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Salon de l’agriculture 2017 De la détresse agricole à la confusion politique

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L’édition 2017 du salon international de l’agriculture aura été fortement marquée par une actualité politique d’avant présidentielle. De quoi laisser au second plan, après quelques jours, la gravité de la situation des agriculteurs français. François Hollande s’est néanmoins engagé à prolonger le plan de refinancement des exploitations agricoles décidé par son premier ministre d’alors, Manuel Valls.

Commencé sous le signe de la détresse agricole, le Salon international de l’agriculture 2017 s’est ensuite déroulé sous le signe de l’événement et de la confusion politique. Rien d’étonnant à cela. D’une part, le décès, quelques jours avant, du président de la FNSEA Xavier Beulin était présent dans les esprits des responsables professionnels. Ceux-là même dont les stands accueillaient le public. Le ton était donné par les représentants de l’État également. Le président de la République dévoilait une plaque commémorative lors de l’inauguration du Salon tandis que le 27 février, le Premier ministre rendait un hommage appuyé à l’ancien président de la FNSEA.

Prolongation du plan de refinancement

Le premier dossier d’actualité du salon témoignait directement de la détresse des agriculteurs. François Hollande comme Bernard Cazeneuve étaient vivement sollicités, dans leurs entretiens avec la profession, sur le plan de refinancement des exploitations, décidé en septembre dernier. Un plan qui fonctionne mal. Confirmant le Conseil des ministres de la veille, le chef de l’État confirmait que ce plan sera repoussé jusqu’en juin. Deux jours plus tard, les modalités de cette prolongation étaient évoquées par le Premier ministre. La question était notamment de déterminer si une part des aides au refinancement peut être réorientée vers un soutien à la conversion des exploitations les plus en difficulté.

Vingt mille fermes menacées

De fait, la veille, le président de la MSA Pascal Cormery alertait sur la situation désespérée d’une part importante des agriculteurs. En 2016, le nombre d’appels à l’aide enregistrés sur la plate-forme téléphonique de prévention du suicide mise en place par la MSA, a plus que doublé, disait-il : 2 664 contre 1 219 en 2015. Il rappelait que l’an dernier, plus de la moitié des agriculteurs auraient eu un revenu de seulement 4 248 € par an. En 2015, ils étaient 38 %. « Ceux qui ont du terrain vendent une parcelle, mangent les économies quand ils en ont, ou s’endettent encore plus », disait-il, en s’inquiétant de la « différence de traitement" entre départements pour l’éligibilité au RSA des agriculteurs. Vingt mille fermes seraient menacées de disparition en France selon ce qu’aurait affirmé Xavier Beulin, président de la FNSEA, peu avant son décès. Dans une interview à Agra Presse daté du 27 février, le président du Crédit Agricole, Dominique Lefebvre, avait indiqué que c’est aujourd’hui, au moment de la préparation de la nouvelle campagne agricole, que les situations les plus difficiles vont apparaître. Il évoquait 2 à 3 % des exploitations qui sont en « risque fort » en constatant que les centres de gestion, avec leurs données, estiment ce niveau deux fois plus élevé. Soit pas loin des 20 000 exploitations évoquées par Xavier Beulin. Pour Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération Paysanne, la baisse du nombre de paysans est comparable à un « plan social ».

Militants et lanceurs d’œufs

C’est dans ce contexte que se déroulait la suite du salon international de l’agriculture et notamment les visites des candidats à la prochaine élection présidentielle. Marine le Pen, Emmanuel Macron, François Fillon notamment parcouraient les allées, entourés de curieux, de critiques et aussi de fans qui les soutenaient à force de slogans. La mêlée constituée par Emmanuel Macron était particulièrement dense de journalistes, nombreux à suivre le candidat d’En marche qui aura passé de longues heures à arpenter les allées du hall 1, celui de l’élevage. Tout en présentant avec détail son programme agricole. Il recevait un jet d’œuf au visage, qu’il qualifiera comme « faisant partie du folklore » et jugera avoir reçu « un accueil chaleureux » porte de Versailles. « Je n’ai pas vu d’excès », estime-t-il. Lors du passage de François Fillon dans le même hall 1, les propos du voisin Emmanuel Macron seront couverts par des sifflets et des « Fillon président » scandés à tue-tête par des militants survoltés. Le candidat LR était entouré d’un chœur de militants chargés de couvrir les huées, de gardes du corps et de CRS qui protégeaient le candidat d’éventuelles malveillances. Un candidat qui venait de faire l’événement, le 1er mars, lorsque la rumeur le donnait comme renonçant à la candidature. Ce qu’il démentait en fin de matinée avant de venir au salon avec une demi-journée de retard.

« Courtoisie et sympathie »

Des candidats très à l’écoute, aux dires des professionnels qui les ont rencontrés. « Nous avons passé nos messages, il les a entendus. Je pense qu’il a pris conscience de la crise bovine », estime Dominique Langlois (Interbev), après le passage d’Emmanuel Macron. Daniel Prieur (FNSEA) évoquait cependant des visites dont une bonne part tient « de la courtoisie et de la sympathie ».

Le salon aura permis à la FNSEA de présenter les 13 propositions qu’elle souhaite voir intégrées aux programmes des candidats ; elle a également réitéré son invitation au « Grand oral » des candidats, qui sera organisé le lendemain du congrès du syndicat, à Brest. Emmanuel Macron et François Fillon ont déjà pris rendez-vous. Benoit Hamon pas encore. Après la visite de Benoit Hamon le 2 mars, Jérome Despey estimait qu’« au-delà de la compréhension, il n’y a pas eu d’éléments de réponse sur le problème de la compétitivité », de même pour l’épargne de précaution.

