Certes les engagements pris le 24 juillet lors de la première réunion de la filière laitière, orchestrée par Stéphane Le Foll, ont été tenus par la distribution et la transformation. Pour autant, le médiateur, dans son état des lieux de la mise en œuvre de ces engagements, rendu le 1er octobre, renvoi la balle à chaque maillon car la situation est encore loin d'être parfaite !
«L es engagements pris en juillet ont été respectés et ont conduit à freiner la baisse des prix », écrit le ministère de l'Agriculture dans son communiqué du 1er octobre, à la sortie de la réunion de la filière laitière. Le médiateur des relations commerciales, Francis Amand, ne peut qu'être d'accord et confirme l'information dans son « Etat des lieux des engagements pris dans la filière laitière le 24 juillet », remis ce jour-là. Selon lui, non seulement « les distributeurs ont tenu scrupuleusement leur engagement de revalorisation des produits à leurs marques (MDD) ou « premiers prix » » mais encore « les transformateurs ont strictement répercuté aux éleveurs les fournissant les bonifications tarifaires obtenues ». Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes alors ? Pas vraiment ! Dans son rapport, le médiateur pointe quelques discordances et chacun en prend pour son grade. Les transformateurs d'abord. Ainsi, « il résulte des statistiques officielles que les tarifs de vente industriels aux distributeurs ont beaucoup moins baissé que les prix payés aux éleveurs, les tarifs LME négociés début 2015 n'ayant pas anticipé les effets de la dégradation de la conjoncture internationale que l'on constate aujourd'hui ». Comme le dirait plus simplement la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), les transformateurs « ont donc gagné de l'argent » entre un prix en baisse au producteur et un prix stable au distributeur.
Faire un effort sur le prix payé au producteur sur le dernier trimestre (pour les transformateurs), éviter une renégociation des tarifs à la baisse (pour la distribution) et poursuivre les efforts pour une meilleure valorisation des produits laitiers en restauration hors foyer (RHF), telles sont « les trois recommandations clefs » du médiateur à la suite de la réunion de la filière laitière du 1er octobre, selon Stéphane Le Foll. Pourtant, dans son rapport, le médiateur invite également « vive-ment » les éleveurs et les transformateurs à « mettre à profit la stabilité des conditions tarifaires en 2016 pour élaborer la nouvelle génération de contrats devant entrer en vigueur en 2017 de manière à limiter l'exposition des éleveurs qui le souhaitent aux fluctuations des marchés internationaux ». Il semblerait également que Stéphane Le Foll ait fortement incité la filière à relancer l'interprofession, puisque cela sera à elle de prendre le relais pour la suite des réunions de filière.
D ominique Chargé, président de la Fédération des coopératives laitières (FNCL), se dit « soulagé » à la sortie de la réunion de la filière laitière au ministère de l'Agriculture, le 1er octobre. Il rappelle la « stigmatisation que les coopératives ont subi ces derniers temps » et se « félicite du rapport du médiateur » qui démontre que chacun a joué le jeu. « Le médiateur a demandé l'élargissement des accords à tous les produits, ce qui était un impératif », continue-t-il. Des accords que devront aussi respecter la restauration hors domicile et les hard-discount, notamment ceux appartenant aux grands groupes de la distribution française. André Bonnard, vice-président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), parle d'une « ambiance surchauffée » et constate que « le médiateur a dit ce que l'on rapporte depuis longtemps à la FNPL ». Finalement, « on n'a pas reculé, mais on n'a pas avancé non plus ! », estime-t-il.
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Le médiateur invite donc les transformateurs à redistribuer aux producteurs « une partie des profits » résultants de la transformation du lait. « Cette recommandation, si elle est suivie, a le mérite de faire en sorte que le prix payé à un producteur soit plus en conformité avec la valorisation de l'ensemble des produits de son collecteur, y compris auprès de la distribution, contrairement aux usages qui perdurent encore », affirme le médiateur. Seulement comme il précise bien, « elle suppose un lien de confiance entre les organisations de producteurs et les transformateurs, trop souvent absent aujourd'hui. ». Francis Amand s'arrête sur les coopératives. Il considère que « l'association » entre éleveurs et coopératives concernant les modalités de répercussion des bonifications tarifaires obtenues de la part de la distribution « devrait aller de soi […] pour décider si la bonification doit être affectée au prix plutôt qu'à une ristourne en fin d'année, voire aux réserves ». Pourquoi avoir besoin de le préciser, s'interroge-t-on ! Du côté des éleveurs, ils sont mis à l'index car ils ont continué leurs actions après l'accord du 24 juillet : « Le médiateur n'ignore pas la détresse de nombreux éleveurs. Cependant, les actions auxquelles certains représentants du monde agricole se sont livrés dans les laiteries et les magasins ne sont pas de nature à permettre des solutions équilibrées et durables ». Il rappelle donc « que les transformateurs et les distributeurs ne s'étaient engagés que sous la condition que les éleveurs cessent leurs actions. Force est de constater que cela n'a pas été véritablement le cas. »
50 à 80M€ de bonification qui ont freiné la baisse des prixReste la distribution : « Ont par ailleurs été rapportées quelques demandes sporadiques de certains distributeurs de compensation de marge sans que la médiation ait pu en vérifier la réalité ». Francis Amand se sent dans l'obligation de rappeler que « ces pratiques sont contraires à la loi ». D'autre part, il invite les filiales de restauration hors foyer (RHF) de certains groupes de distributeurs à « initier » un mouvement de hausse tarifaire des prix d'achats car « aucune revalorisation ne semble avoir été obtenue à ce jour » de la part de la RHF. Il chiffre également le produit des bonifications tarifaires entre 50 à 80M€ que la distribution a pu permettre en maintenant son prix d'achat (et donc de vente au consommateur). « Ce montant est significatif puisqu'il est par exemple équivalent, et probablement supérieur, à la dotation de 62,3M€ d'aides conjoncturelles pour les éleveurs touchés par la crise de l'élevage, accordée par la Commission européenne à la France. Il ne représente toutefois qu'une amélioration potentielle du prix payé aux producteurs de 5 à 8€ les 1 000 litres sur le prix payé en moyenne depuis août (soit 2 à 3,5€ les 1 000 litres sur l'ensemble de l'année) », analyse-t-il. Cette bonification a tout de même « freiné la baisse des prix jusqu'à la fin de l'année et placé les producteurs en situation moins défavorables que leurs homologues » européens. Il regrette que les accords du 24 juillet n'aient pas porté tout de suite sur l'ensemble des produits car cela aurait « amélioré le résultat d'un taux compris entre la moitié et les deux tiers (soit entre 3 et 5€ le prix moyen de l'année ; entre 7 et 12€ sur le prix moyen payé depuis août) ». Même si l'accord est généralisé aujourd'hui, l'effet de cette action sera limité « puisqu'il ne porterait que sur les trois derniers mois de l'année ».