D’ici six mois devrait être entérinée la fusion des deux coopératives bretonnes D’aucy et Triskalia. L’Autorité de la concurrence doit rendre son avis en fin d’année. D’ici là, les deux groupes allient leurs forces pour travailler sur un nouveau modèle d’entreprise.
Le 11 décembre dernier, les deux coopératives agricoles Triskalia, dont le siège est à Landerneau (Finistère), et D’aucy dont le siège est à Theix (Mordihan), annonçaient leur intention de se rapprocher et de créer un groupe coopératif de référence dans l’agroalimentaire en Europe (Agra Alimention du 13 décembre 2017). Le nouvel ensemble qui pèsera 3,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires, représentera plus de 20 000 adhérents, 9 000 salariés en comptabilisant les 63 sites industriels dans le monde et les 310 magasins.
« Depuis le début de l’année, nous travaillons en co-construction avec les managers et les cadres des deux entités pour mettre au point un nouveau modèle d’entreprise », a indiqué Georges Galardon, président de Triskalia, lors d’une conférence de presse le 9 juillet. 300 collaborateurs, à parité entre les deux coopératives, ont intégré huit groupes de travail pour permettre la construction de ce nouveau leader. Ils s’interrogent sur les thématiques opérationnelles et transverses : les métiers (céréales, production animale, végétale, filière bio) ainsi que les fonctions supports (finance, communication, ressources humaines, innovation). Une nouvelle direction innovation a d’ailleurs vu le jour, et s’est mise en réseau avec l’ensemble des branches d’activités des deux groupes. « Nous voulons transformer les deux coopératives afin de devenir plus agiles et plus rapides », indique Serge Le Bartz, président de D’aucy.
Objectif : 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires
Si l’Autorité de la concurrence valide le projet, l’union interviendra au 1er janvier 2019. Ensuite, D’aucy et Triskalia se donnent deux ans pour parvenir à une fusion. Ce projet se veut offensif, inscrit sur le long terme sur le marché domestique et international. Objectifs ? « Créer de la valeur en allant plus loin dans la dynamique d’innovation, conquérir de nouveaux marchés, renforcer la proximité avec les adhérents, animer le terrain en répondant aux attentes des clients, développer des sites de production au plus proche des consommateurs, et se développer encore à l’international », a commenté Dominique Ciccone, directeur général de Triskalia.
En parvenant à remplir ces objectifs, le nouveau groupe, dont le nom sera déterminé à la fin de l’année, ambitionne de réaliser 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Cela passera par de nouvelles opérations de croissance externe en France et à l’international qui doivent participer à renforcer les marques déjà présentes, notamment D’aucy, Paysan Breton, Ronsard, Globus et Cocotines. « Notre projet consiste à développer des marques spécifiques en fonction des territoires où nous nous implantons », assure Alain Perrin, directeur général de D’aucy. Keltivia, filiale d’expédition de légumes frais (marque Prince de Bretagne), réalise déjà 50 % de son CA à l’export, Gelagri (légumes surgelés et élaborés) en réalise 37 %, D’aucy 25 % et Ronsard (volaille) 20 %.
42 millions d’euros investis en 2018
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« Nous recherchons avant tout l’excellence industrielle », précise Georges Galardon. « Notre projet est tourné vers les clients, notre base solide nous permet alors d’investir massivement dans nos outils de production ». Ainsi, en 2018, ce sont déjà 10 millions d’euros qui ont été investi dans Gelagri à Loudéac et en Espagne, pour la construction d’une nouvelle ligne de plats cuisinés ou de conditionnement des légumes surgelés. 15 millions d’euros ont été injectés chez Ronsard, 17 millions d’euros chez Cocotines pour une nouvelle casserie à Ploërmel.
Développer la filière bio est également un axe de développement commun aux deux coopératives. « Notre volonté est de répondre à la demande grandissante en matière de produits bio en France et à l’international. 15 % de la production est déjà affiliée agriculture biologique », remarque Georges Galardon. La demande est par ailleurs très forte en Amérique du Nord ainsi qu’en Chine. Dernier axe de développement : le réseau de magasins de jardinage Point Vert, Gamm Vert et Magasin Vert. Ils sont déjà 300 en Bretagne. « Notre souhait est de poursuivre le développement de franchises au niveau national ainsi que le e-commerce », précise Alain Perrin.
D’aucy accompagne la reprise de Saint-Mamet
Saint-Mamet fait partie des projets de développement de l’union des groupes coopératifs bretons D’aucy et Triskalia. Le fond d’investissement français Hivest Capital qui a annoncé le 4 juillet être sur le point de racheter le spécialiste des conserves de fruits, s’est tourné vers D’aucy pour lui proposer d’accompagner le projet sur deux volets. « Nous apportons notre soutien et notre savoir-faire sur le pilotage industriel et la commercialisation », indique Alain Perrin, directeur général du groupe D’aucy. « Nous sommes déjà présents dans les fruits, notamment les cerises et les prunes en Hongrie avec Globus. Nous pouvons trouver des synergies notamment en GMS et à l’international. » Pour l’instant, ce partenariat s’inscrit dans une stratégie long terme sans prise de participation au capital de Saint-Mamet. « Saint-Mamet peut nous permettre de proposer un complément de gamme, avec des fruits origine France pour l’international et le grand export », conclut Alain Perrin.
Le rachat de Saint-Mamet par Hivest Capital auprès de Florac devrait être bouclé "d’ici la fin du mois de juillet", précise le communiqué diffusé le 4 juillet, soulignant que l’accord "reste soumis à certaines conditions" sans donner plus de détail. Outre le partenariat avec D’aucy, Hivest apportera à la nouvelle équipe de direction, "les ressources financières nécessaires pour accélérer la croissance de Saint-Mamet" est-il encore indiqué. Fondée en novembre 2016 à Paris par Axel Bonnassies et Cédric Lépée, Hivest Capital Partners est une société française indépendante de capital-investissement. Elle investit dans "des entreprises générant un chiffre d’affaires compris entre 20 et 500 millions d’euros, à la recherche de leur plein potentiel par la croissance et les améliorations opérationnelles." En mai 2017, son premier fonds a levé 120 millions d’euros.