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Décision clef sur les centrales d’achat de la grande distribution

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L’Autorité de la concurrence a donné son feu vert à un accord restreint entre les enseignes Casino, Auchan, Metro et Schiever. Tant la méthode utilisée que ses conclusions serviront de référence sur le sujet des rapprochements à l’achat des enseignes de la grande distribution.

C’est une première décision de l’Autorité de la concurrence qui fera office de balise dans les rapprochements à l’achat des enseignes de la grande distribution. L’autorité indépendante a annoncé, lors d’un point presse le 22 octobre, accepter les engagements proposés par Casino, Auchan, Metro et Schiever dans le cadre de leur centrale d’achat commune.

« La consultation menée lors de cette instruction va servir de cadre d’analyse qui vaudra pour tous les accords », explique Isabelle de Silva, la présidente de l’Autorité de la concurrence. Sa grille de lecture peut se résumer autour de trois axes. Premièrement, les rapprochements à l’achat de produits sous marques de distributeurs (MDD) soulèvent des préoccupations de concurrence que ne soulèvent pas les marques de fabricants (MDF). « Sur le volet marques de fabricants, l’autorité n’a pas identifié de risque anticoncurrentiel », explique la présidente. Deuxièmement, les TPE et PME doivent être considérées de façon différente que les grands groupes du fait notamment de leur plus faible rentabilité et des conditions particulières des appels d’offres de MDD (absence d’engagement sur les volumes notamment). Enfin, un seuil de sensibilité à 15 % des parts de marché apparaît pour un certain nombre de produits.

Menaces sur la concurrence

Alors qu’elle s’était auto-saisie sur le rapprochement entre Casino, Auchan, Metro et Schiever comme lui permet la loi Egalim, l’Autorité de la concurrence a identifié des risques concurrentiels à l’amont comme à l’aval que fait courir l’accord. Elle relève un « risque de fragilisation des fournisseurs qui pourraient les conduire à diminuer leur capacité à investir et à innover » et in fine « nuire au bien-être des consommateurs sur le marché de détail ».

Elle fait également part d’un « risque de diminution de l’animation concurrentielle entre enseignes » du fait d’une limitation possible de la différenciation de l’offre MDD entre les distributeurs. « Les MDD créent une concurrence entre les enseignes positive pour les consommateurs car chaque distributeur innove pour créer des MDD toujours plus performantes », argumente Isabelle de Silva.

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Afin d’éviter une décision coercitive qui aurait pu aller jusqu’à la suspension pure et simple de l’accord, les quatre enseignes ont choisi la voie de la négociation et ont proposé, grâce à un travail minutieux réalisé en étroite collaboration avec les services de l’Autorité, de modifier leur coopération. Suite au feu vert de l’Autorité qui estime que les changements proposés répondent aux préoccupations de concurrence soulevées, l’accord existant est immédiatement modifié. Une méthode aux « résultats satisfaisants car la solution est efficace et immédiatement exécutoire », se félicite la présidente de l’Autorité.

Finalement, certaines familles de produits – soit dont les filières sont en difficulté (cidre, charcuterie…), soit dont les produits sous MDD sont très différenciants (lait, œufs…) – sont exclues du rapprochement à l’achat entre Casino, Auchan, Metro et Schiever. Les enseignes limiteront également leur coopération sur d’autres familles de produits (pommes de terre, farines sucre…) pour ne pas dépasser un poids de 15 % de parts de marché.

Une nouvelle décision est attendue prochainement concernant le rapprochement à l’achat des enseignes Carrefour et Tesco. Là aussi, les deux distributeurs ont choisi la voie négociée et ont proposé des engagements. Un test de marché est en cours. L’Autorité de la concurrence se basera sur ses résultats pour asseoir sa décision.

le volet marques de fabricants l’autorité n’a pas identifié de risque anticoncurrentiel »

 

« La solution est efficace et immédiatement exécutoire »