À la suite des aveux de plusieurs distributeurs sur le non-retrait de la vente de produits infantiles « suspects », issu du groupe Lactalis, le gouvernement a repris la main le 11 janvier. Il a annoncé 2 500 contrôles supplémentaires par la DGCCRF (1) et « un contrôle électronique systématique » en caisse pour « garantir qu’aucune boîte de produits infantiles » ne soit vendue à l’avenir.
C’est par un rendez-vous avec les distributeurs en ce 11 janvier que Bruno Le Maire et Stéphane Travert ont cherché à rassurer les consommateurs à la suite de la vente de produits infantiles « suspects » du groupe Lactalis. En effet, ces derniers auraient dû être retirés de la vente, au vu de l’arrêté pris par Bruno Le Maire le 9 décembre et de l’annonce du rappel de lots du groupe Lactalis le 21 décembre. L’usine de production de Lactalis, à Craon en Mayenne, est effectivement contaminée par des salmonelles. Et 35 nourrissons ont été atteints de salmonellose durant le mois de décembre à la suite de la consommation de produits infantiles issus de cette usine. De ce rendez-vous, il en ressort une annonce effectuée par Bruno Le Maire : « Un contrôle électronique systématique en caisse » permettra de « garantir qu’aucune boîte de produits infantiles » ne termine sur l’étagère d’une mère de famille.
Pour autant, les distributeurs ne sont pas les seuls concernés par cette absence de retrait dans les magasins. En effet, Bruno Le Maire a également annoncé quelques heures plus tôt, que 2 500 contrôles de la DGCCRF ont montré la présence de ces lots de produits infantiles, pourtant interdits à la vente, dans 91 établissements dont 30 grandes et moyennes surfaces, 44 pharmacies, 12 hôpitaux, 2 crèches et 3 grossistes. La veille, plusieurs distributeurs avaient fait leur mea culpa, initié 24 heures plutôt par Michel-Edouard Leclerc, annonçant également la vente de centaines de lots de produits théoriquement retirés de la vente.
Lactalis se dit « responsable »
Deux questions surgissent alors : Lactalis a-t-il continué à livrer des lots alors qu’il n’aurait pas dû ? Et pourquoi la procédure de retrait n’a pas été effective ? Sur les réseaux sociaux, les commentaires accusant Lactalis vont bon train, appelant au boycott de l’ensemble des produits du groupe. Sur Twitter, #Lactalis est associé même parfois au #sang contaminé, montrant par là le fait que Lactalis savait et n’a rien dit. Michel Nalet, porte-parole de Lactalis, s’en défend pourtant, même s’il reconnaît que la salmonelle était bien présente dans l’usine en 2005. « Il n’y a jamais eu de résultats positifs aux salmonelles à part en 2017. Les deux analyses ont montré la présence de salmonelle dans l’environnement mais pas dans les produits », se justifie-t-il, le 11 janvier.
À la suite des analyses de décembre, il reconnaît cependant qu’un rappel plus important des produits était indispensable au 21 décembre, évoquant « la résurgence de cette salmonelle, principalement dans la tour de séchage numéro 1 ». Dans tous les cas, « notre groupe a agi depuis le début comme un groupe responsable et nous continuerons à le faire », déclare-t-il à la question d’éventuelles sanctions judiciaires. Côté responsabilité, Bruno le Maire a un avis différent déclarant que « l’État s’est substitué à une entreprise défaillante, seule responsable quant à la qualité de ses produits ». Il dévoile les dessous de la négociation avec Emmanuel Besnier et la nécessité de prendre un arrêté le 9 décembre.
La responsabilité de l’État réside dans le contrôle
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Quant aux retraits en magasin, Alain Bazot, président de l’UFC-Que choisir, expliquait au micro de RTL qu’en France, « le système de rappel n’est pas au point. […] Il n’y a pas de procédure estampillée par les pouvoirs publics. […] Ce n’est pas la première fois que l’on constate, lors d’un retrait de produit, qu’ils ne sont pas nécessairement supprimés dans les magasins ». Reste donc à contrôler ! Ce que confirme Bruno Le Maire, en rappelant qu’il s’agit de la responsabilité de l’État. « J’ai demandé 2 500 contrôles supplémentaires par les agents de la DGCCRF et des procès-verbaux seront établis auprès des enseignes » ayant mis en vente ces lots interdits, a-t-il déclaré, voulant « la transparence ». C’est d’ailleurs ce que souhaite également Ségolène Noviant, mère de famille dont l’enfant de six mois a été réhospitalisé plusieurs fois du fait de la salmonellose déclenchée par la consommation de lait contaminé. Dans sa pétition, qui a déjà récolté 49 620 signatures au 11 janvier, elle demande justement à Bruno Le Maire cette fameuse transparence. Elle fait partie des parents qui ont porté plainte contre Lactalis au travers de l’association « des familles victimes du lait contaminé aux salmonelles ».
(1) DGCCRF : Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes
Lactalis affirme « avoir toujours travaillé en parfaite collaboration avec les autorités »
Michel Nalet, porte-parole de Lactalis, a affirmé le 11 janvier que le groupe avait « toujours travaillé en parfaite collaboration avec les autorités ». Il a également renouvelé ses excuses auprès des parents, évoquant qu’au cœur de l’entreprise, « nous sommes tous des parents ou des grands-parents ». Il n’a pas donné de date de remise en route de l’usine de Craon. Il s’est voulu rassurant auprès des producteurs de lait dont la collecte n’a pas cessé, expliquant : « Ce dossier est très difficile pour notre groupe ». « J’ai plus de 28 ans d’ancienneté dans ce groupe et je n’ai jamais vu cela », a-t-il déclaré. Pour l’heure, à sa connaissance, sur la trentaine de pays hormis la France où il y a eu des retraits de lots, aucun cas de salmonelle sur des nourrissons en lien avec la consommation de produits infantiles du groupe n’a été rapporté.
Salmonelle, une bactérie qui fait partie du « péril fécal »
Les salmonelles sont des bactéries fréquentes dans l’environnement. Issues du tube digestif, elles provoquent des symptômes similaires à ceux de la gastro-entérite, sans gravité. Pour autant, une salmonellose peut mettre en danger la vie des personnes fragiles comme les nourrissons. C’est une maladie « relativement fréquente, avec environ 300 cas par million d’habitants par an », estimait le ministère de l’Agriculture. Dans le cas de l’usine de Craon, « la salmonelle est rentrée via des animaux, ou des produits animaux comme le lait, et s’est enfilée dans un endroit pas facile à décontaminer », a évoqué François-Xavier Weill, directeur du Centre national de référence salmonelles à l’Institut Pasteur de Paris. « Ou alors, comme dans certains laits on rajoute des compléments, comme la lécithine ou des végétaux, c’est par là que la salmonelle s’est introduite dans le produit final ». D’après lui, dans l’usine de Craon, « on voit, avec le recul, que les bons choix n’ont pas été faits » pour éradiquer la bactérie.