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Céréales De nouveaux débouchés avec les biocarburants

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Développer les biocarburants, se renforcer dans l’alimentation animale, mieux approcher les pays européens déficitaires en céréales et surtout mieux se coordonner entre opérateurs : tellles sont les recettes que les céréaliers entrevoient pour faire face à la suppression des subventions à l’export. A condition que nos grands concurrents observent la même discipline. En attendant, les fluctuations de prix et des monnaises sont redoutables sur les marchés mondiaux. Se passer des restitutions sera difficile.

En poussant au développement des biocarburants, plus précisément le bioéthanol, la filière céréalière se prépare à la suppression des subventions à l’exportation. Mais, le débouché potentiel du bioéthanol pour le blé est loin d’atteindre le volume exporté vers les pays tiers. Il est estimé à 2 millions de tonnes, alors que la France commercialise sur le marché mondial entre 4 et 8 millions de tonnes de céréales selon les années. Les autres grands débouchés susceptibles d’évoluer sont l’alimentation animale, qui dépend du développement ou non de l’élevage en France, et le marché intra-européen. « La France est entourée par des pays déficitaires en céréales, tels que le Bénélux, l’Espagne et l’Italie. Elle a des cartes à jouer», souligne Vincent Magdeleine, directeur du département économie à la Ffcat (fédération des coopératives céréalières). Mais, là encore, la marge de manœuvre est restreinte. Il faudra donc continuer à exporter vers les pays tiers, en gagnant en compétitivité.

Etre plus réactif sur les marchés mondiaux

Dans son rapport annuel 2005, l’AGBP soulignait le manque de coordination entre tous les opérateurs de la filière : du producteur à la société de négoce international, pouvant conduire à un manque de disponibilité de la marchandise au moment opportun, notamment en début de campagne. « Dans certains cas, s’arbitrer sur les marchés à terme pourrait permettre de libérer de la marchandise pour exécuter des contrats en début de campagne», explique l’AGPB. Autres pistes : réduire les coûts de transports sur le territoire français et avoir une démarche marketing sur la qualité des céréales plus poussée.

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Plusieurs prix mondiaux des céréales coexistent

A vrai dire, la filière céréalière n’envisage pas vraiment encore la fin des restitutions à l’exportation. Pourtant, les céréales européennes ont su pendant deux campagnes (2002/2003 et 2003/2004) se passer de restitution à l’exportation pour vendre sur le marché mondial, ce qui a fait croire, un temps, à la Commission européenne que l’on pouvait supprimer les restitutions à l’exportation des céréales sans trop de difficulté. Mais la situation est plus complexe, comme l’a montré le déroulement de la campagne 2004/2005 qui vient de se terminer. Désormais, il n’y a pas un prix mondial du blé, mais des prix mondiaux qui coexistent, avec des écarts très importants selon les régions du globe. Les prix Fob des blés français (sans restitution) sont restés relativement proches des prix américains tout au long de la campagne. En revanche, les prix argentins se sont littéralement effondrés d’octobre 2004 à janvier 2005, avec un écart de 30 $/t avec le blé Fob Rouen, ce qui a permis à l’Argentine de venir concurrencer la France sur ses propres marchés de proximité (Afrique du Nord et Afrique noire).

Mettre en place des clauses de sauvegarde

Après l’Argentine, l’attaque est venue du côté de la mer Noire à partir de mars 2005. Alors que le blé européen FCW se situent autour de 135 $/t, le blé Fob Ukraine est à 110 $/t. Ainsi, la Russie a pris pied sur le marché égyptien et l’Ukraine a vendu en Espagne. Et tout au long de la campagne, les blés français ont été pénalisés par un taux de change défavorable. « Nous avons besoin de restitutions quand le dollar est dévalué par rapport à l’euro, souligne l’économiste de la Ffcat. C’est pourquoi il est primordial d’accompagner la suppression des subventions à l’exportation par des clauses de sauvegarde », c’est-à-dire des mécanismes permettant de corriger les dérèglements monétaires graves, autant à l’export qu’à l’import. Par ailleurs, la filière céréalière française insiste beaucoup sur le fait que, si l’UE supprime ses restitutions, il faut que les autres mécanismes de soutien soient supprimés par les concurrents, tels que les boards australien et canadien, les garanties de crédit à l’exportation américaines ou encore l’utilisation abusive de l’aide alimentaire à des fins commerciales.