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De nouvelles têtes parmi les référents agricoles

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Ce seront, pour la plupart, de nouveaux visages qui devraient représenter, pour la France, l’agriculture au Parlement européen.

LREM : Pascal Canfin, Jérémy Decerle : un duo sur les sujets agricoles

La liste Renaissance souhaitant faire de la transition écologique un des axes principaux de sa campagne pour les élections européennes, un duo semble destiné à porter les mesures agricoles dans le futur Parlement. D’un côté, Pascal Canfin, numéro deux de la liste. À 44 ans, l’ancien directeur de WWF France de 2015 à 2019 a également été ministre délégué au développement du gouvernement de Jean-Marc Ayrault de 2012 à 2014. Auparavant, il avait déjà été élu député européen de 2009 à 2012 sur la liste Europe-Ecologie. À ses côtés, Jérémy Decerle, en 4e position sur la liste Renaissance. Éleveur de vaches allaitantes, de 35 ans, en Saône-et-Loire, sans expérience politique, il était depuis 2016 président des Jeunes agriculteurs (JA) dont il a quitté la présidence fin mars à l’annonce de son ralliement à la liste, après avoir été approché à cette fin par le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume. Si la capacité des deux hommes à s’entendre a fait l’objet de beaucoup de pronostics, les deux têtes de liste réaffirment pour l’instant de manière régulière vouloir mettre fin à « l’opposition stérile entre écologiste et agriculteurs » et sortir de la « guerre culturelle » entre eux.

PS : Eric Andrieu, eurodéputé sortant, habitué de la Comagri

Troisième sur la liste PS/Place publique, Eric Andrieu est eurodéputé pour la circonscription du Grand Sud-Ouest depuis 2012, aussi vice-président du groupe de l’Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates (S & D). Premier vice-président de la commission de l’Agriculture et du Développement rural dès 2014, puis porte-parole des sociaux-démocrates pour les questions agricoles en 2017, il plaide en faveur d’une réforme de la Pac « qui ne satisfait plus, aujourd’hui, ni les agriculteurs ni les consommateurs, et doit répondre aux défis alimentaires, environnementaux et climatiques ». Eric Andrieu a ainsi été en charge, pour le Parlement, du rapport intitulé « Comment la Pac peut améliorer la création d’emplois dans les zones rurales » et co-rapporteur, pour le groupe S & D, sur la révision du règlement relatif à la production biologique et à l’étiquetage des produits bio. Son rapport sur le volet « Organisation commune des marchés » (OCM) unique de la réforme de la Pac a été adopté le 1er avril par la commission de l’Agriculture.

LR : Anne Sander, ex-fonctionnaire au parcours très européen

Huitième sur la liste LR, l’alsacienne Anne Sander devrait avoir la dure mission de faire oublier dans son parti, Michel Dantin, qui s’était imposé comme un des leaders agricoles du Parlement européen. Anne Sander n’est pas une inconnue au Parlement européen, où elle est élue depuis 2014, et attachée parlementaire depuis 2000. Mais elle n’est pas encore une élue spécialiste de l’agriculture. Elle siégeait jusqu’ici à la commission emploi et affaires sociales, où elle a notamment suivi le dossier des travailleurs détachés. Elle revendique toutefois un fort attachement à l’agriculture, qui se ressent dans son parcours professionnel : sa maîtrise de sciences économique à Strasbourg portait sur la gestion forestière du Massif vosgien. Elle fut ensuite, de 2000 à 2014, attachée parlementaire de Joseph Daul, qui fut président de la commission de l’agriculture du Parlement européen de 2002 à 2007. L’élection de l’agricultrice Angélique Delahaye (16e sur la liste LR) est beaucoup plus incertaine. Ancienne présidente de Légumes de France, l’eurodéputée préside depuis 2013 l’association Solaal, en faveur des dons agricoles.

