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Production caprine Dégradation de la situation de la filière laitière en 2010

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Une activité industrielle qui stagne, des stocks qui ne diminuent pas, une production en hausse à l’inverse de la consommation, le marché du lait de chèvre n’a pas été très réjouissant en 2010 et ce malgré la chute des importations. Dans son dossier Economie de l’élevage d’avril (n°412), l’Institut de l’élevage analyse l’année 2010 et s’interroge sur la nécessité d’une maîtrise de la production.

Activité industrielle, stocks, production et consommation, la filière laitière caprine en 2010 est passée au crible par l’Institut de l’élevage dans son dossier Economie de l’élevage d’avril (n°412). Et les résultats ne sont pas réjouissants. Côté fabrication industrielle des fromages de chèvres, l’Institut de l’élevage résume très clairement la situation : « Le marasme continue ». Depuis 2008, l’activité industrielle stagne. « Les fabrications industrielles n’ont progressé que de 1% en 2010, un peu plus qu’en 2009 », estime-t-il. Sur les deux années, la croissance ne dépasse pas 2% (2 000 tonnes). « Conséquence de la stagnation des fabrications, les stocks de produits de report étaient toujours exceptionnellement élevés fin décembre 2010, même si le déstockage automnal a été plus important qu’en 2009. À près de 12 900 tonnes, ils dépassaient de 18% ceux d’un an auparavant qui eux-mêmes avait grimé de 85% par rapport à fin 2008 », observe l’Institut de l’élevage. Il note également que « selon FranceAgriMer, les stocks de fin 2010 dépassaient de l’équivalent de presque 50 millions de litres de lait le stock outil nécessaire pour la régulation saisonnière de la fourniture à l’industrie ». Un niveau de stock considérable donc qui n’a pas diminué en 2010 et qui a joué sur les prix auprès des éleveurs. « Après plusieurs années de hausse, il [le prix, ndlr] a donc perdu 21€, soit 4% par rapport à 2009, et est ainsi revenu à son niveau de 2008 », remarque l’Institut de l’élevage (prix de base : 537€/1 000l). Le prix moyen payé au producteur s’est établi à 611€/1 000l de lait du fait d’une « nette amélioration » de sa composition.

Chute de près de 50% des importations
De plus, « la variation saisonnière du prix de base continue de se réduire au fil des ans, marquant une baisse d’intérêt pour la désaisonnalisation de la production » par les industriels. Produire à contre-saison ne semble donc plus aussi rentable pour les éleveurs également. En parallèle, la collecte de lait de chèvre a progressé de 7% en 2010. En deux ans, elle a bondi de 16% et en dix ans de 56%. Cette hausse de la productivité en 2010 tient à l’accroissement du cheptel (+5% chèvres et +8% chevrette saillies) et aux bonnes conditions d’alimentation. « La productivité des chèvres a progressé de 5% par rapport à la campagne précédente », relève l’Institut de l’élevage. Cette hausse de la production a eu lieu dans un contexte de recul des importations. En 2010, elles reculaient de 41% (54 millions de litres) d’après FranceAgriMer. L’année précédente, elles avaient déjà diminué de 12% (13 millions de litres). « Les importations ont donc été réduites de moitié en deux ans », constate l’Institut de l’élevage. Par contre, ce levier régulateur des importations sera difficile à « serrer » davantage. D’après l’Institut de l’élevage, « au total, grâce à la chute des importations, la fourniture de matières premières à l’industrie n’a augmenté que de 4% de 2008 à 2010 (20 millions de litres). Mais les fabrications n’ont dans le même temps progressé que de 2% ».

Une année 2011 qui s’annonce difficile
Dans ce contexte l’année 2011 s’annonce difficile. Avec la flambée des céréales, le prix des aliments achetés a déjà progressé en février 2011 de 16% par rapport à la même période en 2010 et cette hausse devrait se poursuivre. Le prix de l’énergie suit le même mouvement (+20%). L’indice des prix d’achats des moyens de production agricole (Ipampa) de l’Institut de l’élevage le confirme. Il est à nouveau « en phase ascendante ». En outre, le « surstock important pèse évidemment sur les futurs équilibres de la campagne 2011 », souligne l’Institut de l’élevage. Pour autant, il remarque dans le Tendance lait et viande d’avril, qu’« en janvier 2011, la collecte a reculé de 1% par rapport à 2010, selon FranceAgriMer. C’est peut-être l’amorce de la stabilisation recherchée par la filière en 2011, mais elle porte sur un mois de faible production. Cependant fin 2010, la croissance s’était déjà ralentie avec une progression des volumes de 3% seulement au quatrième trimestre contre un bond de 7% sur l’ensemble de l’année. […] L’augmentation des abattages en 2010, tant de chevreaux (+5%) que de chèvres de réforme (+9%), renforce le pronostic du ralentissement de la collecte en 2011. […] Les éleveurs ont donc réformé davantage en 2010 et freiné l’accroissement de leur cheptel. » Marilyne le Pape, directrice de l’Association nationale interprofessionnelle caprine, lors des journées techniques caprines de 2011, les 5 et 6 avril, a projeté de faire passer le ratio stock/fabrication de 14% en 2010, à 10% en 2011 et 5,6% en 2012. Elle a exposé un plan de sortie de crise avec une maîtrise stricte des volumes, une poursuite de la réduction des importations, un gel du prix du lait et une nouvelle grille de tarif d’achat en fonction de la qualité du lait.

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