Venue parmi les premiers politiques, Marine Le Pen a pu visiter le salon avec plus de tranquillité. Elle a appelé à « franciser les aides » aux agriculteurs, fustigeant l'« échec absolu » de la Politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne. « Il faut revoir totalement le système des aides. Il faut franciser les aides, évidemment pas les baisser mais les distribuer différemment », a plaidé la candidate du Front national. Une vision avec laquelle la FNSEA est opposée. « Il y a un non-sens dans la sortie de l’euro. On ne peut pas vouloir vivre dans son coin et ramener des devises », estime Daniel Prieur.

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Une position partagée par le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, qui a prévenu que ceux qui pensent qu’il faut en finir avec l’Union européenne et avec la PAC doivent s’attendre à voir les exportations s’effondrer, quitte à provoquer une surproduction. « Que ceux qui pensent que c’est une solution réfléchissent bien. Il ne faut pas qu’il vienne me voir après pour me dire qu’ils veulent exporter un peu plus. Si c’est ça la solution chacun devra prendre conscience que tout ce que nous exportions, on ne pourra plus l’exporter et qu’il faudra le consommer au niveau national », a déclaré le ministre devant quelques journalistes.

La France insoumise pas au Salon

De son côté, le candidat à la présidentielle de « la France insoumise » avait préféré se rendre dans une ferme biologique de l’Oise plutôt que de venir au salon. Ce choix lui a permis de prôner « la production au plus près des lieux de consommation », et le « développement des circuits courts pour limiter les intermédiaires », a-t-il montré sur France Info TV. C’était aussi pour lui l’occasion de se démarquer des autres candidats, qui se sont quasiment tous rendus au Salon.

Au total, cette édition conduisit plutôt à une confusion politique qu’à un éclaircissement pour l’avenir. Le sort du plus familier des candidats pour les professionnels agricoles, François Fillon, était marqué par les incertitudes sur son avenir politique ; le plus affirmé des candidats, Emmanuel Macron, restait un inconnu ; la plus radicale et nationaliste, Marine Le Pen, n’entrait pas du tout dans les projets de ces professionnels, tenants de la puissance agricole française. Ni Benoit Hamon, le candidat socialiste déclenchant chez les syndicalistes moins de sympathie que son adversaire de naguère, Manuel Valls.

Reste un salon dont le nombre de visiteurs ne devrait pas constituer un record, loin de là, mais qui semble avoir fait son office. « Les animations fonctionnent, les citadins en visite s’intéressent à ce qu’on leur montre », témoigne un habitué du Salon, le directeur du Cedus (Centre de documentation du sucre) Bertrand du Cray. Une semaine de travail qui a permis à la filière sucre de rencontrer 15 000 personnes. Le contact avec le grand public n’est-il pas l’essentiel ?

Les chambres d’agriculture ont plaidé pour la recherche fondamentale

Hamon, Fillon, Macron : à l’exception de Marine Le Pen, les candidats à l’élection présidentielle favoris dans les sondages sont allés à la rencontre de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA). « Marine Le Pen était invitée, comme tous les autres candidats, mais elle ne s’est pas arrêtée sur notre stand », a expliqué Claude Cochonneau, président de l’APCA. Aux candidats qu’il a rencontrés, Claude Cochonneau a pris soin de rappeler « les rôles des chambres d’agriculture pour soutenir les agriculteurs » : l’accompagnement des agriculteurs en cette période de crise et le conseil vers une organisation des exploitations « plus résiliente ». Claude Cochonneau a insisté auprès des candidats sur la nécessité de mettre des moyens dans la recherche fondamentale, notamment en matière de bioéconomie. « Ils ont été particulièrement réceptifs sur ce sujet », note le président de l’APCA.

Interfel appelle les candidats à privilégier la concertation

À l’exception de François Fillon qui ne s’est pas rendu sur le pavillon des filières végétales, Interfel, l’interprofession des fruits et légumes frais, a reçu tous les candidats venus au salon. « Ils ne connaissent pas très bien la filière fruits et légumes », constate Bruno Dupont, président de l’interprofession. Habitués à entendre parler de la crise de l’agriculture, « ils sont surpris lorsqu’on leur dit qu’on se porte bien ». Cependant, Bruno Dupont a insisté auprès de chaque candidat : « si on s’en sort bien, c’est parce que notre interprofession a réussi à réunir toutes les familles de la filière autour de la table et que chacune à l’intelligence d’écouter l’autre ». Forte de cette puissance collective, l’interprofession demande aux candidats de la consulter avant les prises de décisions politiques. « Mieux vaut privilégier la concertation plutôt que de voir les politiques faire et les acteurs économiques essayer ensuite de défaire ! », estime Bruno Dupont.

Benoît Hamon rencontre tous les syndicats, Marine Le Pen choisit la Coordination rurale

Le Modef a été oublié par tous les candidats, sauf Benoît Hamon qui a fait un arrêt chez chacun des syndicats. « Nous avons présenté à Benoît Hamon nos propositions pour une agriculture rémunératrice, solidaire et durable », explique le président du syndicat Jean Mouzat. « Son programme mérite d’être amélioré à la marge, mais porte une partie de nos revendications », estime-t-il. De son côté, la Coordination rurale avait convié tous les candidats. Ni François Fillon, ni Emmanuel Macron n’ont honoré l’invitation mais Benoît Hamon et Marine Le Pen sont venus sur le stand du syndicat. C’est d’ailleurs le seul syndicat que la candidate du Front National est allée rencontrer. « Nous lui avons expliqué que nous ne sommes pas en accord avec son programme de Politique agricole française », indique Bernard Lannes, président du syndicat. « Nous sommes pour une Europe réformée », précise-t-il.