Vidéosurveillance, formation, comité d’éthique, architecture, la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie a passé en revue toute une série d’améliorations possibles en termes de bien-être animal au sein des abattoirs.
À écouter les auditions publiques de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie, ces trois dernières semaines, il est frappant de constater le statu quo des membres de la filière par rapport aux propositions des associations de protection animal. Dominique Langlois, président d’Interbev, interrogé le 11 mai, assure qu'entre la création du statut de lanceur d’alerte et du délit de maltraitance envers les animaux envisagé par le gouvernement, il « ne voit pas ce que l’on peut faire de plus ». Il précise aussi qu’« il faut que les règles [déjà en place, ndlr] soient appliquées ». Et pour cela, il renvoie la responsabilité aux services de l’État avec « une administration qui doit jouer son rôle » et « des sanctions plus lourdes ». À la question de la vidéosurveillance, il parle d’« interrogation sur la pertinence de la mesure », argue que « cela a un coût », évoque « la question juridique concernant le droit de filmer les salariés ». « La vidéo, on n’y croit pas. La nuit, à chaque fois qu’il y a un problème, cela n’a jamais fonctionné ! », justifie-t-il. Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, ne s’était pas positionné en faveur de cette mesure non plus, le 5 avril, dans une conférence de presse : « Une caméra qui surveille [les employés, ndlr], cela me pose question », à l’inverse de Patrick Dehaumont, directeur de la Direction générale de l’Alimentation (DGAL), auditionné le 4 mai.
L’éthologie rentrera-t-elle dans les abattoirs ?
Les associations comme la Fondation Brigitte Bardot ou Compassion in World Farming (CIWF) qui ont pu s’exprimer le 11 mai avancent de leur côté bon nombre d’autres possibilités pour améliorer le bien-être animal. « Un étourdissement systématique de tous les animaux » même en cas d’abattage rituel, la possibilité pour les éleveurs de rentrer inopinément dans les abattoirs, la création de « comités d’éthique » au sein des établissements, la mise en place de « sanctions dissuasives » ou encore un meilleur aménagement des abattoirs font partie des propositions. Ghislain Zuccolo, directeur général de l’association Welfarm, fait appel à l’éthologie, « le parent pauvre des sciences du bien-être animal en France ». Il propose d’« éviter de mélanger les animaux, mettre à plat les rampes de déchargement, installer des brumisateurs pour les porcs, supprimer les sons aigus des claquements de barrière, éclairer les passages d’animaux, diffuser des phéromones apaisantes, éviter les angles droits ». Il parle de Temple Grandin, une zootechnicienne américaine qui a révolutionné l’architecture des abattoirs pour le bien-être des animaux et la sécurité des employés (http://www.grandinlivestockhandlingsystems.com/layout.html).
Abattage rituel et matériel dysfonctionnel
Il évoque également le fait que « jusqu’en 1990, le matériel d’abattage recevait un agrément du ministère de l’Agriculture », une mesure « peut-être à remettre en place ». En effet, les salariés des abattoirs comme les associations de protection animale ont dénoncé les défaillances techniques des matériels utilisés, tout comme les cadences parfois élevées. « Les cadences peuvent faire perdre la notion du temps », observe-t-il. Caroline Brousseaud, co-fondatrice de l’Association en faveur de l’abattage des animaux dans la dignité (AFAAD), propose donc de « normer les cadences au niveau européen », estimant que cela sera bénéfique aussi bien pour les hommes que pour les animaux. « On ne peut pas traiter la question du bien-être des animaux sans traiter celle concernant les hommes », lance-t-elle. Du côté de l’abattage rituel, les associations défendent un étourdissement systématique, même après égorgement, comme cela se fait dans une dizaine d’autres pays européens, à la suite d’une législation. Christophe Marie, directeur du pôle protection animale de la Fondation Brigitte Bardot, évoque la difficulté des abattoirs à négocier des accords avec la communauté musulmane dans chaque localité pour abattre en halal. Une législation simplifierait le problème. Dominique Langlois répond par de l’économique : « L’arrêt de l’abattage rituel serait une catastrophe économique ». Il prononce les chiffres de -22 % d’abattage en ovin et de -14 % en bovin en cas d’arrêt de l’abattage rituel. De plus, le marché casher « ne prend que les avants », selon lui. Comment vendre alors les arrières de la carcasse dans le cas d’un étiquetage du mode d’abattage comme le demandent certaines associations ? « Le consommateur qui aura devant lui les étiquettes » fera très vite le tri, d’après lui.
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« L’éthologie a été le parent pauvre des sciences du bien-être animal en France »
La question de la formation du personnel des abattoirs, une question clef.
Le niveau de formation des employés dans les abattoirs, Stéphane Le Foll en avait déjà parlé le 5 avril lors de sa conférence de presse sur le bien-être animal. Le sujet est d’ailleurs revenu régulièrement dans les échanges lors des premières auditions de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs. Culture viande, dans sa lettre d’information du 9 mai, écrit que « la formation du personnel, de l’encadrement, la montée en puissance des responsables de la protection animale sont […] des solutions qui peuvent être vraiment efficaces ». Christophe Marie, directeur du pôle protection animale de la Fondation Brigitte Bardot, observe le 11 mai « un gros problème de formation ». Comme le rapporte également Agathe Gignoux, responsable affaires publiques de l’association Compassion in World Farming (CIWF), une étude de l’Office alimentaire et vétérinaire (OAV) dénonce le manque « de formation et de sensibilisation » au bien-être animal des employés d’abattoirs.
La taille de l’abattoir est-elle à mettre en relation avec le niveau de bien-être animal ?
Les vidéos de l’association L214 ont été tournées dans des abattoirs de proximité. Pour Dominique Langlois, président d’Interbev et interrogé le 12 mai, « la question du bien-être animal n’est pas une question de taille de l’abattoir, mais de fonctionnement » et de « respect des règles ». Il évoque aussi la polyvalence nécessaire des employés et le faible niveau de marge des activités d’abattage, au mieux 0,70 €/kg C. « Il est peut-être plus simple de respecter le bien-être animal dans les grands abattoirs car il y a une personne dédiée au bien-être », observe Ghislain Zuccolo, directeur général de l’association Welfarm, le 11 mai. De plus, l’importance du nombre de salariés pourrait aussi éviter des dérives. Une information que ne contredit pas Dominique Langlois qui estime cependant qu’« il ne faut pas condamner tout le monde » et surtout pas les abattoirs de proximité dont les éleveurs ont besoin aujourd’hui.