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Bilan annuel boursier De bonnes et de mauvaises surprises

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Les valeurs des secteurs agroalimentaires et vins et spiritueux ont connu des évolutions contrastées en 2014, réagissant au gré des annonces plus ou moins bien accueillies par les investisseurs. Voici un petit tour d'horizon non exhaustif de quelques progressions significatives parmi les grosses, moyennes et petit capitalisations de la cote parisienne.

Si les indices des secteurs agroalimentaires et vins et spiritueux sont restés globalement bien orientés en 2014, sur le front des valeurs, les évolutions ont été plus ou moins heureuses.

Parmi les poids lourds de la cote parisienne, Danone n'a pas vraiment réalisé d'exploit, terminant l'année sur un gain modeste de 4,07 %. La volonté affirmée mi-décembre par Emmanuel Faber, le nouveau directeur général, de poursuivre le développement autour des quatre métiers de Danone (produits laitiers frais, eaux, nutrition infantile et nutrition médicale) n'a pas convaincu les analystes, qui s'interrogent toujours sur la capacité du groupe à restaurer ses marges. Dans une note publiée début janvier 2015, Credit Suisse qui confirme son conseil négatif de sous-performance, estime que Danone aura toujours du mal en 2015 à faire croître sensiblement ses profits : l'anticipation actuelle de bénéfice par action des analystes pour l'année en cours est effectivement identique à celui dégagé en 2008. « Le problème principal reste que la marge a baissé pendant cinq exercices consécutifs, notamment du côté des Produits laitiers et des yaourts (-500 points de base) », rappellent les spécialistes.

DÉBUT 2014 SOURIANT POUR PERNOD RICARD

De son côté Pernod Ricard, malmené en 2013, a gagné 11,41 % l'an dernier. Le recul de ses ventes en Chine, sous l'effet des mesures anti-corruption et anti-ostentation décidées par le gouvernement à Pékin en 2013, et l'évolution défavorables des devises avaient conduit le numéro deux mondial des vins et spiritueux à revoir en légère baisse ses prévisions de croissance pour l'exercice 2013/2014 (clos le 30 juin). Son cognac Martell a particulièrement souffert en Chine. Mais depuis, le groupe a annoncé avoir renoué avec la croissance sur les trois premiers mois de son exercice 2014/2015, et ce même si ses ventes restent déprimées en Chine. Son chiffre d'affaires sur la période s'élève à 2,037 milliards d'euros, en hausse de 1 % (+2 % en croissance interne). La zone Asie-Reste du monde a notamment été tirée par des ventes très dynamiques en Inde (+21% de croissance organique) et en Afrique/Moyen-Orient (+22%), alors que la situation reste tendue en Chine, avec un chiffre d'affaires en repli de 9 %, contre - 23 % sur l'exercice précédent. Dans un contexte toujours difficile, le groupe table pour l'ensemble de l'exercice en cours sur une amélioration progressive de ses ventes et vise un objectif de croissance interne de 1 à 3 % de son résultat opérationnel courant.

CARREFOUR À LA PEINE

Toujours parmi les valeurs du CAC 40, Carrefour a signé la plus forte baisse des distributeurs cotés à la Bourse de Paris, avec un recul de 12,18 %, alors que Casino, sur le SRD, limitait ses pertes à 8,73 %. Le numéro deux mondial de la distribution traverse une passe difficile. Fin décembre, le titre a encore fait l'objet de deux abaissements consécutifs d'objectif de cours par des courtiers. Dans un contexte concurrentiel déjà tendu, ces professionnels estiment que l'intégration de Dia devrait peser sur la profitabilité de Carrefour. Dans la distribution également, mais sur le compartiment C d'Euronext cette fois, Toupargel a fait grise mine en 2014. Le spécialiste de la livraison de produits surgelés à domicile qui n'a pas versé de dividende à l'issue de son exercice 2013, a enregistré sur les neuf premiers mois de 2014, un chiffre d'affaires de 219,2 millions d'euros, en hausse de 3,9 % par rapport à la même période précédente. Cette performance s'entend après prise en compte des acquisitions – le Comptoir du Surgelé et Eismann – faute de quoi, les ventes sont en baisse.

Ailleurs dans le secteur des vins et spiritueux, Rémy Cointreau porte encore les stigmates des mesures décidées par Pékin et leurs conséquences sur les boissons de luxe au rang desquelles sa marque phare de cognac, Rémy Martin. Le titre a perdu 9,23 % sur l'année. Après un très mauvais exercice 2013/2014 – des ventes en recul de 13,5 % à 1,03 milliard et une chute de plus de 50 % de son bénéfice net à 62,4 millions d'euros – Rémy Cointreau a lui aussi réussi à enrayer la chute de son bénéfice net sur le premier semestre de 2014/2015, grâce à la poursuite de son déstockage en Chine. À 62,7 millions d'euros, son bénéfice net a progressé de 5,7 % en données organiques (-9,4 % en données publiées) pour des ventes à 471,8 millions, en baisse de 15,5% en publié, (-5,6% en organique). Pour l'ensemble de l'exercice, le groupe confirme ses objectifs d'une « croissance organique positive de son chiffre d'affaires et de son résultat opérationnel courant » en dépit d'un environnement macroéconomique « contrasté » dans le monde.