EELV : Benoit Biteau, « paysan » écologiste et médiatique

De son côté, Benoit Biteau (11e sur la liste EELV) devra probablement faire oublier José Bové. Eleveur bio, situé à Sablonceaux, en Charente-Maritime, cet ingénieur agronome de formation est spécialisé notamment dans les questions génétiques. Il exploite sa ferme Val de Seudre Identi’terre, en polyculture élevage et vend ses produits essentiellement en vente directe, ainsi que via des distributeurs spécialisés en bio. Médiatique, il est l’auteur du livre « Paysan résistant », dans lequel il raconte l’histoire de son « virage d’une agriculture intensive tournée vers la monoculture de maïs irrigué », à un modèle agricole basé sur « l’élevage de races locales en faibles effectifs », l’engagement dans « l’agrobiologie » et la « valorisation des circuits courts », basant son modèle sur l’agronomie et le respect des écosystèmes. Il a été vice-président de la Région Poitou Charente de 2010 à 2015, avant de siéger au sein du conseil régional de la région Nouvelle-Aquitaine.

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RN : la présidente de la FDSEA Guadeloupe et un intellectuel

Dans la liste RN, deux candidats se partagent l’expertise sur les questions agricoles : Maxette Grisoni-Pirbakas (12e) et Hervé Juvin (5e). Présidente de la FDSEA Guadeloupe, Maxette Grisoni-Pirbakas est située en douzième position de la liste. Productrice de cannes à sucre, elle siège également à chambre d’agriculture de l’île, où elle a été réélue cette année. La FNSEA a demandé à Maxette Grisoni-Pirbakas de renoncer à ses fonctions syndicales – celle-ci devrait le faire prochainement, assure le syndicat. Agricultrice, son objectif principal est toutefois plus large que de défendre l’agriculture. Elle déclare en effet vouloir « porter la voix des outre-mer ».

Hervé Juvin, second référent agricole de cette liste, est quant à lui spécialisé dans les questions environnementales. Economiste, essayiste, fondateur d’un think tank, il a écrit plusieurs ouvrages sur l’écologie et la mondialisation. Sa mission est de verdir de programme de Marine Le Pen, jusque-là peu concernée par ces sujets. Il est situé en cinquième position de la liste.

LFI : Laurence Lyonnais, l’exploitation familiale comme modèle

Fonctionnaire territorial dans le Hauts Doubs, Laurence Lyonnais est candidate aux élections européennes sous la bannière la France insoumise (en 11e place). Débutant son engagement politique dans le mouvement altermondialiste puis féministe, elle est en 11e position, une place « potentiellement éligible ». Ayant fait le choix de revenir en zone rurale de montagne « après avoir eu la chance de faire des études en ville », elle doit sa proximité avec le monde agricole de sa famille d’éleveurs bovin et ovin. Son père, qui travaillait également comme boucher dans l’agroalimentaire en plus de son poste de chef d’exploitation, engage une transformation complète de son exploitation à la suite de la crise de la vache folle. L’exploitation se convertit à l’agriculture biologique et commercialise dorénavant en circuit court, à une époque où ce modèle était encore anecdotique. « Il y a eu une vraie prise de conscience. L’idée que l’on était en train d’empoisonner la population », raconte-t-elle. L’exemple familial lui prouve que l’agriculture biologique est « le seul moyen de s’en sortir en système autonome et circuit court pour créer lien avec les consommateurs ».

Florence Italiani, femme d’agriculteur, transfuge du RN

12e dans la liste de Debout la France pour les européennes Florence Italiani, est retraitée de l’Éducation nationale. À 64 ans, cette femme d’agriculteur est conseillère régionale des Hauts-de-France et conseillère municipale de Beauvais et de la communauté d’agglomération. Après avoir été élue conseillère régionale du Front national en 2015, elle a rejoint Nicolas Dupont-Aignan en octobre 2018, convaincue par les mesures qu’il portera à Bruxelles pour défendre les agriculteurs français. « Ils ne peuvent plus vivre dignement de leur travail à cause des normes absurdes imposées par les technocrates non élus de la Commission », défend-elle. Par ailleurs, Debout la France est soutenu par l’ancien ministre de l’Agriculture François Guillaume, dans les années 1980, sous François Mitterrand.