au moins 20 % en moyenne, revendu à perte. Demain, cet excédent sera acheté par Danone au prix du marché beurre poudre.

Fidéliser les producteurs
Tout grand groupe qu’il est, Danone ne collecte que 4,5 % du lait en France. Il travaille avec 3 300 producteurs, extrêmement fidèles. « Nous perdons 3 à 4 % de producteurs par an. C’est le même chiffre qu’au niveau national et il s’agit surtout de regroupements », assure Florence Chambon, directrice lait de Danone. Pour renforcer les relations avec ses producteurs, et conformément à sa stratégie d’entreprise citoyenne, Danone produits frais France lance un grand programme de soutien à ses producteurs, cofinancé par le fonds Danone pour l’écosystème et baptisé « Acteurs pour un lait durable ». Le groupe financera notamment des prestations de conseil pour aider les producteurs à améliorer leur rentabilité et travaille sur la définition d’un indice environnemental qui pourra servir d’outil de pilotage aux exploitations. Des programmes de recherche seront par ailleurs menés pour améliorer les qualités nutritionnelles du lait via l’alimentation animale, à l’instar du travail mené au sein de la filière bleu blanc cœur (lin) avec le lait Linux. « Les aspects environnementaux et nutrition sont souvent liés puisque l’alimentation a un impact sur les émissions de méthane », précise Florence Chambon. Dans ce domaine, Danone encourage aux conversions à l’agriculture biologique (aujourd’hui, la collecte est assurée par Biolait). Un volet communication est également prévu.

Acheter le lait au prix du marché et à côté de l’usine
Ce programme d’accompagnement de « plusieurs millions d’euros sur cinq ans », vise à séduire 50 % des 3 300 producteurs. Outre le financement des formations et des prestations de conseil (réalisées par l’Institut de l’élevage ou encore les chambres d’agriculture), Danone pourra aider au financement de certains projets par le biais de prêts bonifiés, voire de prêts à taux zéro. « Nous ne voulons pas nous ingérer dans la gestion des exploitations, ni financer des mises aux normes, mais aider les producteurs à proximité de nos usines à être compétitifs », explique Stanislas de Gramont qui souligne que les investissements, plutôt qu’une enveloppe à dépenser, seront décidés en fonctions des besoins. Concrètement, une expérience pilote est menée dans le Sud-Ouest sur le volet compétitivité afin d’affiner la démarche à mettre en place sur l’ensemble des bassins.
Si la LMA a certainement accéléré la réflexion de Danone en France, l’ensemble des pays européens réfléchit à l’après-Pac 2013 et à la fin des quotas. Des solutions seront trouvées au cas par cas tant la vision de la filière laitière dépend des pays.

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