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Edito De Hara-Kiri à Charlie

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Il y a 45 ans (novembre 1970), l'hebdomadaire Hara-Kiri, pour avoir titré « Bal tragique à Colombey » à la mort du général de Gaulle, se voyait interdit par l'Etat, n'obtenait pas grand soutien des confrères de la presse de l'époque. Ni de la population qui, en général, considérait ce journal comme pas très recommandable.

Une semaine plus tard il renaissait de son interdiction, rebaptisé Charlie Hebdo. C'est ce même journal qui a subi le 7 janvier l'effroyable attentat qui a coûté la vie à tant de dessinateurs et journalistes talentueux. La France, l'Europe même, voire des Américains, en ont été bouleversés, le chef de l'Etat décrétant une journée de deuil national. La presse française se sentait soudain solidaire d'un journal plutôt en marge de ses confrères jusque-là.

C'est dire à quel point, dans la société française comme au sein de l'Etat, les jugements et les situations peuvent évoluer. Ce qui paraissait déviant un jour peut devenir la référence. Ce qui semblait une référence peut tomber dans l'oubli. Ce qui était la priorité ou faisait l'unanimité il y a quelques générations peut se voir relégué au second plan 40 ans plus tard.

Ce phénomène doit aussi faire réfléchir les agriculteurs. Voilà une population, une culture, une priorité française qui a dû apprendre à compter avec d'autres populations, d'autres cultures, d'autres contingences. L'histoire est une terrible machine à bousculer l'ordre des choses. Les quelques sondages sympathiques sur leur cote de popularité ne doivent pas faire illusion aux agriculteurs. D'autres priorités, notamment écologiques, remportent les suffrages. La preuve, le redoublement d'ardeur de l'Etat à modifier les pratiques agricoles.