LDC TERMINE BIEN L'ANNÉE

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Dans le secteur de la volaille, le numéro un français, LDC termine bien l'année, avec un gain de 20,27 %. Le groupe, qui a bouclé à l'automne un important projet d'alliance avec Sofiprotéol visant à renforcer son poids dans le secteur, vient d'annoncer une hausse de 0,8 % de son chiffre d'affaires sur le troisième trimestre de son exercice 2014-2015 (clos fin février), conduisant pour les neuf premiers mois, à un chiffre d'affaires stable à 2,21 milliards d'euros (-0,1 %). « Au regard de ces éléments et du niveau d'activité enregistré sur les fêtes de fin d'année », LDC confirme « son objectif de résultat opérationnel courant supérieur à 130 millions d'euros à comparer aux 122,2 millions réalisés sur 2013-2014 ». Toujours dans la volaille, mais à un autre niveau de capitalisation, le groupe Duc est dans une situation beaucoup moins enviable, avec une chute de 37,50 %, à ses plus bas niveaux historiques. Le groupe Duc n'a toujours pas publié ses comptes pour le premier semestre 2014, ce qui ne laisse rien augurer de bon pour l'avenir. En octobre, la société justifiait ce report dans un communiqué par « les nombreuses opérations juridiques et financières conduites (…/…) dans le cadre de son plan de réorganisation de la structure financière ». On sait que le groupe, affectée par la hausse du coût des matières premières et la pression sur les prix, a creusé ses pertes en 2013, avec un résultat opérationnel courant négatif de 4,8 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 201,25 millions. Eligible à certaines aides publiques, Duc devait avant tout restaurer ses fonds propres négatifs à hauteur de 6,1 millions d'euros au 31 décembre 2013. La recapitalisation qui devait intervenir en 2014 se fait toujours attendre. Pour mémoire, Groupe Verneuil, holding appartenant à l'homme d'affaires François Gontier détient directement et indirectement 68,62 % du capital de Duc.

Dans le traiteur, Fleury Michon après avoir frôlé avec un niveau record à 65 euros en mai dernier, est retombé au fil des mois, jusqu'à perdre 11,06 % sur l'année. Le marché a été déçu par la baisse des résultats semestriels. Dans un contexte économique toujours difficile, Fleury Michon a annoncé un léger recul de son chiffre d'affaires à 348,7 millions d'euros (-0,9 %) et un tassement de sa marge opérationnelle à 3,6 % contre 5 % au premier semestre 2013. Le bureau d'étude Portzamparc, qui maintenait en septembre son opinion « conserver » sur la valeur, attendait « un second semestre de meilleure facture » sur la base d'un contexte matières premières un peu plus favorable, mais tablait néanmoins sur des résultats annuels devant néanmoins rester en retrait « après ce difficile premier semestre », estime l'analyste.

« OUBLIER LES TURPITUDES » DE BELVÉDÈRE

De son côté, le groupe Belvédère, après des années de déboires qui ont conduit à son placement en redressement judiciaire début 2012, semble prendre un nouveau départ. Le titre a terminé l'année 2014 sur un gain de 11,75 %, ses nouveaux actionnaires ayant visiblement décidé de prendre le taureau par les cornes. « Toutes les turpitudes, on veut les oublier », a déclaré le nouveau directeur général de Belvédère Jean-Noël Reynaud, lors d'une conférence de presse mi-décembre. Après une restructuration drastique de sa dette validée par la justice en mars 2013 (il lui reste néanmoins à rembourser 74 millions d'euros de dette nette sur six ans pour sortir du plan de continuation), le groupe propriétaire des marques Marie Brizard, William Peel ou encore Sobieski entend bien se consacrer à son redéploiement. Cessions ciblées et recentrage sur le cœur de métier sont au programme du plan, « Back in the game 2018 », afin de permettre une amélioration des résultats à horizon trois ans. En attendant, l'exercice 2014 devrait se solder par un chiffre d'affaires net de l'ordre de 455 millions d'euros et d'un Ebitda (excédent brut d'exploitation, ndlr) légèrement positif. De son côté, porté par des rumeurs de vente pourtant démentie par la direction, le titre Grand Marnier-Lapostolle a gagné 13,97 %. La société, notamment propriétaire de la marque Grand Marnier « poursuit ses réflexions sur sa stratégie de distribution mondiale de ses produits », indique un communiqué. Grand Mar-nier, dont le capital est toujours majoritairement entre les mains des descendants des fondateurs est à 4 600 euros, l'action la plus chère de la Bourse de Paris.

NOUVELLES RECRUES

Du côté des nouvelles recrues en 2014, Fermentalg, après le succès de son introduction mi-avril dernier, a un peu déchanté, affichant un recul de 30,22% depuis cette date. Venue en Bourse pour financer le développement de ses activités, l'entreprise de biotechnologie spécialisée dans la production d'huiles et de protéines issues des microalgues, est pourtant en phase avec son plan de marche. En novembre, Fermentalg annonçait l'obtention du permis de construire sur le site de Libourne (33) de son unité de développement industriel, lequel doit entrer en service fin 2015. Dans un tout autre secteur, celui de la restauration collective et de concession, Elior, lui aussi fraîchement introduit en Bourse ou plutôt revenue après 8 ans d'absence, n'a pas connu un très bon parcours. La valeur a abandonné 16,61 % depuis juin. L'annonce des résultats annuels mi-décembre, conformes aux attentes a été occultés par des perspectives pour l'exercice suivant jugées ternes par les analystes.

Enfin, la lanterne rouge du secteur est sans conteste AgroGeneration (-65,32%) qui a payé un lourd tribu de la crise en Ukraine. Afin de restaurer sa structure de bilan, le producteur français de céréales a annoncé une émission d'obligations subordonnées remboursables en actions nouvelles ou existantes (Osrane) avec maintien du droit préférentiel de souscription (DPS) pour un montant proche de 65 millions d'euros. L'objectif de cette Osrane est de se substituer à la dette obligataire existante qui s'élève à environ 55 millions d'euros et de lever 10 millions d'euros en numéraire. Au 30 juin 2014, AgroGeneration affichait 85,4 millions d'euros d'endettement net pour 21,6 millions de fonds propres.