On attendait une restructuration en amont, mais les grandes manœuvres vont plus vite en aval de la filière porcine. Les rapprochements prônés par le rapport Porry au plus fort de la crise du porc en 2003 n’ont pas encore vraiment eu lieu, alors que la rationalisation des outils d’abattage, dans l’Ouest en particulier, devait sécuriser les débouchés et mieux valoriser le travail des groupements de producteurs. Pendant ce temps, la roue tourne pour les entreprises de transformation qui ont chacune leur propre logique. Depuis longtemps l’industrie française de la charcuterie-salaison se caractérise par une très grande hétérogénéité, avec de grands intervenants rattachés à des groupes multinationaux, quelques majors familiaux et une myriade de PME plus ou moins spécialisées. Pour la plupart, la typicité des marchés leur a épargné la course à la taille européenne, mais ce temps est peut-être révolu. Sauf à dépendre des grands donneurs d’ordre de la distribution, chacun regarde quel voisin il pourrait avaler. L’exemple en est donné de façon magistrale par le numéro 2 du secteur qui s’apprête à croquer le numéro 1. Le groupe Aoste, pour lequel l’américain Sara Lee aura quand même mis un an à trouver preneur – et pas vraiment à son prix –-, ne redeviendra donc pas français puisque l’offre de Michel Reybier a été écartée au profit, pour l’instant, de Smithfield Foods : cet autre américain a l’avantage d’être un spécialiste, pourtant il ne s’engage que sur la pointe des pieds en laissant un fonds d’investissement prendre les premiers risques. Et son poids croissant dans les achats de porc en Europe a de quoi inquiéter dans nos campagnes car il dispose même d’élevages en propre dans les Pays de l’Est.
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